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Jean-Michel Gascuel, Le Chien aux yeux jaunes (Jean-Michel Gascuel), Epic, 1984.

Jean-Michel Gascuel, Le Chien aux yeux jaunes

Avant d’être chanteur, Jean-Michel Gascuel est surtout styliste et peintre ce qui explique sa façon si particulière d’écrire en amoncelant les images au lieu de les faire défiler les unes à la suite des autres. Les paroles du Chien aux yeux jaunes tiennent davantage du cadavre exquis que de la chansonnette habituelle. Les mots s’entrechoquent et parviennent à faire sens dans la confrontation et les réactions quasi chimiques qui en découlent, comme s’ils cherchaient à frapper notre inconscient, à la façon des surréalistes, qui n’auraient sans doute pas renié un morceau d’une telle étrangeté.

 

« Au bout du couloir

Le chien aux yeux jaunes

Putain de mémoire

J’entends l’épée qui sonne

J’entends le tunnel

La mort qui descend du ciel »

 

Le couloir familier s’allonge et s’enfonce dans la terre pour devenir un tunnel qu’on entend gronder depuis les profondeurs, comme si un animal mythologique et monstrueux était venu réclamer le tribut de son âme. Et la lumière venue d’en haut n’est plus synonyme de salut mais de condamnation, c’est un archange vengeur en expédition punitive qui court après le malheureux dans un tunnel obscur. Le jaune est tout autant la couleur des flammes de l’enfer que celle du soleil. Les opposés s’agencent dans une mise en scène d’Apocalypse, appuyée par des synthés ombrageux et saccadés.

 

« Au bout du tunnel

Toujours les mêmes yeux jaunes »

 

Le chien a disparu, il ne reste plus que ses yeux jaunes et inquiétants, à l’image du chat du Chesshire qui s’efface en laissant flotter son sourire derrière lui dans Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

 

D’ailleurs, dans le refrain, Alice, en tout cas l’une de ses incarnations, est au nombre des fées que Jean-Michel Gascuel appelle à son secours :

 

« Suzie, Élise et Marie, Maryse ou Sylvie, Alicia

Aidez-moi ! »

 

Il semble prisonnier d’un mauvais trip, entre delirium tremens et descente aux enfers, et il convoque des figures féminines rassurantes et à même de lui tendre la main avant que le piège ne se referme sur lui, anciennes amies ou allégories bienfaisantes, personne ne le sait. Même la sonnerie du téléphone est inquiétante :

 

« J’entends siffler la mort

J’ai peur de mourir

Et j’ai peur du téléphone »

 

L’anodin représente exactement le même degré de menace que la mort, tout se déroule sur le même plan, tout est égal. L’ambiguïté inhérente à la chanson fait que le téléphone peut représenter autant le salut que la sentence de mort. Plus tôt, c’était l’épée qu’on entendait sonner.

 

C’est un titre bien étrange en vérité, plein d’un charme relatif et vénéneux. Je crois qu’il parle aussi d’amour.

 

La chanson, sur bide et musique.

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