facebook Joker (Todd Phillips, 2019)
Joker (Todd Phillips, 2019)

Joker (Todd Phillips, 2019)

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"Joker" est l'archétype du film roublard. Il s'agit d'un film mainstream (couronné d'ailleurs par un immense succès critique et public) de 2019 qui se fait passer pour un film anti système en recyclant habilement les films américains contestataires des années 70, "Taxi Driver" (1976) en tête*. Sauf qu'on ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre. Certes, "Joker" épouse le point de vue du psychopathe comme le faisait Martin SCORSESE avec Travis Bickle. Mais celui-ci s'avérait être un pur produit des pires travers de la société dont il était issu ce qui tempérait largement son potentiel statut de victime de cette même société et c'est non sans ironie que celle-ci en faisait son héros après qu'il ait "nettoyé" la ville dans le sang. Arthur nous est presque présenté comme un "innocent", extérieur à la société dans laquelle il vit. A force de subir les pires avanies (de sa mère, des Wayne et de leurs employés, du présentateur qu'il admire, des institutions qui coupent les crédits des soins dont il a besoin, de ses collègues et de son patron) il "pète les plombs" et se transforme en justicier vengeur mais ce n'est pas de sa faute, c'est les autres (le film reste bien flou d'ailleurs sur les responsabilités politiques des coupes sociales qui ont commencé dès qu'il a fallu financer la guerre du Vietnam). Il finit donc à l'asile au lieu d'être intégré ce qui aurait été autrement plus subversif. La mécanique binaire de son comportement est outrancièrement surlignée (toi tu es gentil avec moi je t'épargne mais toi tu es méchant, je te massacre avec une complaisance pour la violence qui me déplaît profondément) ne laissant aucune place à une quelconque profondeur. Quant au genre adopté par le film, celui du "drame social", il sonne faux parce que là encore il est outrageusement simplifié: d'un côté les Wayne dans leur manoir, de l'autre le futur Joker dans son taudis. Quand la seule "solution" proposée est que les pauvres tuent les riches, on est dans la même logique que dans "Batman - The Dark Knight Rises" (2012): ne montrer que l'aspect néfaste des révolutions socialistes pour terroriser et ainsi conforter le conservatisme ambiant. Le one man show de Joaquin PHOENIX est suffisamment fascinant pour dissimuler cette béance de véritables enjeux. Quant à le comparer à la performance de Heath LEDGER cela relève de la malhonnêteté tant les films diffèrent: ce dernier était intégré à un vaste ensemble architectural à la Christopher NOLAN et n'apparaissait que sporadiquement alors que "Joker" repose tout entier sur les épaules de son interprète qui est de tous les plans.

Je continue à penser que la magie du cinéma repose au moins en partie sur une bonne dose de mystère. Des angles morts, des creux, du hors-champ qui laisse du champ au spectateur pour combler s'il le souhaite ces non-dits, ces non-filmés avec sa propre interprétation, sa propre imagination. Or le système des franchises est en train de tuer cette partie vitale du cinéma et ce n'est pas "Joker" qui me fera changer d'avis. L'aspect commercial est certes central dans cette démarche mais elle n'explique pas tout. Il y a une frénésie de contrôle qui n'a plus de limites comme le montre l'exemple de la saga des "Animaux fantastiques" qui s'avère être un prétexte pour éclairer le spectateur (qui n'a rien demandé) sur les moindres détails de la jeunesse de Dumbledore, son duel avec Grindelwald etc. Même chose avec "Star Wars" dont on nous annonce une énième trilogie qui décortiquera la jeunesse de Yoda et ce en dépit du ratage de "Solo: A Star Wars Story" (2018) qui tentait d'en faire de même avec Han Solo. "Joker" se situe dans cette continuité, il est d'ailleurs question d'en faire une trilogie.

* Même si la présence de Robert De NIRO dans le rôle du présentateur est une allusion à un autre film de Martin SCORSESE, "La Valse des pantins" (1983) .

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