Félicitations ! Ton soutien à bien été envoyé à l’auteur
avatar
Husbands (John Cassavetes, 1970)

Husbands (John Cassavetes, 1970)

Publié le 12 janv. 2021 Mis à jour le 12 janv. 2021 Culture
time 5 min
1
J'adore
0
Solidaire
0
Waouh
thumb 0 commentaire
lecture 603 lectures
1
réaction

Husbands (John Cassavetes, 1970)

Aucun film de Cassavetes n'est particulièrement aimable au premier abord. Husbands ne déroge pas à la règle et la pousse même dans ses derniers retranchements. L'errance pathétique de trois hommes en goguette dont le comportement oscille entre le chahut puéril et la goujaterie a de quoi rebuter. Sauf que le voir ainsi, c'est passer à côté de ce qui fait le prix de ce film: son exceptionnelle substance humaine comme tous les films de ce réalisateur dont le style se rapproche du néoréalisme et de la nouvelle vague.

Tout est affaire de mise en abyme. Au premier degré, oui Husbands est un film "moche" avec une succession de scènes de délires éthyliques étirées au maximum suivies de sas de décompensation dépressifs dans les toilettes, le métro ou de tristes chambres d'hôtels. Mais à l'arrière-plan, Cassavetes nous crie son besoin de cinéma viscéral, un cinéma du coeur et des tripes. C'est comme cela qu'il faut prendre la scène largement improvisée du concours de chant bien arrosée où apparemment sans raison un des trois larrons Harry (Ben Gazzara) se met à crier sur l'une des chanteuses "Faux! Faux! Sans passion! Mets-y de l'âme! Ça doit sortir du coeur!" La différence entre le cinéma et la vie se réduit d'autant plus que l'actrice (non prévenue) apparaît aussi déstabilisée que son personnage. Tout le film travaille ainsi les acteurs au corps au plus près de leurs émotions jusqu'à en sortir la vérité des êtres. La bouleversante mise à nu des âmes fait que l'on passe outre les caractères peu reluisants de ces hommes en pleine crise existentielle.

Ils étaient quatre au départ, quatre quadragénaires immatures que leur amitié empêchait de sombrer. Mais quand Stuart meurt, un gouffre s'ouvre aux pieds de Harry, Gus (Cassavetes) et Archie (Peter Falk) confrontés au vide de leur existence, à la perspective de la vieillesse et de la mort. Husbands est non seulement le premier film en couleur de Cassavetes et le premier film où il se met en scène mais c'est aussi le film fondateur de sa collaboration avec Peter Falk et Ben Gazzara. Ces deux derniers avaient déjà une solide expérience au cinéma et à la TV (dont un célèbre inspecteur qu'on ne présente plus). Mais l'aventure cassavetienne était d'une autre nature. Une relation entre 3 fils d'immigrés (italiens pour Gazzara, grecs pour Cassavetes, juifs d'Europe centrale pour Falk) d'une puissance hors du commun, gémellaire à la ville comme à la scène (dans le film les trois hommes arborent des costumes identiques), trois hommes que l'on sent liés à la vie à la mort. Le film analyse différentes facettes de cette relation, l'amitié, la fraternité, la complicité et même l'amour avec sa composante homosexuelle (une belle critique précise qu'ils "chahutent comme des garnements et s'étreignent comme des amants"). L'acteur qui incarne le quatrième poteau Stuart (que l'on ne voie qu'en photo) ne fait qu'enfoncer le clou du brouillage des frontières des identités, de la vie et du cinéma. Il s'agit de David Rowlands, le frère de Gena, épouse de Cassavetes. Enfin pour comprendre le sens profond de la démarche de ce cinéaste il suffit de traquer le passage où apparaît une femme âgée (ici c'est Delores Delmar en rombière de casino) prête à tout pour obtenir quelques miettes d'amour d'hommes plus jeunes et ne pas sombrer.

lecture 603 lectures
thumb 0 commentaire
1
réaction

Commentaire (0)

Tu dois être connecté pour pouvoir commenter Se connecter

Tu aimes les publications Panodyssey ?
Soutiens leurs auteurs indépendants !

Prolonger le voyage dans l'univers Culture
Melancolia Japonica
Melancolia Japonica

La FailleLa fiasque était tombée là il y a combien de temps, je ne sais plus. Trois jours pe...

Pascal Ducrey
157 min
Taishuengeki theatre ambulant
Taishuengeki theatre ambulant

Définir précisément le théâtre populaire constituerait en soi un sujet complexe. La présente étude adopte une déf...

Pascal Ducrey
56 min
Petite Philosophie du Gland
Petite Philosophie du Gland

Petite philosophie du flan - Alexis Le Rossignol Jeunes adultes, nous occupions nos mercredis aprè...

Eric Linard Mosca
5 min
Jérusalem (5/5)
Jérusalem (5/5)

Une claque émotionnelle ! A voir absolument ! (5/5)Shahid doit quitter sa maison à Jérusalem.

Elodie Vircolls
1 min
Ce que Harry Potter m'a appris
Ce que Harry Potter m'a appris

En tant qu’écrivain, il me paraît indéniable de dire que je suis constamment à la recherche du livre qui saura m’éblouir, et...

Axelle Branco
15 min
Le P'Tit Atelier - programme 2026
Le P'Tit Atelier - programme 2026

Programme 2026Vous ne l'avez peut-être pas encore découvert, vous savez écrire. Moi, je suis juste là pour faire le...

Daniel Muriot
1 min

donate Tu peux soutenir les auteurs qui te tiennent à coeur

promo

Télécharge l'application mobile Panodyssey