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La chasse photographique

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Talève d'Allen - Mali

En ce jour du mois de Mars 1973, je ramasse prestement ma carabine et ma boite de balles que j’ai emballés soigneusement dans du papier journal. Le train pour Cholet est dans 20 minutes et j’ai à peine le temps d’aller à la gare. Je dois passer la journée avec un camarade de classe et j’amène mon ‘flingue’ à tout hasard.
Quand j’étais enfant, j’adorais la chasse, j’amenais ma carabine Diana partout où j’allais. 
Dans les campagnes, on commençait tôt. Vers 8 ou 9 ans, on se confectionnait des frondes puis des arcs avec du noisetier car une fois sec, ce bois est très élastique. Les flèches étaient en roseau avec une pointe métallique au bout. 
A 11 ou 12 ans, on se servait de la carabine à air comprimé 4.5 mm du grand frère, puis vers 14, on tirait déjà à la 22 long rifle. A l’époque, la législation sur les armes était beaucoup moins restrictive qu’actuellement. 
Une Diana 4.5 mm était limitée en puissance. Il fallait se contenter de petits oiseaux et de rats qui pullulaient dans les rivières et les décharges. 
Un jour, je devais avoir une quinzaine d’année, j’ai tué une mésange. C’était la première fois. Je l’ai ramassé, elle était morte mais le plomb n’avait provoqué aucune blessure apparente et il n’y avait pas de sang. La vue de ce joli petit oiseau multicolore inanimé pour toujours me choqua profondément alors que j’étais le responsable de cette situation. A partir de ce jour là, j’abandonnais définitivement la chasse traditionnelle. 

En ce qui concerne la chasse sportive, selon les individus, les motivations sont différentes:

* Il y a le chasseur qui chasse pour tuer, pour le trophée. Ce sont eux qui défrayent la chronique parfois sur les réseaux sociaux après avoir posté leurs photos à côté de l’animal mort. 
Richards plein aux as, ils ne respectent rien et surtout pas la nature qu’ils ne connaissent d’ailleurs pas. 
Il a 3 jours pour tuer son lion ou son buffle, voyage compris. Il paye plusieurs milliers de dollars pour tuer la bête la plus représentative. Cependant ils ne font pas n’importe quoi et le font dans un cadre strict. La plupart du temps dans des fermes spécialisées où l’on ne tue que les vieux mâles ou les animaux les plus faibles. L’argent sert ensuite à faire tourner la société qui exploite la ferme, car une ferme animalière a besoin d’un budget important pour fonctionner. Cependant, il semble que dans des pays comme le Zimbabwe où la loi est assez élastique, certains chasseurs sortent des réserves pour tuer. Ce qui est illégal. 
Ce genre de personnage est accompagné d’un pisteur et d’un chasseur professionnel, tout deux armés avec du gros calibre. Généralement, la traque du gibier est très rapide car le tueur est venu pour le trophée et il n’a pas de temps à perdre. Armé d’un calibre 458 ou d’un 600 Nitro express dont l’énergie phénoménale arrête un buffle en pleine charge, il ne craint pas grand chose et même s’il rate sa cible, il reste le pisteur et le chasseur professionnel derrière qui eux ne loupent jamais. Ils sont méprisables.
A mon avis, il en faut plus dans le calfouette pour s’approcher d’un éléphant, d’un hippo ou d’un buffle avec un zoom qu’avec un fusil. Hemingway, dans son livre ‘Les neiges du Kilimandjaro’ a écrit une nouvelle très intéressante sur ce type de personnage : ‘L’Heure Triomphale de Francis Macomber.’

* Il y a le chasseur qui chasse pour le plaisir de la chasse. Il est beaucoup plus estimable, bien qu’à mon avis, le chasse sur des espèces en voie d’extinction devrait être sérieusement punie. La seule chasse autorisée devrait être celle des nuisibles qui prolifèrent, comme celle du lapin par exemple.
Il identifie l’endroit où peut se trouver l’animal, le traque, le repère, le tire...et parfois le loupe. La bête a une chance de s’en tirer. J’avais un ami au Zaïre qui chassait de cette manière, la traque pouvait durer plusieurs jours et se solder par un échec. Parfois même, au dernier moment, la cible était manquée et l’animal s’enfuyait. Alors qu’il pistait depuis plusieurs jours une antilope Bongo dans la forêt du nord du Zaïre, il en repère une et la met dans sa ligne de mire. Finalement et heureusement pour le gibier, il tremblait tellement à cause de l’émotion qu’il la manqua. Il faut savoir que l’antilope Bongo est en voie d’extinction et qu’elle est extrêmement craintive, ce qui la rend très compliquée à repérer et à chasser.

Aimant la chasse mais ne supportant pas de tuer un animal, j’optais pour le chasse photographique où la carabine est remplacée par un appareil photo. Là encore, il y a deux types de chasse :

* Le photographe animalier qui est pressé car il n’a pas beaucoup de congés. Il doit alors se rendre dans des fermes spécialisées en tourisme de vision, en Afrique du Sud, au Kenya, en Tanzanie,.. 
Les animaux, bien que sauvages, sont habitués à l’homme. On voit des troupeaux d’impalas, de springboks, de zèbres,... se promener au milieu des véhicules comme si rien n’était. Cela ne reflète en rien la réalité. Au mieux vous êtes dans votre voiture et n’avez pas le droit d’en sortir, au pire vous êtes entassés à 10 ou 15 dans des véhicules spéciaux. Comment peut on ‘sentir’ son environnement dans de telles conditions?
Des spectacles de masques dansants et vociférants sont organisés le soir pour mystifier le spectateur. Là, aussi nous sommes totalement en dehors de la réalité. Il est rare de pouvoir assister à de véritables cérémonies. Dans certaines villes ou campagnes, j’ai vu plusieurs fois des masques se déplaçant pour aller à un rituel (Mariage, Décès, levée de Deuil,...), en particulier à Korhogo en Côte d’Ivoire en pays Sénoufo. J’en ai aussi vu au Gabon à Lambaréné. 
Il est interdit de les photographier sous peine de malheur. Inutile de vous dire que c’est la première chose que j’ai faite. Mais il semblerait que les blancs soient relativement immunisés contre ce genre de sortilège. Si vous êtes bien intégré dans une communauté et apprécié par vos amis, vous pourrez être invités à certaines cérémonies durant lesquelles des danses sont organisées en hommage à un défunt ou au cours d’un mariage.

* Le second type de chasseur d’image, c’est l’équivalent photographe du chasseur qui piste le gibier. C’est le type de chasse qui amène le plus de satisfaction. Il est nécessaire pour cela de connaître parfaitement la région où l’on se trouve et d’avoir une bonne connaissance de la faune y vivant. 
La traque peut durer plusieurs heures, voire plusieurs jours en plusieurs fois. Il m’arrive qu’entre le moment où je prends conscience de la présence de tel ou tel animal et le moment où j’arrive à le prendre en photos, il se passe plusieurs semaines. 
La chasse à l’affût est aussi possible. Là encore, il faut savoir se positionner, se cacher et connaître l’heure et l’endroit où les animaux viennent, comme par exemple le soir à proximité d’un point d’eau. Les prédateurs ont aussi leur domaine de chasse qu’il faut identifier pour avoir plus de chance de les rencontrer. 
Lorsque l’on se déplace dans la nature et en particuliers dans la brousse, il faut être très discret, ne pas faire de bruit, porter des vêtements de couleurs semblables à l’environnement, car si certains animaux n’ont pas une très bonne vue, d’autres comme les rapaces ont une acuité visuelle meilleure que la nôtre.  Dans la mesure du possible, essayer de dissimuler votre forme humaine. A l'affût, c'est assez simple, en marchant, ça l'est beaucoup moins.
Il faut oublier les déodorants et autres parfums. Il vaut mieux sentir l’urine de singe ou la crotte de chauve souris que le Brut de Fabergé. Et oui! La chasse animalière demande quelques sacrifices. Ce n’est pas à chaque fois, mais il m’arrive d’être à l’affût dans des endroits pas toujours très luxueux et de m’appuyer sur des supports souillés et malodorants dont je prends la senteur.
Votre déplacement doit aussi être silencieux, et comme pour l’odeur, en tenant compte du sens du vent, lorsqu’il y en a. 
Il faut aussi savoir que de nombreux animaux sont sensibles aux vibrations du sol. 
De plus, lorsque vous vous déplacez, faites le doucement. Un objet qui bouge est bien plus facilement repérable qu’un objet immobile. De même, devant un animal dangereux, il faut absolument éviter les gestes brusques qui pourraient être interprétés comme hostiles et provoquer l’attaque de l’adversaire.
Dites vous bien, qu’à part votre vue et votre capacité d’analyser une situation, enfin en principe, vous êtes le moins bien équipés des hôtes de ces bois...comme disait Jeannot de La Fontaine.
Considéré comme le prédateur suprême, vous n’êtes pas non plus le bienvenu parmi tout vos petits camarades de la forêt. Je suis victime de temps en temps de marques d’hostilité qui se traduisent, pour les oiseaux, par une ronde au dessus de ma tête en m’invectivant bruyamment. Après vous avoir vu de nombreuses fois, ils se méfieront un peu moins et vous pourrez ainsi les approcher d’un peu plus près. 
Toutes les techniques de prédation et de défense que vous essayez de réveiller du fin fond de votre cerveau reptilien sont utilisées chaque jours par les animaux de la brousse. Dans cet environnement, vous n’êtes rien et la meilleure des armes est d’essayer de s’y intégrer au maximum.
Et finalement lorsqu’au bout de nombreuses heures de traque ou d’attente, vous pouvez mettre la cible dans votre viseur, maîtriser votre excitation et appuyer sur le déclencheur, la satisfaction est immense.
L’avantage, c’est qu’après avoir tiré, l’animal est toujours vivant et demain vous ou un autre photographe pourrez encore le prendre ou même regarder son image.

Tuer un animal c’est le détruire, le photographier c’est l’immortaliser. 

La photographie m’a permis de découvrir un monde que je n’imaginais pas. 
Lorsque vous chassez dans ces conditions, tous les sens sont en éveil et vous êtes beaucoup plus réceptif à ce qui vous entoure. Le moindre bruit, Le moindre mouvement, même celui d’un insecte, une couleur ou une forme inusuelle, une odeur attirent votre attention. 
Les expressions et les postures des sujets photographiés sont aussi parfois étonnantes.

Évidement cette méthode demande beaucoup de temps et celle du parc animalier est bien plus rapide. Les photos prises dans un parc sont aussi bien plus belles car les animaux prennent pratiquement la pose. Mais tout aussi réussies soient elles, ces photos ne m’inspirent absolument rien car je me doute dans quelles conditions elles ont été prises. Je conçois bien que pour les lecteurs qui n’ont pas connus de telles émotions, il est difficile d’imaginer ce que l’on ressent après une traque de longue durée puis la prise de la photo. Il est certain que dans notre civilisation visuelle toujours pressée du ‘jaime’, il est très compliqué voire impossible de faire passer ce type de sensation qui, à mon avis, n’est transmissible que par le verbe et non par l’image.

Il ne baille pas parce qu'il a sommeil, il montre le matériel pour expliquer qu'il ne faut pas aller plus loin. Avertissement pris très au sérieux lorsque l'on sait que les hippopotames sont les animaux qui provoquent le plus grands nombre d'accidents.

Il n'est pas très content qu'on le regarde manger. (Burkina)

 

Crécelle renard, de la famille des faucons. J'ai mis plusieurs mois avant de pouvoir photographier un individu posé. La plupart du temps, il vole à la recherche d'une proie. Il fait entre 35 et 40 cm de haut pour une envergure pouvant atteindre 90 cm. (Mali)

Grand Duc Africain. Entre le moment où j'ai pris connaissance de son existence et l'instant où je l'ai photographié, il a dû se passer 2 mois. (Mali)

Malgré son air peu engageant, il est mon modèle préféré. Depuis que sa chasse a été interdite, on le trouve dans presque tous les grands marigots du Burkina. Il n'attaque pas l'homme et se laisse photographier d'assez près...enfin une vingtaine de mètres. Il peut atteindre 4 mètres mais il est beaucoup moins agressif que le crocodile du Nil. Il reste tout de même un prédateur et la méfiance doit être de rigueur. J'évite de les approcher de trop près, surtout qu'ils sont d'une rapidité redoutable. (Burkina)

Monsieur et Madame Cordon bleu à joue rouge. C'est Monsieur qui a la joue rouge. Il existe, en Afrique, une multitude de petits oiseaux qui possèdent de magnifiques couleurs. (Burkina)

Une petite tortue Pelomedusa. Elle s'enterre durant la saison séche dans le cours d'eau. (Mali)

Dromadaire Kiffa (Mauritanie)

 

Macaque de Barbarie dans l'Atlas Marocain vers Azrou. Je trouve l'expression des singes assez surprenante. Bien que vivant à l'état sauvage, ils ont l'habitude des hommes.

Patas Sénégal

C'est ma photo préférée d'un éléphant. Bien sûr, elle est loin de la photo parfaite, mais c'est elle qui illustre le mieux l'appréhension que l'on peut ressentir, lorsque caché derrière des broussailles, l'animal vient de vous repérer et montre tous les signes d'une certaine agitation.

 

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