L'Extravagant Mr Deeds (Mr Deeds go to Town, Frank Capra, 1936)
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L'extravagant Mr Deeds (Mr Deeds Go To Town, Frank Capra, 1936)

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Film sur le choc des cultures et l'exploitation de l'homme par l'homme, "M. Deeds go to town" jette une des figures christiques dont Capra a le secret dans le panier de crabes (exactement comme dans "M. Smith go to Washington" par exemple). En effet si le comportement d'enfant-adolescent de Deeds est une énigme pour ceux qui ne jurent que par l'argent ou la gloire, son fabuleux héritage (dont il ne veut pas) lui vaut d'être la proie de tous les escrocs de New-York. Ils le prennent d'abord pour un idiot puis lorsqu'ils s'aperçoivent qu'il ne l'est pas et qu'il sait se défendre, ils tentent de le faire passer pour un fou. Jusqu'à ce qu'au tribunal s'engage un débat mémorable sur les notions de normalité et de différence, Deeds renvoyant à chacun le reflet de sa propre étrangeté*.

A cette dimension de fable humaniste il faut rajouter un contexte politique, celui de la crise économique et du New Deal. Deeds incarne Roosevelt et Keynes c'est à dire celui qui aide les chômeurs (principalement les fermiers expropriés) à se reconstruire alors que son antagoniste l'homme de loi M. Cedar qui l'accuse de subvertir le système incarne le capitalisme corrompu.

* Longfellow Deeds a beaucoup d'aspects aspie ce qui en fait un extra-terrestre dans la société qui l'entoure. Frank Capra a transformé ce décalage manifeste en comédie mais son film est également une satire des travers de la société américaine, notamment son obsession pour l'argent et la réussite, deux notions qui n'ont aucun sens pour Deeds. Le fait qu'il prenne tout au premier degré et qu'il s'amuse comme un gamin en ignorant les conventions sociales en fait un objet de moqueries c'est à dire surtout d'incompréhension.