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Comment écrire un roman sans se demander constamment si c'est bon ?
Non-fiction
Éducation et formation
calendar Publié le 4 sept. 2026
calendar Mis à jour le 4 sept. 2026
time 8 min
Jackie H verified
Jackie H il y a 50 minutes

Vous êtes exactement en train de valider la façon dont je travaille pour le moment sur un projet d'envergure en cours, merci Laure ! De plus, mon fil conducteur n'est pas strictement chronologique, ce qui me facilite les choses pour procéder de cette manière 🙂 et mes personnages me racontent beaucoup de choses sur eux-mêmes !

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Comment écrire un roman sans se demander constamment si c'est bon ?

L'une des difficultés les plus fréquentes chez les auteurs ne concerne pas le manque d'idées, mais la place prise par le jugement pendant l'écriture.


Au moment où l'on s'installe devant son manuscrit, une multitude de questions surgissent : le texte est-il suffisamment bon ? Le chapitre est-il utile ? Les émotions sont-elles crédibles ? La structure fonctionne-t-elle ? Les temps sont-ils cohérents ?


Le problème est que ces questions appartiennent à la réécriture, pas à l'écriture.

Comme le rappelle l'autrice américaine Anne Lamott :

« Almost all good writing begins with terrible first efforts. »


Autrement dit, la qualité n'est pas le point de départ du processus. Elle en est souvent le résultat.

Ne jamais écrire « le roman »

Lorsqu'un auteur se dit « Aujourd'hui, je dois écrire le chapitre 12 », il se retrouve immédiatement confronté à l'ensemble des enjeux du projet :

  1. la qualité du texte ;
  2. la cohérence de l'intrigue ;
  3. les arcs narratifs ;
  4. les émotions ;
  5. les répétitions ;
  6. et le style.


Le risque de blocage devient alors considérable.


À l'inverse, s'il se dit « Aujourd'hui, je vais écrire une scène dans laquelle un personnage refuse de reconnaître quelque chose. » ou « Aujourd'hui, je vais explorer un souvenir que mon personnage évite depuis le début du récit. » l'écriture change de nature. Le cerveau cesse momentanément d'évaluer pour commencer à explorer.


Le roman avance alors presque malgré lui.

Transformer le roman en terrain d'exploration

Pendant la phase de construction, il peut être utile de considérer chaque séance d'écriture comme une enquête.


Au lieu de chercher à produire une scène parfaite, il s'agit de répondre à une question.


Par exemple :

  1. Quelle est la plus grande peur cachée de ce personnage ?
  2. Quel souvenir évite-t-il systématiquement ?
  3. Quel personnage comprend quelque chose avant les autres ?
  4. À quel moment cette relation commence-t-elle réellement à changer ?


L'objectif n'est pas de produire un texte définitif. Certaines scènes seront conservées, d'autres transformées, d'autres encore supprimées.


Mais toutes permettront de découvrir quelque chose.


Un écrivain passe souvent autant de temps à comprendre son histoire qu'à la raconter.

Écrire les chapitres comme des réponses

Il est fréquent de construire un chapitre autour d'une suite d'événements :

  1. Le personnage arrive.
  2. Il rencontre quelqu'un.
  3. Ils discutent.
  4. Il repart.


Une autre approche consiste à construire le chapitre autour d'une question.


Par exemple :

  1. Pourquoi ce personnage évite-t-il toujours ce sujet ?
  2. Que découvre-t-il sur lui-même ?
  3. À quel moment réalise-t-il qu'il se trompe ?
  4. Que comprend-il qu'il n'est plus capable d'ignorer ?


Les événements deviennent alors les moyens d'explorer cette question. Le chapitre ne se réduit plus à ce qui se passe. Il raconte aussi ce qui change.

Utiliser le hasard pour contourner le perfectionnisme

Le hasard est un excellent antidote au contrôle excessif. Une méthode simple consiste à préparer plusieurs jeux de cartes (personnages, émotions, sensations et lieux par exemple).


Un tirage pourrait donner :

  1. personnage : Léa
  2. émotion : culpabilité
  3. sensation : gorge sèche
  4. lieu : salle d'attente


La consigne devient alors Écrire une scène où Léa ressent de la culpabilité dans une salle d'attente sans jamais nommer cette émotion.


Le cerveau se concentre sur le défi plutôt que sur la qualité du texte.

Écrire des scènes invisibles

Toutes les scènes écrites n'ont pas vocation à apparaître dans le roman. Certaines servent simplement à mieux comprendre les personnages.


Par exemple :

  1. le premier jour de travail d'un personnage ;
  2. son plus beau souvenir ;
  3. une dispute ancienne ;
  4. une conversation jamais racontée ;
  5. une lettre qui ne sera jamais envoyée ;
  6. une scène située dix ans avant le début du roman.


À la manière des croquis préparatoires d'un peintre, ces textes nourrissent l'univers du récit.

Ils permettent d'écrire sans pression.

Jouer avec les points de vue

Lorsqu'un roman comporte plusieurs personnages importants, il peut être enrichissant d'explorer différents regards sur une même situation.


Quelques pistes :

  1. raconter la même scène selon deux points de vue différents ;
  2. écrire ce que pense réellement un personnage pendant une scène déjà écrite ;
  3. raconter un événement à partir d'un témoin secondaire ;
  4. réécrire une scène en supprimant toutes les explications intérieures.


L'objectif n'est pas forcément de conserver ces versions, mais de découvrir de nouvelles facettes de l'histoire.

S'autoriser des contraintes inutiles

Paradoxalement, les contraintes favorisent souvent la liberté en déplaçant l'attention. Au lieu de se demander « Est-ce que ce texte est bon ? », l'auteur se demande « Comment vais-je relever ce défi ? ». Cette légère différence suffit souvent à contourner le perfectionnisme.


Exemples de contraintes :

  1. écrire une scène sans dialogue ;
  2. écrire uniquement à travers les cinq sens ;
  3. écrire pendant dix minutes sans s'arrêter ;
  4. écrire une scène où personne ne dit la vérité ;
  5. écrire une scène où le personnage se trompe complètement ;
  6. écrire une scène sans jamais nommer l'émotion principale.


La contrainte remplace temporairement le jugement.

Construire le roman par questions

Lorsqu'on ne sait plus comment avancer, il peut être utile de remplacer la question « Que se passe-t-il ensuite ? » par une autre série de questions.

Pour un personnage

  1. Que veut-il ?
  2. Que lui manque-t-il ?
  3. Que cache-t-il ?
  4. Que refuse-t-il de voir ?
  5. Que craint-il ?
  6. Que serait-il incapable d'avouer ?
  7. Quelle est sa plus grande contradiction ?

Pour une relation

  1. Quel est le non-dit ?
  2. Qu'est-ce qui n'a jamais été formulé ?
  3. Qu'est-ce qui pourrait tout faire basculer ?
  4. Que croit chacun de l'autre ?

Pour une scène

  1. Qui veut quelque chose ?
  2. Qui fait obstacle ?
  3. Que découvre-t-on ?
  4. Que change cette scène ?


Chaque scène devient alors une tentative de réponse.

Travailler la temporalité comme une enquête

La chronologie n'est pas seulement un outil d'organisation. Elle peut devenir un formidable outil de création.


Une frise narrative permet de jouer avec les révélations, les souvenirs et les informations dont disposent les personnages.


Par exemple :

  1. Que sait le lecteur que le personnage ignore encore ?
  2. À quel moment cette information doit-elle être révélée ?
  3. Ce souvenir arrive-t-il au bon moment ?
  4. Que se passerait-il si ce flashback arrivait deux chapitres plus tard ?
  5. Quel est le plus grand mensonge du roman ?
  6. Quel est le véritable sujet de l'histoire ?


Le but n'est plus seulement de raconter ce qui s'est passé, mais de choisir le meilleur moment pour le faire découvrir.

Créer un rituel d'exploration

Avant chaque séance d'écriture, il est possible de mettre en place un cadre simple :

Une question : Que refuse de reconnaître ce personnage ?

Une contrainte : Interdiction de nommer l'émotion.

Un temps limité : 20 minutes.


À la fin de la séance, la question n'est plus « Est-ce réussi ? » mais « Qu'ai-je découvert ? »

ou encore « Qu'est-ce que je comprends mieux de mon personnage ? »

Explorer avant d'évaluer

Dans un premier temps, l'écrivain n'a pas besoin de savoir si ce qu'il écrit est bon. Il a besoin de savoir s'il découvre quelque chose. La qualité du texte appartient au temps de la réécriture. La curiosité, elle, appartient au temps de l'écriture.


Comme le disait Ray Bradbury

Your intuition knows what to write, so get out of the way.

Construire un roman n'est pas seulement avancer vers une version définitive. C'est aussi accepter d'explorer des impasses, de tester des hypothèses, de poser des questions auxquelles on ne connaît pas encore la réponse et de faire confiance au processus de découverte.


Souvent, les scènes les plus justes naissent précisément de cet espace de liberté.


Article de L. S. Martins.

Image créée par L. S. Martins via Adobe Firefly



Commentaire (1)

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Jackie H verif

Jackie H il y a 50 minutes

Vous êtes exactement en train de valider la façon dont je travaille pour le moment sur un projet d'envergure en cours, merci Laure ! De plus, mon fil conducteur n'est pas strictement chronologique, ce qui me facilite les choses pour procéder de cette manière 🙂 et mes personnages me racontent beaucoup de choses sur eux-mêmes !

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