Le Scaphandre et le Papillon (Julian Schnabel, 2007)

Le Scaphandre Et Le Papillon (Julian Schnabel, 2007)

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Asperger et cinéma

Le Scaphandre Et Le Papillon (Julian Schnabel, 2007)

"Le Comte de Monte-Cristo" écrit en 1845 par Alexandre Dumas fait partie de mes livres préférés depuis l'adolescence. Moins pour son histoire de vengeance que pour la relation qui unit Valentine de Villefort à son grand-père, M. Noirtier, presque entièrement paralysé à la suite d'une attaque sans que son intelligence n'en soit affectée*. Elle parvient à établir la communication avec lui grâce à ses clignements de paupière. A l'aide d'un dictionnaire qu'elle récite dans l'ordre alphabétique jusqu'à ce qu'il l'arrête, lettre par lettre, elle peut traduire sa pensée en formant des mots puis des phrases. Un dispositif qui demande beaucoup de temps, d'intuition et de patience mais qui permet à Noirtier de surmonter son impuissance corporelle pour intervenir de façon décisive dans l'intrigue. 

Il n'est guère surprenant que "Le Comte de Monte-Cristo'" soit un livre-totem pour Jean-Dominique Bauby (Mathieu Amalric) et Noirtier, son double fictionnel. Ex-rédacteur en chef du magazine "Elle", Bauby fut atteint à la suite d'un accident cardiovasculaire en 1995 du "syndrome de l'enfermement" décrit par Dumas au XIX° siècle, une pathologie neurologique rare diagnostiquée en 1947 qui laissent intactes les facultés intellectuelles et la conscience tout en paralysant entièrement le corps à l'exception des paupières et des yeux. Bauby se décrit ainsi comme un esprit libre (le papillon) dans un corps sarcophage (le scaphandre). Grâce à l'aide décisive de femmes dévouées (une orthophoniste jouée par Marie-Josée Croze et une assistante scripturale jouée par Anne Consigny), il parvient  à rédiger un livre autobiographique (dont le film est l'adaptation) en utilisant les mêmes outils communicationnels artisanaux que Noirtier (depuis l'informatique a permis aux victimes du locked-in syndrome d'écrire leurs textes de façon autonome en enregistrant leurs mouvements d'iris). 

Pour permettre au spectateur de s'immerger pleinement dans la perception du monde de Bauby après son accident, le réalisateur choisit de tourner en caméra subjective et de suivre fidèlement le livre, c'est à dire le fil de la pensée non linéaire de son auteur dont les seules libertés résident dans l'imagination et la mémoire. Si les personnages du film ne peuvent pas entendre la voix intérieure de Jean-Dominique, le spectateur lui, le peut et se régale en suivant les méandres d'une pensée en mouvement riche et alerte qui ne s'apitoie jamais sur son sort, nous fait sourire bien souvent avec des remarques pleine d'à-propos tant sur lui-même que sur les autres et s'évade régulièrement dans des souvenirs ou des rêveries qui témoignent de son appétit de vivre (comme une scène orgiaque de dégustation de fruits de mer entrecoupée de baisers avec son assistante, plaisirs sensoriels qui lui sont désormais inaccessibles).

* Evidemment depuis, j'ai compris que cette fascination avait un rapport avec le syndrome d'Asperger tant il y a de points communs avec le locked-in syndrome ("Dernières nouvelles du cosmos" en fournit un exemple assez parlant).

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