Il a neigé sur Yesterday

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 Il a neigé sur Yesterday

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Patsy, Liverpool (C. Vié/P. Detœuf), Comotion, 1988.

 

Patsy, Liverpool

Patsy Ranarijoana est d’origine malgache. Elle n’a pas encore 20 ans quand elle enregistre cette chanson qui se classe au Top 50 pendant plusieurs semaines en 1988. À la grande époque des adolescentes stars, Patsy a donc parfois été comparée à Elsa et Vanessa Paradis. La différence se cache pourtant dans les fêlures et la quête des origines. C’est même assez étonnant que cette chanson fragile soit devenu un tube, qu’on a malheureusement oublié aussi vite qu’il s’était imposé.

 

Liverpool est une ballade qui fait directement référence aux Beatles, et plus particulièrement à John Lennon :

 

« Planté dans son jean

Il écoute John Lennon

Et il imagine ».

 

Les paroles sont empreintes de mélancolie, tout comme la voix de Patsy :

 

« Il y a des jours quand la pluie coule

Où toutes les villes ressemblent à Liverpool ».

 

Cela me rappelle la tristesse infinie de Jacques Brel à l’enterrement de Fernand :

 

« Dire qu’on traverse Paris

Dans le tout petit matin

Dire qu’on traverse Paris

Et qu’on dirait Berlin ».

 

Les paroles signées Christian Vié sont joliment datées, comme enfermées dans une époque et paradoxalement ainsi préservées du temps qui passe, comme un insecte préhistorique pris dans la nacre :

 

« Il s’allume une autre cigarette

Il met son walkman sur sa tête ».

 

Ce n’est pas l’évocation du walkman, cet objet typique des eighties disparu avec sa nourriture, la cassette, qui retient ici l’attention mais le geste de passer son casque sur sa tête.

 

Les écouteurs qu’on se glisse dans les oreilles se sont imposés dans les rues au point qu’ils ont failli provoquer l’extinction du casque, récupéré in extremis par la mode vintage. Ce simple geste esquissé nous renvoie en arrière avec une force terrible.

 

Quelque chose de magique se produit toujours quand une chanson parvient en peu de mots à faire ressurgir les souvenirs anciens qu’on n’avait même plus conscience d’avoir en nous. C’est bien ce qui arrive ici par hasard au détour d’un couplet. On est saisi. La mémoire du quotidien oublié se déploie entre les lignes, sous l’évidence.

 

Les mots (ceux qui sont prononcés et plus encore ceux qui ne sont que suggérés) effacent le clinquant pompier des Beatles afin que chacun puisse aller puiser ses propres souvenirs à la source et arracher des trésors à l’oubli.

 

La chanson : Liverpool

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