3 pelés 1 tondu

3 Pelés 1 Tondu

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Je découvre avec émerveillement mon idéal de société : le confinement.

De grands espaces de solitude dans la ville, les vastes silences pensifs des esplanades, peu d’êtres humains, clairsemés à l’horizon, des mouettes...

Et, surtout, telle­ment moins de ralentis – en revanche plus visibles, aisément discer­nables dans les files d’attente des pharmacies ou des supermarchés.

On sait, justement, à quoi s’attendre : on lui laisse toute la place, on patiente gentiment pendant qu’il essaie de comprendre ce qui se passe, ce qu’il doit faire, ce qu’il doit penser.

Il s’éloigne, courbé sous le poids de son imbécillité chronique en forme de sac de courses.

On est enfin entre soi, rapides, efficaces, légers.

Le boulevard est vide à l’exception de rares misanthropes qui se croisent le plus loin possible les uns des autres.

Plus per­sonne ne vient prendre des nouvelles de notre santé afin de nous donner des siennes interminablement.

Plus de meutes d’enfants porteurs du virus de l’avenir,

plus de skateboards bruyants,

plus d’incontinence verbale téléphonique aux terrasses de café, d’ailleurs plus de terrasses, donc plus de ce boucan dit musique,

plus de trottinettes pour renverser grand-mère, en fait plus de grands-mères cherchant sa monnaie,

plus d’agence immobilière, d’agence de voyage, de magasin de mode, et tout le personnel qui va avec, vocabulaire incertain et pensée confinée depuis l’enfance,

plus de vélocipé­diste hagard,

plus de coureurs dans des survêtements déplo­rables

– et, bizarrement, plus de pigeons ni de clochards, sans doute fusillés par des pelotons d’âmes charitables.

L’air est enfin clair, transparent, joyeux, comme rajeuni. C’est le printemps des esprits malins.

 

A suivre dans http://impeccablemichelcastanier.over-blog.com/

 [Auteur de l’image non identifié]