facebook Caravage et moi (2020) Steve McLean
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Caravage et moi (2020) Steve McLean

Caravage et moi (2020) Steve McLean

CREATIVE ROOM

Fondu enchaîné

Caravage et moi (2020) Steve McLean

Un beau désordre est un effet de l’art 

Depuis bientôt quatre ans, Caravage et moi fait le tour des festivals à travers le Monde. De Londres à Melbourne, de Miami à Zurich en passant par Tel Aviv ou bien Munich, le film a séduit de nombreux sélectionneurs, et passe par le Festival Chéries-Chéris, qui a vu son organisation chamboulée par la crise sanitaire causée par le Covid-19. Son réalisateur, Steve McLean, avait déjà réalisé au milieu des années 1990 un long-métrage baptisé Postcards from America. Celui-ci étit inspiré par deux œuvres de David Wojnarowicz : Close to the Knives : A Memoir of Disintegration et  Memories That Smell Like Gasoline. Présenté comme « une biographie non-linéaire de [l’artiste] », le film suivait dans trois périodes le parcours d’un homosexuel qui, en pleine épidémie du Sida, devient prostitué à New-York. Le parallèle avec son dernier film, dont le titre original est Postcards from London, est assez évident, puisqu’il raconte le parcours d’un jeune prostitué dans la capitale londonnienne.

Lors d’une visite guidée, Jim découvre La tentation du Christ, du Titien, et succombe au syndrome de Stendhal. Après s’être approché du tableau, malgré les avertissements de la guide, il tombe dans les pommes. Le jeune homme est récemment arrivé à Soho de son Essex natal. Quand il a annoncé à ses parents qu’il avaient décidé d’y faire sa vie, ils étaient réticents mais n’ont pas eu le choix. Il passe sa première nuit sous un carton et se fait dépouiller de tout son argent. Afin de gagner de l’argent, un habitué lui conseille d’aller dans le bar d’en face. Il y découvre des hommes dans des cabines, qui font des discours sur Vélasquez. Quand il s’épanche auprès d’une barmaid sur sa situation délicate, elle lui conseille de s’endurcir : avec son physique avantageux, il ne tardera pas à rencontrer plein d’hommes. Quand il s’assied pour boire sa bière, quatre garçons le rejoignent, lui parlent d’un tableau exposé à la National Gallery et lui disent qu’il pourrait tout à fait sortir d’une œuvre du Caravage.

Les références qui émaillent Caravage et moi sont abondantes, au risque d’écraser le film. En plus du peintre italien, dont la biographie nous est détaillée tout au long du film, de nombreux artistes peuplent l’œuvre de Steve McLean. Mais la sélection est thématiquement orientée : pêle-mêle sont évoqués Oscar Wilde et Joe Dalessandro, mais aussi Lucian Freud et Reiner Werner Fassbinder, E. M. Forster ou bien Pier Paolo Pasolini. Soit une liste non exhaustive d’artistes homosexuels, assumés ou pas, qui ont parfois sublimé dans leurs œuvres leur « sensibilité ». C’est d’ailleurs d’un excès de sensibilité dont souffre le personnage principal, le film mettant en images le fameux « syndrome de Stendhal ». Cette affection, dont l’origine est attribué à l’auteur de La chartreuse de Parme, qui a été submergé par l’émotion quand il est a vu des œuvres d’art à Florence, cause au protagoniste une accélération du battement de son cœur et le fait s’évanouir à chaque fois qu’il voit un chef d’œuvre. 

La transfiguration du sexe par l’art, tel est donc le thème de Caravage et moi. Car le film ne triche pas sur la marchandise : quand Jim arrive à Londres, il devient prostitué. Mais pas n’importe lequel : l’astuce, un petit peu maladroite tout de même, que trouve Steve McLean pour ennoblir cette profession, c’est de prétendre que les clients attendent plus des gigolos qu’ils payent une discussion après le sexe. Certes une part de vérité se cache derrière cette assertion, qu’il parvient à justifier au travers du manque de chaleur humaine que ces solitaires pallient en payant la présence de ces jeunes éphèbes. Du point de vue narratif, cela occasionne d’ailleurs des quiproquos assez savoureux, où le jeune homme ne sait pas trop comment se comporter : à trop vouloir parler il casse le désir de ses clients et à trop vite vouloir passer au lit il en frustre certains qui préfèrent discuter. On aboutit donc à un entre deux où l’idée intéressante du scénario est tantôt efficace et parfois maladroitement exploitée.

Visuellement , Caravage et moi assume complètement son kitsch. Il s’inscrit dans la ligée d’un certain courant artistique ouvertement gay friendly : on pense à David LaChapelle et à Pierre et Gilles, qui d’ailleurs ne sont jamais évoqués dans l’inventaire de name dropping effectué par le film. Les couleurs criardes et la saturation des lumières apportent à l’image un côté criard revendiqué. La mise en scène baroque, qui fait se succéder plusieurs scènes oniriques et surréalistes se veut sans doute l’écho des artistes que le film évoque. Cela donne un aspect foutraque pas déplaisant, mais qui n’aurait certes pas tenu plus de 90 minutes. Cependant, la présence de ces jeunes garçons bien faits de leur personne, que Steve McLean montre souvent torse nu mais jamais plus, ajoute de l’intérêt esthétique que l’on porter à un film un peu bancal mais séduisant. On passe donc un assez bon moment en regardant le parcours initiatique atypique d’un adolescent à la figure d’ange.

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