Un enfant attend (A child is waiting, John Cassavetes, 1963)

Un Enfant Attend (A Child Is Waiting, John Cassavetes, 1963)

Partager

Troisième film de John Cassavetes après Shadows et Too Late Blues (La ballade des sans-espoirs), Un enfant attend est sa seconde et dernière tentative pour s'intégrer dans le système hollywoodien. Tentative qui à l'image du film se terminera par un échec retentissant. En conflit avec le producteur du film Stanley Kramer, Cassavetes ira au clash ce qui lui vaudra une exclusion définitive. Il perdra également la main-mise sur le montage du film, celui-ci reflétant au final la vision de Kramer sur la place des enfants handicapés dans la société plutôt que la sienne. Un enfant attend contient en effet en filigrane le conflit de vision entre Kramer et Cassavetes. Le premier peut être rapproché du docteur Clark joué par Burt Lancaster qui pense qu'il faut protéger ces enfants en les plaçant en institution. Le second se rapproche de Jean Hansen jouée par Judy Garland qui pense que l'amour abat tous les obstacles (comme un torrent ce qui explique peut-être le choix de Wildside de réunir en coffret DVD Un enfant attend et Love streams). Et bien que très classique dans sa forme (images léchées, musique un peu démonstrative), le film contient la genèse de l'oeuvre à venir. Il se focalise sur un sujet audacieux pour l'époque, celui des enfants anormaux et par extension, des fous. Des enfants différents qui ne peuvent s'exprimer que par leurs troubles autistes ou hystériques et n'en être délivrés que par l'art dramatique. La fin du film qui se déroule sur une scène de théâtre est très cassavetienne avec le personnage du père dont la difficulté d'aimer insuffle un suspense comparable (en beaucoup moins intense) à celui d'Opening night. Face à cet homme qui n'aime déjà pas assez (comme dans Love Streams) on a une femme qui aime trop jouée par Gena Rowlands qui tournait pour la première fois sous la direction de son mari. Une Gena encore corsetée (pas de grain de folie possible dans ce cadre!) mais dont on sent déjà le volcanisme intérieur. Cassavetes a donc réussi malgré tout à insuffler sa personnalité (l'amour dans tous ses états, l'amour dans ses contradictions et ses maladresses) dans ce film profondément humaniste. Burt Lancaster, mélange d'autorité et d'humanité est convaincant et Judy Garland (dont la fragilité émotionnelle est palpable et que l'on sent au bout du rouleau) est absolument bouleversante.