Un dispositif ludique pour comprendre les violences institutionnelles
Travailleuse sociale, formatrice et chercheuse, la Nantaise Marine Nicolas lance un outil pédagogique inédit mêlant recherche, terrain et jeux de mise en scène pour aider les professionnels à identifier les violences institutionnelles, souvent invisibles et multifactorielles.
Marine Nicolas consigne systématiquement les situations rencontrées sur le terrain : un matériau qui alimente à la fois ses outils pédagogiques et son futur projet de thèse.
Marine Nicolas lance IDRIMA, un dispositif pédagogique par le jeu dédié aux violences institutionnelles. Forte de son expérience dans les écoles, les structures socio‑éducatives et les associations, elle constate l’absence de formations spécifiques sur ce sujet et décide de créer un outil pour y répondre.
Formée en sciences de l’éducation et passée par la recherche‑action au laboratoire Crise – Terrains sensibles, elle a travaillé en prévention santé, en jeunesse, en écoles REP+, en MECS ou encore en intérim éducatif. Influencée par l’éducation populaire, elle a longtemps utilisé le jeu comme support d’apprentissage. « J’ai toujours eu cette interrogation : comment faire descendre les apports de la recherche sur le terrain et rendre ludiques des apprentissages complexes ? »
En 2022, elle se plonge dans les rapports de la Haute Autorité de santé, les articles scientifiques et les textes de loi. De là naît IDRIMA, un dispositif qui articule trois niveaux d’analyse : micro (interpersonnel), méso (organisationnel) et macro (cadre politique et social). « On a tendance à rester soit sur l’interpersonnel, soit sur les grandes questions macro. Moi, je veux qu’on réfléchisse aux trois niveaux en même temps. »
Le cœur du projet repose sur cinq jeux pédagogiques : le Jeu des étiquettes, le Jeu des attitudes, Choc de pouvoir, le Jeu de l’iceberg et le Plateau des institutions. Ils mettent en scène des situations vécues pour en analyser les causes. « Les violences institutionnelles sont toujours multifactorielles. On a l’impression d’être face à un monstre à plusieurs têtes. Le fait de déconstruire, de dire “il s’est passé ça parce qu’il y a ça, ça et ça”, permet de reprendre du pouvoir d’agir. »
La mise en jeu du corps occupe une place centrale, inspirée du théâtre de l’opprimé. « Mettre en scène une situation permet de visibiliser les choses et de prendre conscience. » Les retours sont souvent les mêmes : « Rien que le fait de nommer les violences institutionnelles fait du bien. »
Accompagnée par la coopérative L’Ouvre‑Boîte, Marine Nicolas propose aujourd’hui des formations certifiées Qualiopi, des ateliers immersifs, de l’analyse de pratique et un accompagnement des chefs de service. Elle poursuit en parallèle un projet de thèse et continue de faire évoluer ses outils.
Pour elle, comprendre les violences institutionnelles exige une prise de conscience collective. « Il faut sortir de la culpabilisation individuelle sans abandonner nos responsabilités éthiques, sinon on glisse vers le désengagement moral. » Elle insiste sur la nécessité de garder un esprit critique et de penser à plusieurs niveaux, car « on fréquente tous des institutions, presque chaque jour, et on peut être auteur, victime ou témoin dans la même journée. »
Retrouvez IDRIMA en ligne : violencesinstitutionnelles.com, ainsi que sur TikTok (@violencesinstitutionnelles) et Instagram (@i_d_r_i_m_a).
Teddy Fradet
15/05/2026
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