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Les Enfants du Paradis (Marcel Carné, 1945)

Les Enfants du Paradis (Marcel Carné, 1945)

Publié le 3 avr. 2021 Mis à jour le 3 avr. 2021
time 4 min

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Les Enfants du Paradis (Marcel Carné, 1945)

Les enfants du Paradis est l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma français. Les critiques qui ne jurent que par la Nouvelle Vague (Télérama et les Inrocks pour ne pas les citer) et dédaignent de le faire figurer dans leurs classements des 100 meilleurs films français feraient bien de réviser leurs manuels d'histoire. A savoir le mea culpa de Truffaut qui après avoir dénigré dans les Cahiers du cinéma en 1956 l'œuvre de Carné-Prévert (en tant que "cinéma de papa" à abattre) a fini 28 ans plus tard par admettre qu'il aurait donné volontiers tous les films qu'il avait réalisé contre Les enfants du Paradis. Car si pour s'affirmer il faut sans doute tuer le père, vient un jour où la lucidité vous rattrape. Et puis parler de "cinéma de papa" avec tout ce que cela sous-entend de confort alors que les Enfants du Paradis a été réalisé en pleine guerre dans des conditions particulièrement difficiles avec une partie de son équipe obligée de travailler dans la clandestinité est un contresens. Le spectacle durant l'occupation et les rapports entre le spectacle et la vie constituent d'ailleurs le sujet du Dernier Métro, l'un des plus grands succès de Truffaut, comme un hommage inavoué au chef-d'oeuvre du "père" du cinéma français.

Le sujet principal des Enfants du Paradis est l'amour. "Que ça concerne le cinéma ou le reste, la seule chose qui m'intéresse, c'est l'amour" disait Jacques Prévert, l'auteur du scénario et de dialogues devenus mythiques ("Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour"). L'amour dans tous ses états et tous ses éclats, l'amour omniprésent et protéiforme.

L'amour du spectacle tout d'abord avec sa multitude de mises en abyme. Ayant lieu dans la première moitié du XIX° siècle, l'intrigue se déroule sur le boulevard du crime dans une atmosphère de kermesse et de carnaval et confronte deux mondes, celui de la pantomime en déclin et celui du théâtre en plein essor avec différents genres à l'affiche (comédie, mélodrame, tragédie). Chacun de ces arts est porté par une figure ayant réellement existé: le mime Deburau (Jean-Louis Barrault) d'un côté et l'acteur Frédéric Lemaître de l'autre (Pierre Brasseur). Mais à travers eux, on reconnaît aussi une autre transition ayant eu lieu un siècle plus tard, celle qui a fait passer le cinéma du muet au parlant et qu'a connu Marcel Carné. L'imbrication entre théâtre et cinéma est telle que le film est divisé en deux époques comme une pièce en deux actes avec à chaque fois un lever de rideau.

A l'imbrication entre théâtre et cinéma répond l'imbrication entre ce qui se joue sur scène et ce qui se joue derrière la scène. La mise en abyme est flagrante lorsque Lacenaire (Marcel Herrand) dit au comte de Montray (Louis Salou)" Je ne suis pas un personnage de vaudeville moi alors que vous, oui. Et je le prouve." Là-dessus il écarte les rideaux du hall, révélant Garance (Arletty) qui est alors la maîtresse du comte dans les bras de Deburau. Différentes sortes d'amour se croisent, se heurtent mais ne parviennent pas à s'accorder, la scène et la vie se répondant en miroir. Le catalyseur de tous ces amours désaccordés est incarné par Garance une femme fascinante aussi libre qu'insaisissable. La première "scène" où elle apparaît définit bien son "rôle" puisqu'en tant qu'attraction de foire, elle tourne sur elle-même plongée dans une baignoire en forme de puits sous les regards masculins mais elle ne les voit pas plongée dans son miroir. Durant tout le film, on la voit se dérober vis à vis des hommes qui la convoitent, qui cherchent à la posséder et qui au final finissent par la perdre. Garance vit dans l'instant présent, obéit à l'impulsion du moment et déteste mentir: " je suis comme je suis, j'aime plaire à qui me plaît, c'est tout. Et quand j'ai envie de dire oui, je ne sais pas dire non." Après les avoir essayés, elle rejette tour à tour "l'amour" de Lacenaire, de Frédéric Lemaître et du comte de Mortray. Tous trois ont pour points communs le goût du paraître (bandit-dandy pour Lacenaire, acteur cabotin sûr de son génie pour Lemaître, aristocrate plein de morgue pour Mortray), l'orgueil, un ego surdimensionné qui les rend incapables d'aimer véritablement et une jalousie dévorante qui les conduisent jusqu'à l'assassinat (sublimé par le théâtre dans le cas de Lemaître, bien réel pour les deux autres). Reste Baptiste Deburau, pierrot lunaire passionnément épris de Garance mais que ses projections idéalisées paralysent. Elles l'empêchent en effet d'affronter les demandes charnelles de la Garance de chair et d'os "c'est dans les livres que l'on aime comme ça, pas dans la vie"; "Il ne faut pas m'en vouloir mais je ne suis pas comme vous rêvez." Garance finira par éprouver les mêmes sentiments pour Baptiste mais seulement de loin et lorsqu'elle le saura marié et père comme si elle n'acceptait cet amour que parce que elle le savait impossible. C'est d'ailleurs ce que lui rétorque avec lucidité Nathalie (Maria Casarès), la femme de Deburau qui souffre depuis toujours que son amour pour Baptiste ne soit pas payé de retour "Vous partez, on vous regrette. Le temps travaille pour vous et vous revenez, tête nouvelle embellie par le souvenir...mais rester et vivre avec un seul être, partager avec lui la petite vie de tous les jours, c'est autre chose." L'amour qu'évoque le film est en réalité surtout l'illusion de l'amour.

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