Retour vers le futur II (Back to the future Part II, Robert Zemeckis, 1989)

Retour Vers Le Futur Ii (Back To The Future Part Ii, Robert Zemeckis, 1989)

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Lorsque Robert Zemeckis a réalisé RVLF, il ne pensait pas à une suite. Mais le succès du film le fit changer d'avis et avec Bob Gale le scénariste, ils s'attelèrent  à l'écriture d'une suite "Paradoxe" de plus de 2h40 qui à cause des exigences des producteurs fut scindé en deux et devint la base de RVLF II et RVLF III. 

La minutie du travail des deux hommes se mesure là encore au temps qu'il leur a fallu pour terminer l'écriture du scénario: quatre ans, comme pour le premier film. C'est également avec RVLF II que l'on découvre les talents de visionnaires des deux hommes. En effet une bonne partie de l'action se déroule en 2015 qui était situé dans le futur au moment de son écriture et de sa réalisation (aujourd'hui on parlerait plutôt de rétro-futur). Certes, sur le plan technologique, Zemeckis et Gale sont passés complètement à côté de la révolution numérique (qui pouvait être anticipée, l'ancêtre d'internet existait depuis les années 60 mais il est vrai que le boom de son usage civil ne s'est développé que dans les années 90 en parallèle de la Silicon Valley) sans parler des costumes fantaisistes. Mais sur le plan politique, économique et social, ils ont à peu près tout compris. Les ravages de l'étalement urbain avec les nuisances des migrations pendulaires (les voitures ont beau voler, les axes sont saturés!) et la dégradation ultra-rapide des lotissements pavillonnaires construits de plus en plus loin des centre-villes. L'atomisation sociale renforcée par un usage démultiplié des béquilles technologiques (pas d'internet certes mais des écrans plats diffusant des centaines de chaînes, des casques de réalité virtuelle à travers lesquels on peut téléphoner en s'isolant de ses voisins de table, des webcams avant la lettre permettant aux patrons de jouer les Big Brother etc.), les franchises cinématographiques exploitées jusqu'à la corde ("Les Dents de la mer 19"!) et puis surtout, dans le "1985 alternatif" (comme il existe des soi-disant faits alternatifs!) la Trump Tower règne en plein coeur de Hill Valley dégoulinante de vulgarité friquée avec la catastrophe sociale et écologique tout autour. RVLF II est une satire du milliardaire américain (qui n'était alors qu'un milliardaire américain) dont Biff Tannen est un clone assumé et qui par le biais d'un paradoxe spatio-temporel réussit à prendre le pouvoir, transformant Hill Valley en Hell Valley, une version poussée à l'extrême du 1985 "normal".

Nul doute que cette vision cauchemardesque exprime les craintes que Zemeckis et Gale avaient à l'époque, celles de voir la logique capitaliste l'emporter sur la logique créative et les empêcher de continuer à faire du bon travail. Dans le monde de 2015 plus encore qu'en 1985, Marty et Doc cherchent à s'arracher à la pesanteur terrestre, la DeLorean (désormais volante) étant sérieusement concurrencée par un objet culte, l'hoverboard. Changer leur destin est désormais devenu une question de vie ou de mort. En 2015, Marty est devenu un loser comparable à son père et a perdu la main a tous les sens du terme. Et en plus il se reproduit à l'identique (ses deux enfants étant joués tous deux par Michael J. Fox) ce qui symbolise l'absence de perspectives d'avenir. Quant à Doc Brown, il a été dans le 1985 alternatif purement et simplement interné dans un hôpital psychiatrique qui est le sort habituel réservé aux "fous" (catégorie dans laquelle on place également les autistes visibles). Tous deux remontent alors dans le passé du premier film, celui de 1955 pour neutraliser Biff avant qu'il ne réussisse sa formidable ascension (truquée). C'est l'occasion d'un formidable terrain d'expérimentation cinématographique. Zemeckis a le goût de la mise en abîme et du cadre dans le cadre et il peut s'en donner à coeur joie! La fin annonce déjà la séparation de Marty et de Doc quand ce dernier est expédié au Far West où se déroule le dernier volet de la trilogie.