A Single Man (Tom Ford, 2009)

A Single Man (Tom Ford, 2009)

CREATIVE ROOM

LGBTQ et cinéma

A Single Man (Tom Ford, 2009)

De "A Single Man", je ne me souvenais avant de le revoir que d'une seule scène. Mais cette scène-là, elle était gravée dans le marbre de ma mémoire. C'est celle où Georges Falconer apprend la mort de son compagnon de longue date, Jim (Matthew Goode). D'abord parce que le jeu de Colin Firth, très retenu comme toujours y atteint une intensité extraordinaire, il a d'ailleurs reçu le prix d'interprétation masculine à Venise pour le rôle. Une grande partie de la scène, celle où il est au téléphone repose sur les expressions de son visage (il a en particulier le pouvoir d'exprimer une foule d'émotions par le regard), les intonations de sa voix et sa gestion des silences. Son corps semble littéralement aspiré vers le bas comme si la pesanteur s'était brusquement intensifiée. Lorsqu'il se précipite ensuite chez sa voisine et grande amie Charley (Julianne Moore) pour y exploser de douleur, la bande-son qui ne laisse plus passer que le bruit de la pluie et le montage heurté donnent l'impression d'assister à un déferlement émotionnel. La scène est de plus extrêmement violente psychologiquement: non seulement parce que son décès lui est annoncé sans ménagement mais aussi parce qu'on lui fait comprendre que la famille de Jim refuse tout simplement son existence ("il est mort hier soir, ses parents ne voulaient pas vous prévenir. Ils ne savent pas que j'appelle"; "la cérémonie n'est que pour la famille"). Etre dénié dans son existence, il n'y a sans doute pas pire violence que celle-là. C'est celle qui donne envie de mourir. Et le tableau de l'état de santé physique et psychique de Georges qui nous est donné, huit mois après la mort de Jim est sans appel: il est au bout du rouleau et a décidé d'en finir… ou pas.

"A Single Man" est donc le récit d'une journée vécue comme si c'était la dernière (ponctuée de flashbacks sur le passé). Comme Georges est un homme tiré à quatre épingles, il sait "bien présenter". Tout est réglé au millimètre dans sa vie du matin au soir, rien ne dépasse, pas même un grain de poussière. Et il est tellement aguerri aux relations sociales qu'il sait avoir le bon mot pour chacun, la ou les remarques gratifiantes qui le rendront agréable aux yeux des autres. Tout cet aspect "control freak" est rendu par l'esthétisme de la mise en scène qui a un aspect un peu papier glacé. "A Single Man" est un film d'architecte et de grand couturier (le métier de Tom Ford et il imprègne le film).  C'est aussi un film gay avec des codes gay, on se croirait parfois chez Gus Van Sant (pour les gros plans parfois au ralenti sur l'anatomie de jeunes et beaux garçons) ou chez Bertrand Bonello (pour l'esthétisme de la mise en scène qui assimile par exemple les acteurs à des stars hollywoodiennes glamour des années 50 et 60). Le danger de tout ce dispositif était de tuer l'émotion sous le vernis décoratif. Mais Tom Ford en a eu conscience et c'est pour le contrer qu'il a engagé Colin Firth qui avait la classe nécessaire pour entrer dans le moule et en même temps la capacité à l'humaniser de l'intérieur, ce qu'il a fait avec tant de brio que Georges Falconer est devenu l'un de ses plus grands rôles. Un rôle éminemment romantique et ironique comme il les affectionne. La mise en scène sert aussi le propos du film puisque Georges est un caméléon, sa capacité d'adaptation étant liée au fait qu'il est en réalité un invisible nageant à contre-courant de la société américaine des années 50 et 60. Celle du maccarthysme qui a persécuté des homosexuels, celle de la crise de Cuba qui a lieu juste au moment où Georges se prépare à mourir. Personne ne voit sa tristesse insondable sauf un étudiant, Kenny joué par Nicholas Hoult (qui pourrait bien être Georges au même âge) décidé à tout faire pour l'empêcher de commettre l'irréparable et lui redonner goût à la vie.  

 

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