Retour vers le futur III (Back to the Future, Part III, Robert Zemeckis, 1989)

Retour Vers Le Futur Iii (Back To The Future, Part Iii, Robert Zemeckis, 1989)

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La conclusion de la trilogie s'écrit au passé, dans ses origines. La plus grande partie de l'intrigue de RVLF III se déroule en 1885 quand Hill Valley n'était encore qu'une bourgade en construction du Far West. C'est l'occasion pour Robert Zemeckis de rendre hommage aux cadors du genre, de John Ford (le décor de Monument Valley, la scène de bal inspirée de "My Darling Clementine") à Sergio Leone (le célèbre plan de la gare de "Il était une fois dans l'ouest", le poncho et le "gilet pare-balle" de Blondin et le pseudo de Marty "Clint Eastwood") et même, sur un mode humoristique aux westerns de série B des années 30 et 40 interprétés par Roy Rogers (la tenue clinquante à franges de Marty dont tout le monde se moque avant qu'il ne la change). Zemeckis voulait même faire apparaître David W. Griffith mais la coïncidence aurait parue un peu trop forcée et il l'a donc finalement reportée sur "Forrest Gump".

Mais RVLF III n'est pas qu'un empilement d'hommages et de clins d'oeils. Il est aussi une réflexion sur la responsabilité qu'implique le fait de réécrire l'histoire, ce pouvoir que possède Doc Brown avec sa machine à voyager dans le temps et Robert Zemeckis avec les possibilités que lui offre le cinéma, dont celle de truquer les archives (ce qu'il fait dans RVLF II avec l'ascension de Biff Tannen qui est un brouillon des formidables séquences de "Forrest Gump" dans lesquelles Forrest rencontre entre autre Kennedy et Nixon). Zemeckis réécrit l'histoire des USA  du point de vue de ses exclus/victimes et d'une manière contestataire sans avoir l'air de l'être. Dans le film, le voyage dans le passé permet à Marty et à Doc de résoudre les problèmes qu'ils traînent avec eux depuis le premier film. Marty apprend à dépasser le "complexe mauviette" en ne cédant plus aux provocations virilistes et échappe à l'accident de voiture qui avait entraîné sa perte dans RVLF II. Quant à Doc, l'éternel émigrant temporel égaré dans le désert, il rencontre son âme soeur laquelle n'était pas censée survivre à son arrivée à Hill Valley*. Il n'est guère étonnant que ces deux-là, (r)échappés de l'univers de Jules Verne finissent à bord d'une locomotive steampunk en partance pour les étoiles après avoir observé la lune au téléscope.**

* Lorsque Clara Clayton la nouvelle institutrice de Hill Valley arrive à la gare, personne n'est censé l'attendre et elle doit finir au fond d'un ravin. Mais cette version de l'histoire par trop obscurantiste et machiste est revue et corrigée par le voyage temporel de Doc Brown qui s'installe dans la ville en tant que maréchal-ferrand et est le seul habitant à se porter volontaire pour aller la chercher à la gare. Cependant Doc n'est censé pas avoir d'avenir puisque Bufford Tannen (son mauvais génie) doit lui trouer la peau le soir même. Mais c'était sans compter sur Marty qui remonte le temps à son tour pour venir l'avertir. Doc décide alors de quitter le Far West et de ne pas aller chercher Clara à la gare pour ne pas "fausser le cours de l'histoire" mais les choses ne se passent pas comme prévu et il lui sauve la vie quand même, changeant du même coup son destin et le sien.

** Clara préfigure en tous points Ellie Arroway, l'astrophysicienne de "Contact". Comme Doc, elle a hérité d'une partie de la biographie de Wernher von Braun, ingénieur astrophysicien du III° Reich puis de la NASA qui représente la part inavouable de la puissance des USA. Et si elle est jouée par Mary Steenburgen c'est parce que celle-ci 10 ans auparavant avait interprété le rôle de la petite amie de H.G. Wells dans "C'était demain", film dans lequel le célèbre écrivain joué par Malcolm McDowell (oui, oui, le Alex de "Orange mécanique") voyageait dans le temps à bord de la machine qu'il avait imaginé et la rencontrait à Los Angeles en 1979 avant de la faire embarquer pour Londres, 100 ans plus tôt.