facebook Mank (2020) David Fincher
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Mank (2020) David Fincher

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Fondu enchaîné

Mank (2020) David Fincher

Défilé de stars sur papier glacé 

C’est au début des années 1990 que le père de David Fincher a rédigé le scénario de Mank. Jack Fincher était alors un journalise retraité et rêvait que son travail, basé sur les coulisses de Citizen Kane, une œuvre qu’il admirait particulièrement, soit adaptée par un grand metteur en scène. Son fils David, après le succès de Seven et le tournage de The game, s’est alors apprêté à donner vie à ce rêve, imaginant Kevin Spacey et Jodie Foster dans les rôles titres. Mais il ne parvient pas à concrétiser son projet et il lui faudra attendre près de 25 ans pour le réaliser avec l’aide de Netflix. Il faut dire que depuis 2013 le réalisateur a participé au succès de la plateforme avec House of cards puis Mindhunter et qu’il a signé un contrat d'exclusivité de 5 ans avec le nouveau support à la mode. Il se plonge ici dans le milieu hollywoodien de la fin des années 1930, où les plus grands producteurs rivalisaient d’astuces pour convaincre scénaristes et acteurs de rejoindre leur écurie.

En 1940, l’auteur Herman J. Mankiewicz s’installe dans un ranch isolé, alité, avec deux assistantes pour prendre soin de lui. Sevré d’alcool, il a 90 jours pour écrire le premier jet d’un scénario pour le prochain film d’Orson Welles. Le réalisateur appelle et réduit le délai de 30 jours, tout en lui assurant qu’il aura le final cut. Mankiewicz se souvient, quelques semaines plus tôt, être rentré chez lui passablement éméché, promettant au Magicien d’Oz un échec au box-office, son épouse Sara s’occupant de lui, comme bien trop souvent. Le lendemain, il était en voiture avec Tommy un de ses meilleurs amis, qui lui racontait ses mésaventures amoureuses en regardant la route d’un œil peu attentif, quand ils ont un sévère accident de voiture. Au réveil, à l’hôpital, c’est Orson Welles qui vient réveiller Mankiewicz. L’écriture du script se déroule assez bien, le scénariste imaginant un homme riche enfermé dans un château délabré qui n’a plus que le souvenir de son faste d’antan.

Dans sa facture, Mank se veut d’une fidélité sans faille avec le modèle qu’il nous propose à l’écran. David Fincher pousse même le vice jusqu’à recréer artificiellement les repères sur l’écran qui indiquaient au projectionniste qu’il était temps de changer la bobine. Son noir et blanc est esthétiquement impeccable, la reproduction des décors et des costumes ne souffre aucun défaut. Scénaristiquement, il use des mêmes ressorts que ceux des films classiques de l’époque, avec douze flash-backs éclairent chacun un des moments clés ayant conduit le protagoniste,  Herman J. Mankiewicz, à un isolement contraint dans un ranch pour écrire. La structure narrative fait référence à celle de l’œuvre en question, Citizen Kane, construit sur six flash-backs racontés par plusieurs narrateurs. Or le film de Fincher est loin de la maîtrise dont fait preuve Orson Welles dans son premier long-métrage : si la copie est propre et léchée, elle manque foncièrement de profondeur.

Car Mank est avant tout une construction mentale, comme souvent le sont les films de David Fincher. Or si cela fonctionne à merveille dans un thriller, où la mécanique horlogère du réalisateur pousse le spectateur à faire fonctionner son esprit de déduction, cela aboutit ici à annihiler l’empathie que l’on devrait ressentir envers les personnages. Ceux-ci sont réduits à des pantins qui gesticulent devant la caméra, ce qui est sans-doute un parfait écho à l’esprit du Hollywood de cette époque, où les studios agençaient chacune des pièces du puzzle qui constituaient les long-métrages. Mais l’émotion s’en voit anéantie, et les motivations du protagoniste d’autant diminuées. On peut certes saluer la pièce d’orfèvrerie que Fincher peaufine du début à la fin, tout comme on peut regretter une coquille vide aux reflets dorés. N’en doutons pas, l’idée de base est belle, et l’on ne peut douter de la ferveur engagée par les participants, mais l’étincelle manque.

Pourtant le cadre de Mank est passionnant, et mérite tout l’intérêt que l’on peut lui porter, en particulier de la part des cinéphiles. On y croise Louis B. Meyer, le deuxième « M » de la Metro Goldwyn Meyer, et qui était un des proches de William Randolph Hearst, lui-même ayant prétendument inspiré le scénario de Citizen Kane. De nombreuses stars du cinéma de l’époque y sont évoqués, tels les Marx Brothers qui visiblement faisaient des blagues aussi avec leurs collaborateurs, ou Joseph L. Mankiewicz, le frère du personnage principal du film, qui accédera à la notoriété quelques années plus tard. On parle des coulisses des tournages de quelques long-métrages, dont le Marie-Antoinette de W. S. Van Dyke, avec l’actrice phare Norma Shearer. Si cela est un temps amusant, cet étalage d’étoiles peut toutefois paraître un peu trop clinquant, même si leur agencement est habilement mené. Encore une fois, il semblerait que David Fincher se regarde un peu trop filmer, au risque de laisser le spectateur de côté.

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