Le nombril du monde
Je ne me souviens pas de notre retour, de ma reprise de travail faite en mode automatique, seuls comptaient nos échanges par internet.
Après l'été passé au camping, je fais de nouveaux les allers retours quotidiens pour me rendre au travail, cela m'épuise. Je loge à droite ou à gauche chez une collègue puis une autre, parfois à l’hôtel ; je finis par trouver un studio en location pour l'hiver. Je pose mes valises comme en transit, je ne me sens pas vraiment chez moi.
Stan est rentré dans son pays, il voyage souvent. Ses messages sont irréguliers, au rythme des possibilités de connexion lors de ses déplacements.
Je lui raconte ma vie, où j'habite, comment je vis ; il me parle de la vie difficile dans son pays, de ses rêves d'écrivain.
J’envoie un colis avec des vêtements utiles pour lui, il me parle des études dont il rêve, il m’envoie des photos magnifiques de paysage dont les couleurs douces en font des cadeaux à mes yeux.
Je lui transmets des informations relatives aux écoles européennes.
Il me parle des différences culturelles, des difficultés qu’il rencontre avec ses clients français.
La distance et les échanges n'altèrent pas notre relation, nous faisons connaissance autrement. Nous partageons des idées, des visions, de la culture. Il me parle des livres qu’il connaît, partage les auteurs de son pays.
Je me plonge dans les livres de Mario Vargas Llosas, "La ville et les chiens" me bouleverse, j'imagine son enfance dans ce pays où règne la violence, le "sentier lumineux", l'insécurité constante.
Puis je m’immerge dans l'histoire des conquistadors, la fin tragique de l'Inca Atahualpa et les merveilles du Coricancha. L'histoire d'une civilisation détruite par l'avidité de la richesse et du pouvoir.
J'apprends à connaître son pays, sa culture, à comprendre sa manière de penser, de s'exprimer : ce qu'il dit, ce qu'il ne dit pas.
Il me raconte sa vie de guide, perpétuellement en voyage, je suis ses départs et ses retours, les circuits qu'il fait. Il parle des touristes français, qui savent toujours tout et sont perpétuellement insatisfaits. Chaque remarque négative le blesse et provoque des remises en question sur son travail et sur sa personne. Il prend beaucoup sur lui, son ego semble contenir toute l'histoire de son pays asservi, en perpétuelle recherche de réparation.
Les différences culturelles créent des incompréhensions, les différences de niveaux de vie créent de l’injustice, de la colère et du dépit.
Parfois, ses messages m'inquiètent, je le sens déprimé, je trouve la distance difficile à gérer, sa manière de s’exprimer, mon interprétation. Je ne sais pas à quoi me fier.
J’essaye d’être positive en exprimant des idées pour lui permettre de voir les choses avec plus de recul, pour relativiser les remarques qu’il peut entendre ou rire de certains malentendus.
Ses réponses sont irrégulières, mais nos échanges se poursuivent, il est intarissable sur les trésors culturels de son pays.
Cette fois, son dernier message est déprimant, il est tellement touché par les commentaires, le regard que les touristes portent sur lui et son pays. Je ne sais plus comment lui répondre, mon angoisse, légitime ou pas, grandit. Je prends la décision de partager mes inquiétudes avec le guide qui a fait le voyage en Argentine avec nous et qui le côtoie. J'ai ses coordonnées, je lui partage une partie du message de Stan en lui faisant part de mes inquiétudes.
Est-ce une mauvaise interprétation ? Je n'ai pas de nouvelles, le guide ne me répond pas, Stan n'en parle pas. Je présume que celui-ci a fait ce qu'il fallait avec la discrétion qui s'impose.
Je ne sais pas que faire de cette histoire.
Quelle importance, quel sens lui donner ? A-t-elle un avenir ? La passion dévore mon cœur, il faut que je fasse quelque chose, que j’agisse ; rester passive use mon cœur, mes sentiments le consument à petit feu. Quel chemin suivre ? Mon cœur s’est enflammé. Mes sentiments sont sincères, Stan ne répond jamais à mes questions directes, ce n’est jamais un oui ou un non franc.
Partage-t-il mes sentiments ? Tout semble compliqué.
La décision d'aller au Pérou se dessine en moi. Stan ne m'invite pas, il est toujours sur les routes, il ne peut pas se libérer ; s’organiser ne semble pas une option. Je prends la décision de partir découvrir son pays et voir si nos chemins peuvent se croiser. Advienne que pourra, je passe à l’action. Un voyage de plus est facilement réalisable.
Après lui avoir parlé de ma décision, il n’émet pas d’avis. J’étudie donc les différentes possibilités qui s’offrent à moi aux dates où je suis disponible. Plusieurs agences de voyages proposent des options plus ou moins variées en circuit de trekking, visite des villes et des différents lieux culturels. Après lui avoir soumis les différentes possibilités, il s'avère que sur un circuit, nous pouvons nous croiser.
Je réserve mon voyage. Le lendemain, alors que je suis au travail, Sidonie m’appelle, c’est exceptionnel, je m’inquiète. L’agence vient d’appeler, les vols sont complets, il reste une possibilité avec une participation financière supplémentaire. Après quelques secondes de réflexion, je dis à Sidonie de confirmer mon voyage. Je ne peux pas laisser passer cette opportunité, je pars.
L’agence me réserve une place en première classe, pour laquelle ils amortissent une partie du prix. Je voyage sur le mode très confortable des privilégiés de première classe.
Je dors paisiblement sur mon siège inclinable où je peux allonger mes jambes. Je mange des mets délicieux et bois des bulles délicates de champagne à chaque collation.
Le voyage s’annonce agréable.
Voilà un signe positif encourageant.
Dix mois après notre première rencontre, j'atterris à Lima, sur la terre péruvienne de Stan. Nous avons planifié nos retrouvailles au milieu du circuit que j’ai réservé.
Celui-ci est classique, transfert à Pisco, visite des îles Ballestas, du désert péruvien, de la plage de Yumaque et de la presqu'île de Paracas.
Je ne m'intéresse pas beaucoup aux autres participants, je suis attentive aux visites qui me renseignent sur le pays, les habitants et leurs coutumes.
J'informe ma guide de mon souhait de la quitter au cours du circuit pour rejoindre un ami. Le lieu et les dates sont précis.
Sympathique, elle accepte avec un peu d'inquiétude. Dans la discussion, il s'avère qu'elle connaît Stan de vue, comme une relation de travail ; il fait partie d’une autre agence. Je lui parle de notre rencontre lors d'un précédent voyage et de l’occasion de se croiser.
Elle organise mon départ et mon retour avec précision, je pars l’esprit tranquille. Elle semble soucieuse par la responsabilité qu’elle prend, mais elle ne s'oppose pas à ma demande.
Les lignes de Nazca sont une visite importante, nous avons un vol prévu pour les découvrir du ciel. Les places dans l'avion sont limitées, nous passons à tour de rôle. Le temps est mitigé, plus l'après-midi avance, plus le vent se lève.
Le brouillard pointe son nez, le quatrième vol est agité, le cinquième a lieu, la chaussette qui indique la force du vent ne retombe plus. Le pilote est prêt à satisfaire les clients, il poursuit les vols. Les personnes qui redescendent ne parlent plus des lignes étonnantes mais du vol mouvementé.
Je décide de renoncer au dernier vol ; le pilote ne dit rien, mais paraît soulagé. Tant pis, j'ai tout le loisir d'acheter une belle carte postale à la boutique. Je ne veux pas prendre de risque la veille de nos retrouvailles.
Nous visitons encore le cimetière de Chauchilla et ses splendides momies, enfin, voir des momies m'impressionne. Comme une violation de leur repos, côtoyer la mort sous des rubans de tissu est particulier.
Nous reprenons la route pour Arequipa.
Nous logeons dans un hôtel confortable, la date de nos retrouvailles est fixée au lendemain.
Stan connaît l’adresse, il doit me laisser un message si la rencontre s’annule. Je n’ai pas de nouvelles.
Le lendemain, après le petit déjeuner, comme prévu le groupe prend la route pour les canyons. Liva, la guide, me laisse en s'assurant que tout va bien, je la rassure.
Je reste à l'hôtel, Stan doit m'appeler. Je patiente, un peu fébrile, en lisant le guide touristique du Pérou. Le téléphone sonne, c’est lui, il me demande de le rejoindre au centre-ville, il m’attend devant les escaliers d’un bâtiment sur la place principale.
J'enfile ma veste, prends mon sac à dos qui est prêt et quitte l'hôtel en longeant la rue étroite qui conduit au centre.
Il y a du monde, la ville est animée.
La grande place aux bâtiments clairs s'ouvre devant moi, je repère le bâtiment avec les escaliers que l'on ne peut pas manquer. Je ne vois pas les palmiers et les fontaines magnifiques, je ne vois pas les nombreuses arcades des monuments qui encerclent la place. Je ne vois que lui. Stan est en haut des escaliers à m'attendre.
Je reconnais facilement sa silhouette, il est beau, en haut des marches, fier, avec une assurance que je ne lui connais pas. Il est chez lui.
Je gravis les marches, chaque pas qui me rapproche de lui semble maintenant se dérouler au ralenti, je vois la pierre claire, blanche et régulière sous mes pieds, quand je relève la tête, il me sourit. Mon cœur fond.
On se salue, il prend mon sac et il me guide vers son hôtel.
Il me demande si le groupe a quitté la ville comme prévu, je lui confirme.
Nous arrivons dans un hôtel plus modeste, la personne de l'accueil nous conduit jusqu'au fond du couloir. La chambre est simple, avec une salle de bain attenante, les rideaux ouverts laissent voir la rue. Deux lits, un bureau et deux chaises composent le mobilier.
Je pose mon sac, soulagée d’avoir retrouvé Stan sans problème. Il me laisse choisir le lit et part chercher ses affaires dans une autre chambre. Son groupe est parti ce matin.
Je fais rapidement la visite des lieux et je m'assois sur le lit.
Il pose ses affaires à son tour, se dirige vers la fenêtre, tire les rideaux. Il revient vers moi, prend mes mains et m'embrasse. Les mois passés s'envolent et nous nous retrouvons comme si l’on ne s'était pas quittés.
Son corps chaud, sa peau lisse serrée contre moi, me comblent. Il porte deux colliers péruviens, il est un peu enrhumé, je le couvre de baisers. Il est fatigué et s'endort. J'attends son réveil en respirant l'odeur de son corps et de ses cheveux, je passe doucement mes doigts sur sa peau, ses cheveux sont épais. Je suis bien, je profite de ce moment tranquille en fermant les yeux sans dormir.
J'entends les bruits de la rue, il se réveille et cette fois il a faim, c'est midi.
Nous remontons la petite rue, nous nous arrêtons dans un mini restaurant ou plutôt une table chez l'habitant, une vieille dame nous sert à manger. Je ne finis pas tout, Stan s'en charge, il est affamé. Je ne comprends rien des mots échangés, Stan lui parle en péruvien, elle veut savoir si le repas me convient. Je lui fais un sourire pour confirmer. Rassurée, elle nous laisse terminer le repas. L'eau est gazeuse, ce n'est pas ce que je préfère, Stan lui demande de l'eau plate, elle ramène une nouvelle bouteille, l'eau est identique, je m'en contente.
Ne jamais dire non et satisfaire les clients, c'est compliqué pour moi de comprendre leurs attitudes, d’identifier ce qui les met dans l'embarras. J'apprends doucement, par tâtonnement.
Stan me propose de visiter la ville.
Nous marchons sur les trottoirs étroits, je le suis en me laissant guider.
Nous entrons dans un musée où des tableaux de l'époque des conquistadors sont exposés. Il me montre la manière dont on a demandé aux gens locaux de reproduire des scènes de la bible pour les convertir au christianisme, et surtout comment les peintres péruviens ont réussi à mettre des éléments de leurs croyances dans les tableaux, notamment la Pacha Mama, la terre mère.
Stan est croyant, je prends les choses avec beaucoup moins de ferveur et surtout plus de légèreté. Ces tableaux m'intéressent mais pas tant que lui, je glisse ma main dans la sienne. Il semble surpris et recule, s'excuse et me dit qu'il est connu comme guide, être vu avec une touriste le gêne et pour la première fois notre différence de peau, de cheveux, d'origine semble déranger.
Je reste silencieuse. Je n'ai pas imaginé que notre relation puisse susciter des commentaires.
Je suis décontenancée, je ne sais plus très bien comment me comporter.
Il se déplace avec souplesse et me fait penser à un puma, maintenant je suis en mode méfiance sur ses pas.
Nous visitons le mirador de Sachaca puis des endroits plus discrets, le moulin de Sabandia, les touristes sont moins nombreux.
Je demande à notre chauffeur de nous prendre en photo. Stan ne dit rien et laisse faire.
Assis dans le taxi, pour la première fois, il me parle de Laura. Qui est Laura ? Une sorte d'amoureuse promise, une amie d'enfance avec qui il s'entend bien, ce n'est pas très clair.
Lui a-t-il fait une promesse ? S’est-il engagé ?
Je n'en sais pas plus.
Nous visitons la Casa del Fundator à Huasache et le taxi nous ramène en ville.
Nous regagnons l'hôtel où nos étreintes me font oublier les contrariétés de la journée.
Le lendemain matin, je lis quelques passages de ses écrits, je ne comprends pas les détails mais j'arrive à suivre les idées principales.
Il m'emmène à l'Alliance Française, un beau bâtiment avec un portail en fer forgé à l'entrée qui lui donne beaucoup de charme.
Une exposition sur le sentier lumineux est présentée. Il me parle du terrorisme qu'il a connu enfant, de la peur et de l'insécurité qui régnaient.
Je lui demande ce qu'il a pensé des documents sur les écoles que je lui ai envoyés, il reste évasif me dit qu'il ne les a pas lus, je suis étonnée, cela correspondait pourtant à ce qu'il m'avait demandé.
Il me parle du mail que j'ai adressé à son sujet à l’autre guide, je me suis inquiétée pour lui, cela le rend joyeux.
Il me parle du charme qu'il trouve à cette ville qu'il aime particulièrement et où il s'imagine vivre un jour.
L'après-midi, il me propose d'aller au cinéma, je ne comprends pas l'espagnol, c'est un film comique avec Jim Carrey, les images parlent d'elles-mêmes. C'est le seul endroit public où les lumières éteintes nous rapprochent.
Je suis un peu mal à l'aise par sa réaction de la veille, le film me le fait oublier.
Le lendemain, il accueille un nouveau groupe, il m'accompagnera prendre le bus.
Nous mangeons dans un restaurant, la soupe d'asperges est délicieuse, c'est mon plat préféré dans son pays. Je lui pose des questions sur Laura, il répond de manière confuse et change de sujet.
Il me demande le déroulement de la fin de mon circuit. Il semble déçu que l'on ne puisse pas voir le Machu Picchu ensemble.
C'est notre dernière nuit, je ne pose plus de questions.
Le matin, le jour se lève, je lis de nouveau ses écrits, il a du talent, fait des phrases longues, avec de nombreux descriptifs, j'essaierai de les faire traduire à mon retour.
Il se réveille tranquillement.
Après le petit déjeuner, il m’entraîne devant l'ordinateur de l'hôtel, il veut me créer une adresse mail sur un compte facile à utiliser avec le Pérou. Nous pourrons ainsi être en contact plus facilement.
Il m'accompagne à la gare routière, beaucoup de Péruviens habillés en tenue traditionnelle arrivent et partent, sans Stan il m’est impossible de trouver le bus pour rejoindre Puno.
Nous ne parlons plus.
Je ne sais pas comment le quitter, c'est difficile.
Je ne sais pas comment interpréter son comportement. Je ne sais pas si la distance qu'il met est un adieu définitif ou si elle est due à la foule qui nous entoure, aux gens locaux qui peuvent nous observer.
Mes yeux sont trop verts, ma peau et mes cheveux sont trop clairs, je ne passe pas inaperçue, je me sens mal.
Le bus est là, je n'ai plus qu'à monter, une passagère lui adresse quelques mots me concernant, il répond rapidement, je ne comprends rien. Je n'arrive pas à monter dans le bus, les mots ne viennent pas, je finis par me retourner pour lui dire adieu, le bus va partir. Nos lèvres se fondent dans un dernier baiser, je lâche sa main pour monter.
J'installe mes affaires, il parle au chauffeur, il s'assure que je descende au bon endroit.
Il me fait un dernier signe de la main, le bus prend la route. La passagère de la rangée voisine me parle. Je ne comprends rien alors je souris, contrainte. Je me concentre sur le paysage pour ne pas pleurer, mais je ne vois rien, je me fais petite pour que l'on m'oublie au milieu de tous ces gens différents.
Je reconnais facilement Liva, elle m'attend à l'arrêt du bus. Elle est contente de me retrouver. Elle me demande si tout s'est bien passé.
Oui très bien, je la remercie encore pour l'organisation. Le circuit continue. Je prends un sourire de façade pour rejoindre le groupe.
Mon cœur est lourd.
L'être humain est ainsi fait, ce qui semble inatteignable se réalise et cela n’est pas suffisant. Ai-je des réponses ? J'ai encore plus de questions.
Nous avons une adresse pour échanger plus facilement, et pourtant j'ai le sentiment de le quitter pour toujours.
Mes pensées ne peuvent pas rester mélancoliques, le voyage se poursuit.
Notre prochaine excursion est sur le lac Titicaca, avec les visites des îles de Taquile et d'Uros.
Le ciel est d'un bleu éclatant, les îles construites en roseau sont tellement jolies et adaptées au lieu que je ne peux pas être triste.
Nous visitons les marchés, les femmes et les hommes portent des chapeaux de toutes sortes : des chapeaux ronds posés haut sur la tête, des chapeaux plus chics en feutre beige, des chapeaux plus plats pour les messieurs, des chapeaux recouverts avec des tissus. Cela me rappelle un livre de mon enfance « les chapeaux de grand-mère » que j’affectionnais particulièrement.
Les femmes sont vêtues en majorité de bas épais avec de larges jupes plissées qui descendent sous les genoux, un gilet et un châle couvrent leurs épaules.
Parfois, des groupes dansent et chantent avec des colliers de fleurs multicolores et leurs jupes noires décorées de trois rubans différents volent en dansant.
Des tissus colorés servent à porter les vivres et les enfants, noués sur la poitrine, ils sont multifonctionnels. J’en achète un avec du vert turquoise que j’aime beaucoup.
Des plaines arides, de la végétation sèche au ras du sol avec au loin les sommets enneigés, la route nous conduit jusqu'au col de la Roya où les vendeuses de tissus attendent les touristes au sommet. Nous sommes en route pour Cuzco, le nombril du monde.
La Plaza de Armas nous transporte dans une autre époque, les maisons typiques aux balcons colorés semblent modestes pour ne pas faire d'ombre à la grande cathédrale. Les toits de tuiles claires se fondent dans le paysage des montagnes alentours.
Nous visitons les restes de la forteresse de Sacsayhuaman, mangeons des plats typiques, visitons le marché avec les multitudes de fruits, de fromage, de légumes, les amoncèlements de chaussures sont impressionnants.
Je marche jusqu'à l'adresse que je connais de Stan. Une rue pavée monte jusqu'à une entrée sous une arche de pierre. Pas de plaque, pas d'indication. Je reviens sur mes pas.
Nous faisons un dernier tour de Cuzco de nuit, avec la place et la fontaine illuminée.
Le lendemain, nous partons pour la vallée sacrée sur le site de Pisac.
Le repas est festif avec des musiciens traditionnels, des jus d'orange, des légumes secs et un cochon d'Inde pour le repas. Je n'ai pas d'appétit et malgré ma volonté de faire des efforts, je ne peux pas manger la pauvre bête à plat ventre dans mon assiette, je suis dégoûtée.
L'intersection des trois vallées et Ollantaytambo m’impressionnent, cette jonction a quelque chose de mystérieux ; en tout cas, elle est à la croisée des chemins.
Les temples, les ingéniosités pour faire circuler l'eau. L’histoire est passionnante.
Le train s’arrête au kilomètre 104, à partir de là nous marchons jusqu'à la porte du soleil.
Il fait très beau, la végétation verte est luxuriante et nous apercevons le Winay Wayna avec des restes de constructions, des murs sans toit sur une multitude d'étages construits à flanc de montagne. Un petit pont nous fait traverser une jolie cascade, nous arrivons à la porte du Winay Wayna, le sentier de l'Inca nous conduit à la porte du soleil, avec une vue magnifique sur le Machu Picchu.
La vision par cette entrée est spectaculaire, nous sommes des aventuriers à la découverte.
Le site est majestueux, mais surtout vertigineux.
Je descends comme une funambule sur un fil, j’avance avec prudence ; je ne sais pas de quel côté je risque de basculer, la terre, le ciel et les nuages.
Puis-je voler comme un oiseau ? Comme l’immense condor qui semble si stable dans les airs et sûr de lui ; pas vraiment, j'ai le vertige, le vertige du lieu est aussi grand que le vertige de mes sentiments.
Les lamas indolents semblent bien se moquer de nos turpitudes humaines.
Le Wayna Picchu est solennel, il domine les montagnes alentours. Nous prenons des photos, le site est tranquille, la plupart des touristes sont déjà redescendus. Nous profitons du site au coucher du soleil avant de redescendre vers Aguas Calientes pour passer la nuit. La visite complète du site sera pour demain.
Ce matin, le soleil est bien présent, au milieu des vestiges bien conservés, des cadres de pierres créent des portes délimitant les espaces.
Les lamas nous accompagnent, l’un est blanc et fier, ils sont les gardiens des lieux. Quelques toits en paille sont reconstitués. Certains touristes pleurent sur les bords des sentiers, paralysés par l'altitude et le vertige.
Nous parcourons le site de bas en haut, de gauche à droite, ceux qui veulent peuvent gravir le Wayna Pichu, je ne me sens pas l'énergie de me lancer dans cette escalade.
Est-ce l'altitude ou le découragement ?
Je reste admirer le paysage, solitaire.
Un bus nous ramène vers la gare. La voie de chemin de fer est bordée de multiples boutiques, avec des articles de toutes les couleurs ; le train bleu et jaune nous emporte.
C’est le dernier soir, on fête un anniversaire, Jean-Pierre et Claude rigolent et font les fous avec leurs bonnets péruviens.
Le voyage est terminé, pour remercier Liva je lui demande le souvenir de France qui lui plairait, elle choisit un parfum. Il est facile à trouver dans les boutiques de l’aéroport, décidemment il fait rêver les femmes de tous les pays.
L'avion décolle de Lima, une escale est prévue à Atlanta pour rejoindre Paris ; je quitte le Pérou mitigée, insatisfaite, avec un goût d'inachevé.
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