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Pas 2 quartiers

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Vous connaissez France télévision. C’est la société nationale qui gère les activités de la télévision en France.
Pour l’audiovisuel extérieur de la France, la chaîne télévisée d’information s’appelle France 24. Certaines mauvaises langues parlent d’organe de propagande. Mais c’est une erreur monumentale. Elle a pour vocation de diffuser la pensée lumineuse de la France aux quatre coins du monde et de participer ainsi au développement intellectuel de l’humanité toute entière. C’est un phare culturel dans un océan d’obscurantisme.
La majorité des présentateurs sont des présentatrices. Ces jeunes femmes BCBG, clones d’Anne Sophie Lapix, au demeurant très sympathiques et d’un physique avenant, expliquent au reste de l’humanité rétrograde les bienfaits de la PMA, du mariage pour tous, de l’égalité homme-femme, surtout celle des femmes et autres progrès sociaux telle la GPA qui permettent à la France de se tenir dans le peloton de tête des civilisations moralement les plus avancées.

En plus de promouvoir le bonheur sur terre, les journalistes de France 24 ont inventé un concept génial. Ils partent dans les quartiers défavorisés pour rencontrer des animateurs et des animatrices qui s’occupent des jeunes en perte de repère.
Ces animateurs (et animatrices), pleins d’idées fantastiques font faire de nombreuses activités utiles aux jeunes défavorisés. Il y a du théâtre, de la danse classique, du rap, de la poésie, des marionnettes, de la peinture artistique, du cinéma,... Enfin bref tout un apprentissage qui leur permettra de trouver du travail rapidement... chez les intermittents du spectacle.
Il y a une activité qui m’a particulièrement plu. C’est la description des différents habitants du quartier par des jeunes qui filment avec leur Smartphone. Cette émission géniale s'appelle : "Pas 2 quartiers"
Alors, je me suis dis, pourquoi je n’essaierai pas moi aussi de décrire mon quartier par la plume et le smartphone.

Rond point avec cruche.

Essayons.
Le maquis
L’établissement commercial le plus répandu est le maquis. C’est ce que l’on appelle en français le débit de boisson. Il y en a un tout les 10 mètres. Suivant le standing, on peut y boire du Tchapalo (Bière de mil - Le maquis s’appelle alors un tchapalodrome), de la vrai bière (Flag, Castel, Beaufort,...), des alcools forts...
Quoique concernant les alcools forts, le gouvernement a maintenant interdit les spiritueux vendus en sac plastique à 100 Fcfa (15 cts d’Euros) pour une question de santé publique. En effet, les cas de démence précoce, de cécité, et autres se multipliaient dernièrement, surtout chez les jeunes qui sont souvent désargentés mais qui veulent, malgré tout, connaître les ivresses interdites. Ivresses qui devaient être particulièrement violentes vu la teneur de ces breuvages en éther et en alcool méthylique.
Dans la foulée, les brochettes préparées à l’huile industrielle furent aussi interdites suite à quelques transits intestinaux douloureux, aléatoires et manquant de consistance.
Certains maquis font aussi dancing. Sur les murs extérieurs, sont peintes, en couleurs criardes des jeunes filles dont la taille des poitrines et des fesses rendraient folles de jalousie les placides ruminantes du Salon Parisien de l’agriculture. On est loin des femmes ‘tuyau’ de nos défilés de mode.
Le matin et l’après midi à partir de 15H les consommateurs s’assoient autour d’une bouteille qui sera la même jusqu’à l’heure tardive du retour au foyer, conjoncture oblige.
On ne s’assoit jamais à l’intérieur. Comme dans tous les pays du monde, les buveurs regardent les passants et font des commentaires sur les jambes ou la croupe de telle ou telle jeune fille bien proportionnée, ricanent lorsqu’un blanc passe et font de grands gestes désordonnés pour saluer un copain buveur qui passe en mobylette mais qui n’a pas le temps de s’arrêter, au grand dam de toute la bande. L’espoir de se voir offrir une bouteille disparaît en même temps que l’engin dans un nuage de poussière .
La vie s’écoule paisiblement. On dirait le Sud comme disait Nino Ferrer.

 

Autre établissement d’une haute importance : Le boutiquier.
Généralement tenue par un Peulh, la boutique est le second point de ralliement du quartier. On y rencontre généralement des femmes, des jeunes filles et des enfants. On y vend de tout, c’est un inventaire à la Prévert : De la nourriture, des sacs, des calculatrices, des écouteurs, des éponges, des préservatifs, du savon, de la lessive, des poupées, des recharges téléphoniques, des médicaments pour les hémorroïdes... Tout ceci est entreposé dans 5 mètres cubes. Le moindre interstice y est utilisé et le boutiquier, véritable spéléologue de l’épicerie sait se frayer un chemin dans un réseau immense de galeries, de couloirs, de grottes dont les parois sont faites de cartons, de sacs de riz, de bouteilles, de bananes... A chaque fois qu’il part en expédition, j’ai peur qu’une galerie s’écroule, qu’il meurt dans d’atroces souffrances et que son corps momifié ne soit retrouvé que plusieurs années plus tard.
Il n’est pas nécessaire d’avoir un caddie pour faire ses courses car généralement les clients se contentent d’un petit sachet d’une dizaine de grammes d’huile, de sel ou de sucre à 25 Fcfa (4 cts d’Euros).
Personnage très sympathique et dévoué, le boutiquier essaye toujours de vous satisfaire et semble sincèrement désolé lorsqu’il n’a pas pu vous vendre ce que vous êtes venus chercher.

 

L’Imam. Comment parler d’un quartier sans parler de l’Imam?
C’est un notable, tout comme le boutiquier ou le tenancier du maquis.
Comme les curés à l’époque, il joue le rôle de confident, de psychologue, d’animateur tout en diffusant la parole de Dieu qui est unique.
Personnage sympathique, toujours habillé de blanc, il a commencé, il y a une vingtaine d’années, sa carrière comme chanteur de rap. Sa chanson phare dont on a oublié le titre était un pamphlet contre l’excision. Lors d’une fête de quartier, il était arrivé sur scène avec à la main une paire de ciseaux, en gesticulant et en éructant des paroles qui ne sont jamais passées à la postérité. Devant le peu de succès de sa petite entreprise, il décida qu’il consacrerait désormais sa vie au service du Tout Puissant.
N’ayant pas de coin tranquille pour se réunir avec ses meilleurs fidèles, il demanda à François, son voisin blanc, de tenir les séances d’étude du Coran dans sa cour et ceci pour la simple raison que les cours des maisons africaines ne sont pas des espaces vraiment propices au recueillement et à la méditation vu le nombre d’enfants braillards, de parents désœuvrés et de femmes préparant la cuisine qui y déambulent.
Tout aurait été pour le mieux dans le meilleurs des mondes si en plus d’être un homme de paix, l’Imam n’avait pas été un homme d’amour.
Après avoir successivement engrossé 3 bonnes qui travaillaient chez François, celui-ci demanda à l’Imam vigoureux d’appliquer un peu moins à la lettre la parole de Dieu qui nous enseigne de croître et de multiplier et ceci dans le but évident de pouvoir garder une bonne à son service un peu plus d’une année. D’autant plus que les frais d’avortement donnaient lieu à des discussions délicates pour connaître qui de l’employeur ou du besogneux allait assurer les frais. Comme il est normal de se partager le travail et que l’Imam avait déjà fait sa part, c’est François qui payait.
L’avantage c’est que nous sommes à peu prêt certain que notre Imam ne tombera pas dans l’Islam radical. Ce qui en soit est une bonne chose.

Le boucher des chiens.
Là, c’est sur, je vais me mettre à dos les vegans.
Au Burkina, on mange les chiens. Non pas par nécessité mais par gourmandise. Le boucher classique qui opère sur des moutons ou des bovins n’a pas la compétence pour préparer le chien. C’est un travail spécial que seuls quelques individus initiés savent faire.
Lorsque ce petit personnage grisâtre se déplaçait dans le quartier, avant de le voir, on l’entendait arriver. Tous les chiens qui se trouvaient à moins de 50 mètres se mettaient à aboyer.
Il passait parfois devant la maison avec un chien en laisse puis repassait quelques temps après  dans l'autre sens avec un rôti et autres pièces de viande dans un sac.
Il avait, disait on, un produit pour attirer les chiens. Sa technique de capture était aussi spéciale et bien cachée.
J’en parle à l’imparfait car un jour funeste, la chance l’abandonna, il fut mordu par un chien enragé et mourut quelques temps plus tard.

Le fou.
De même qu’un échiquier, un quartier se doit d’avoir au moins un fou.
Généralement vêtu de haillons (les aliénés totalement nus disparaissent progressivement du paysage urbain), il promène sa grande carcasse dégingandée à travers le quartier en maugréant des mots dans un langage qu’il est seul à comprendre. Parfois, il s’arrête devant un maquis et tient un discours que personne ne comprend mais que tout le monde écoute religieusement puis repart vers une destination que personne ne connaît, même pas lui.
Parfois, il s’énerve seul et se met à faire de grands gestes en criant pour se défendre contre des agresseurs imaginaires, monstres, génies ou humains, lui seul les voit.
En occident on dirait qu’il est psychopathe, paranoïaque ou schizophrène. Ici on dit qu’il est possédé par un djinn ou par un démon, que la vieille sorcière d’à coté lui a jeté un sort simplement parce qu’elle était jalouse de la réussite de sa famille. D’autres disent qu’il a lu le Coran ou la Bible à l’envers et qu’il est tombé sur des passages interdits. Un cause scientifique n’a pas sa place dans ce monde.
Plus vraisemblablement, il s’agit d’individus ayant un psychisme un peu plus faible que la moyenne et que les turpitudes et tracasseries familiales et traditionnelles ajoutées aux problèmes d’une vie pas toujours facile ont fait sombrer dans la folie. Ceux qui ne sont pas méchants, sont généralement laissé en liberté, les autres...

 

Mes voisins.
Ils sont tous sympathiques et très respectueux, notre entente est parfaite. Je n’ai jamais connu de querelle de voisinage en 22 ans. Il n’y a qu’une chose qu’ils n’apprécient pas du tout, ce sont les malfaiteurs.
Ce quartier est très ancien, depuis des années, il avait la bonne ou la mauvaise réputation, ça dépend de quel côté on se place, de très mal accueillir les malfrats. Malheureusement, cette réputation avait tendance à disparaître et depuis quelques temps, les vols se faisaient plus fréquents. Puis un jour des voleurs eurent la mauvaise idée de venir tester l’ambiance la nuit.
Les premiers entrèrent dans une cour puis égorgèrent une chèvre qui était pleine pour l’emmener. Malheureusement pour eux, un gardien les entendit. Une course poursuite s’engagea et un des voleurs fut attrapé. Durant 3 heures, les hommes du quartier lui expliquèrent pédagogiquement que voler était très mal. L’explication était à peine terminée qu’un second voleur entreprit de subtiliser du gas-oil dans un camion garé à proximité. Nos pédagogues prirent alors le voleur en chasse et après une corrida sur le toit des maisons, ils lui mirent enfin le grappin dessus.
La leçon fut intense quoique plus courte que la précédente et ne dura qu’une heure. Comme la nuit palissait, les professeurs, fatigués, appelèrent la maréchaussée. Lorsque les forces de l’ordre arrivèrent un des élèves n’arrivait plus à marcher et l’on du appeler les pompiers qui le jetèrent à l’hôpital. Le second pu monter dans le panier à salade mais pris d’un malaise inexplicable il mourut bêtement le matin. La nouvelle fit le tour des voleurs de la ville et le quartier retrouva sa réputation et sa sérénité.
Les habitants peuvent maintenant se promener en toute sécurité à n’importe quelle heure du jour et de la nuit bien qu’il n’y ait pas d’éclairage publique. Les policiers ne viennent jamais dans le coin, sauf lorsqu’on les appelle pour un ramassage.
Aucun jeune en perte de repère ne vous attaquera pour vous dérober votre smartphone, votre moto ou tout simplement votre bien. Les femmes, les enfants, les vieillards ne seront jamais molestés, volés, violentés, violés par des individus victimes d’une société déshumanisée.
Ca peut paraitre brutal comme ça mais ce sont des calmes comparés aux chasseurs traditionnels dans les villages. Ce sont les 'Dozos' chez les Mandingues et les 'Kolweogos' chez les Mossis. Traditionnellement, les chasseurs sont aussi les garants de la sécurité dans le village. C'est 'Chasse, pêche et tradition' à l'Africaine. Eux, ils travaillent à l'ancienne, avec la machette, le calibre 12 Simplex de chez Manufrance et la corde. Lorsqu'il y a des plaintes de justice expéditive et que l'autorité vient faire un tour, ils sortent l'artillerie et les farces et attrapes. Même les droits de l'homme ne savent plus quoi faire. C'est effectivement assez différent de ce que l'on rencontre en France.

Dozos - Ne vous méprenez pas sur leur accoutrement, ils sont extrêmement efficaces.

 

 Ici tout le monde se salue, se respecte et s'entraide.

 

AUTRES IMAGES

Le kiosque à café : On remarquera l'influence des Fast Food Américains

 

Le snack

 

Le réparateur de moto

 

Le tailleur

 

L'école primaire des soeurs

 

Le transporteur de sable

 

Le cycliste

Tous ça vous paraitra bizarre mais je suis né et j'ai vécu dans un village de l'ouest de la France dans les années 60 et si la forme de cette société Africaine en est différente, le fond n'en est pas tellement éloigné. C'est, pour moi, ce qui fait son charme. Il y a bien sûr quelques contraintes comme être capable de supporter des températures allant jusqu'à 42-43°C. Savoir se passer d'électricité pendant 10 heures ou être capable de se laver dans des bassines, mais vous verrez, on s'y habitue très vite.

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