Dieu est un pote à moi

Dieu est un pote à moi

Dieu est un pote à moi

Troisième bouquin de ma sélection de cet été, Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto est un court roman qui a fait un peu parler de lui à sa sortie en 2008, il a en outre reçu le Prix Méditerranée des Lycéens.

L’idée de départ est plutôt séduisante.
Cyril, un jeune homme de 25 ans, vendeur de nuit dans le sex-shop de son ami René, entre un beau jour en contact avec rien de moins que Dieu en personne. De leurs rencontres régulières va se forger une « amitié » entre l’homme et le divin. Le livre propose de relater cette relation singulière entre cet homme ordinaire et le Tout Puissant et l’évolution qu’elle va connaître au fur et à mesure des années, pendant toute l’existence de Cyril. Le jeune homme discute de tout (et de rien aussi parfois) avec le Créateur, tout en vivant une vie classique par ailleurs. Il rencontre Alice, la femme de sa vie qui lui donnera un fils, Léo. Ensemble ils connaîtront bonheurs, malheurs, joies, peines, désillusions, émerveillements… bref, tout ce qui fait une vie. Jusqu’à la mort de Cyril et LA question ultime à laquelle il devra répondre à ce moment là…
Et toujours en filigrane, Cyril qui devise de la vie avec Dieu, de discussions semi-philosophiques en fâcheries, d’incompréhensions en révélations, le tout saupoudré d’un ton principalement humoristique, car il faut le savoir Dieu est un sacré déconneur (l’existence de l’ornithorynque, le journal télévisé de
Jean-Pierre Pernaut, l’œuvre complète de Rob Liefield, c’est pas des preuves tout ça ?).

Si je devais résumer mon avis sur le livre, je dirais qu’il a suscité en moi des sentiments assez paradoxaux. Pour utiliser une formule un peu creuse mais parfaitement adaptée : il a les défauts de ses qualités…
Écrit très simplement, le style est léger voire minimaliste, ce qui donne une fluidité à la lecture qui va parfaitement avec la portée (limitée) du livre. Cette simplicité mise en perspective avec certains des thèmes abordés, comme la mort, le deuil, le sens de la vie, le destin, les choix, les enfants, la religion, l’amour, cela donne un peu l’impression que ça manque d’ambition, que ça reste superficiel, peu nuancé voire simpliste à certains moments. Paradoxal, car parler de la Vie et de tout ce qui en fait sa substance, au départ je trouvais ça ambitieux justement… Je me doute bien que ce traitement et ce ton léger et humoristique sont voulus par l’auteur, mais l’effet est à double-tranchant. On parle de la Vie oui, mais avec une bière et des cahouètes à la main, histoire de désacraliser la chose. Très bien, mais du coup tout ce qui en ressort garde ce parfum de légèreté, de « pas vraiment sérieux », et je trouve ça en contradiction avec ce qu’on est en mesure d’attendre d’un dialogue avec Dieu. Merde, c’est Dieu quand même !

Pourtant Massarotto ne ménage pas sa peine, et ne se contente pas de bons mots et d’humour potache, il aborde aussi des situations plus graves, les drames de la vie. Le deuil d’une personne aimée par exemple. Il s’y prend même plutôt bien je l’avoue, c’est certainement le passage où il laisse le mieux cette fameuse légèreté qui embaume son bouquin au placard, le temps de faire place à un peu de sensibilité, de douleur légitime, de colère aussi. Mais malgré cela ça m’a gêné aux entournures, parce qu’en terme de deuil il s’est bien gardé de parler d’un deuil d’enfant par exemple. Ou d’autres joyeusetés du type handicaps très lourds ou maladies congénitales. Trop dur, trop affreux, ça lui aurait plombé son livre et peut-être n’aurait-il pas réussi à s’en sortir aussi bien qu’il ne l’a fait. Bref, là encore, les idées m’ont paru bonnes, les intentions louables, mais il y a un petit goût d’inachevé, d’un potentiel approfondissement avorté. En voulant faire court et donc dynamique, ou pour éviter des sujets plus casse-gueule, on ne le saura jamais vraiment.

Point positif : le Dieu que l’auteur met en scène n’est pas un Dieu de religion, c’est plutôt une idée abstraite et non sectaire d’un être supérieur et omniscient, un patchwork hétéroclite de conceptions à la fois un peu baba cool et philosophico-new age à la sauce perso bon enfant. Et moi je ne suis pas mécontent d’avoir casé tous ces mots dans la même phrase soit dit en passant.

En tout cas, si vous lisez ce roman comme une petite fable amusante et maligne, ça peut le faire. Ce n’est pas de la grande littérature, donc amoureux des beaux styles et des plumes racées, vous n’y trouverez pas votre compte. À lire au soleil, sur une terrasse en sirotant un jus d’orange pressé, ça passe déjà beaucoup mieux. Un petit livre divertissant mais à l’intérêt moins substantiel que ne le laissait présager le titre. Pas mauvais, mais très loin d’être indispensable.

 

Cet article a été initialement publiée sur mon blog : www.moleskine-et-moi.com

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