Tu t'en vas

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Jeanette, Porque te vas (J.L. Perales), Hispavox, 1974.

Jeanette, Porque te vas

 

Le nom complet de cette chanteuse espagnole bien que née à Londres est Jeanette Dimech. Elle est surtout connue pour sa chanson Porque te vas, sortie en 1974 et d’abord passée inaperçue avant de connaître une résurrection inespérée.

 

Le film Cría cuervos de Carlos Saura sort en 1976, et la chanson de Jeanette en est le thème musical principal. Le succès du film est foudroyant, celui de la chanson plus encore. En France, Porque te vas est classée au 65ème rang des 45 tours les plus vendus de tous les temps, juste derrière Les Corons de Pierre Bachelet, avec plus d’un million d’exemplaires écoulés.

 

Le titre du film de Carlos Saura est constitué de la première moitié d’un proverbe espagnol : cría cuervos y te sacaràn los ojos, soit : élève des corbeaux et ils te crèveront les yeux. Les parents expriment ainsi leur déconvenue face à l’ingratitude de leurs enfants. Nous n’avons pas d’équivalent exact en français. Dans le sud, on dit parfois : fais du bien à Bertrand, il te le rend en caguant (voir la chanson À la belle de mai de Renaud, sur l’album éponyme, 1994), ou plus crûment encore : fais du bien à Martin, il te chiera dans la main. En ce qui me concerne, je préfère les corbeaux, plus imagés.

 

Porque te vas est donc une chanson extrêmement populaire en France, et les élèves la découvrent souvent en classe, comme cela a été mon cas. Ainsi, avant d’être la langue de Cervantes, l’espagnol est d’abord la langue de Jeanette, dans laquelle elle chante sa tristesse, car l’homme qu’elle aimait l’a quittée.

 

« Hoy en mi ventana brilla el sol

Y el corazon

Se pone triste contemplando la ciudad

Porque te vas »

 

Aujourd’hui à ma fenêtre le soleil brille

Et mon cœur

Devient triste en contemplant la ville

Parce que tu pars

 

On est à l’exact opposé d’un Verlaine, héritier des poètes romantiques sur ce point, pour qui dedans et dehors coïncident :

 

« Il pleut dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville »

 

Chez Jeanette il fait beau ! Autre culture, autre héritage… Cela nous change un peu. Je n’ai rien contre Paul Verlaine, bien au contraire, mais une autre vision de la tristesse fait du bien parfois.

 

La mélodie, la rythmique d’inspiration reggae, qui accentue les contretemps, les arrangements de cuivres, et bien entendu la voix à la fois profonde et enfantine, capable d’exprimer une mélancolie redoutable tout en restant entraînante, tout contribue à faire de Porque te vas une chanson magnifique et inoubliable, malgré ce que disent les paroles :

 

« Me olvidaras »

 

Tu m’oublieras

 

Tout reste en tête, éternellement, avec Jeanette comme avec Larusso. C’est là une grande force.

Jeanette, Soy rebelde

 

Remarque linguistique :

 

En espagnol, il existe deux homonymes : porque, qui signifie parce que, et por qué qui signifie pourquoi. Cela peut être très trompeur. Dans cette chanson, il faut bien entendre porque : La chanteuse ne cherche pas à savoir pourquoi il s’en va, mais raconte qu’elle est abattue parce qu’il s’en va. Cela change du tout au tout. Pourquoi exprimerait l’espoir d’une enquête et plus encore d’une réponse, parce que ne dit que le vide et le silence, pourquoi regarde l’horizon, levant les yeux au ciel, parce que fixe désespérément le sol en recomptant sans cesse les éclats des pots cassés.

 

Morceau en écoute ici.

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