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Garçon chiffon (2020) Nicolas Maury

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Garçon chiffon (2020) Nicolas Maury

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Un homme qui n'est point jaloux est un homme qui n'aime pas

S’il est acteur depuis plus de vingt ans, il jouait d’ailleurs un rôle furtif d’auto-stoppeur dans Ceux qui m’aiment prendront le train, on a découvert Nicolas Maury au milieu des années 2000. Il enchaîne à cette époque des petits rôles chez Philippe Garrel ou Noémie Lvovsky, puis joue le personnage principal du déjanté Let my people go. Il attire particulièrement les regards enincarnant le domestique travesti des Rencontres d'après minuit, puis son rôle extraverti d'assistant d'agent dans la série Dix pour cent a fini d'asseoir sa notoriété. L'annonce de la sortie de Garçon chiffon, son premier film en tant que réalisateur, au titre énigmatique, a attisé la curiosité. Pour l'écriture du scénario, il s'adjoint les services de la discrète et talentueuse Sophie Fillières, qui a travaillé avec de nombreux autres réalisateurs tel Xavier Beauvois ou bien Julie Bertuccelli. Interprétant le personnage principal, il joue de cette ambiguïté, ayant lui-même expérimenté une histoire passionnelle où la jalousie jouait un rôle prépondérant.

Dans Paris, près de la place des Pyramides, Jérémie suit la voix de son GPS qui lui indique de tourner à droite au prochain croisement. Arrivé à l’intersection, il hésite longtemps avant de lui obéir, puis il arrive devant un hôtel particulier et s'annonce à l'interphone. Il parvient dans une salle où se tient une réunion des jaloux anonymes. Une femme prend la parole et explique combien elle et son entourage souffrent de sa jalousie : un jour elle s’en est même prise violemment à la collègue de son mari, croyant à tort qu'il la trompait avec elle. Un autre intervenant, sage depuis quelques semaines, conseille à Jérémie de s'aimer, d'aimer les autres, et de surtout ne pas ouvrir les placards car on y découvre souvent des secrets qu'il ne vaudrait mieux pas connaître. Quand c'est à son tour de s'exprimer, il dit que son père est mort récemment, et qu'il n'est pas allé à son enterrement. Pensant toucher ses auditeurs, il quitte la pièce quand on lui demande pourquoi il est là.

Le personnage principal de Garçon chiffon ressemble énormément à l'image que l'on peut se faire de Nicolas Maury, à la fois au travers de son apparence dégingandée et de ses apparitions devant les écrans. Sensible et attachant, Jérémie navigue dans la vie maladroitement, en se cognant, tout en faisant transparaître une grâce impalpable. Sa jalousie le dévore et il ne sait pas comment la gérer, tout comme il ne parvient pas à exprimer à ses proches combien il les aime, alors que son cœur déborde de sentiments envers eux. Un metteur en scène le résume en disant lors d'un casting que son interprétation est très personnelle, trop peut-être car on ne saurait pas trop comment la canaliser. Autant dire que ceux qui n'apprécient pas Nicolas Maury devraient passer deux heures difficiles. Les autres par contre peuvent savourer ce moment charmant où tout, des costumes aux décors en passant par le casting, est d'une élégance surannée et néanmoins adéquate. 

Parlons-en, des actrices et ses acteurs qui habitent Garçon chiffon. Nicolas Maury est impeccable dans ce rôle de jeune homme fragile comme un bas de soie, comme le dit la chanson. Il incarne cet inadapté au monde et lui donne chair, ce qui est un joli paradoxe pour un personnage aussi éthéré. Sa mère est divinement interprétée par Nathalie Baye, dans un rôle qui fait écho à ceux qu'elle a incarnés chez Xavier Dolan, une référence qui semble étrangement à la fois incontournable et pourtant aux antipodes du style visuel du film. Outre le beau Arnaud Valois, que l'on prend toujours autant de plaisir à voir, et qui campe son rôle parfaitement, le film fait la part belle à d'autres figures tout aussi iconiques. Le furtif passage devant la caméra d'Isabelle Huppert est très amusant, tout comme la scène où apparaît l'excellente et un peu trop sous-employée Dominique Reymond. Quant au numéro qu'offre Nicolas Maury à sa partenaire de petit écran Laure Calamy, il mérite son pesant de cacahuètes.

Il faut dire que quasiment tous les personnages de Garçon chiffon possèdent en eux un brin de folie qui les rend attachants. Jérémie le premier bien entendu, mais aussi son amie réalisatrice au tempérament tempétueux. La famille n’est pas en reste, avec cette grand-mère atteinte d’Alzheimer dans cette scène surréaliste où des chasseurs rendent un hommage particulier à un défunt. Seul le compagnon de Jérémie incarne une stabilité, et avec lui s’esquisse une relation apaisée à laquelle il tend mais qu’il ne parvient pas à atteindre. Nicolas Maury parvient avec sa mise en scène à mélanger des moments de comédie, parfois loufoques, avec des instants de grâce, tel cette séquence où le protagoniste se souvient de son enfance, avec une belle référence au Marilyn et John de Vanessa Paradis. Introspectif, et peut-être un peu trop centré sur son réalisateur, comme beaucoup de premiers films, Garçon chiffon ne manque cependant pas de charme et se laisse regarder avec beaucoup de plaisir.

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