Samedi 21 mars 2026
Samedi 21 mars 2026
Voilà plusieurs jours que je m’étonne de n’avoir rien à écrire, tant mes pensées se font discrètes et silencieuses. J’ai l’impression d’être calme, apaisée. Pour faire taire la petite pointe de culpabilité qui menace par moments, je me raconte que c’est une bonne chose de n’avoir rien à épancher, de ne ressentir aucune urgence à démêler ce qui pourrait m’agiter. Rien ne m’agite, j’en suis convaincue, tout passe et tout glisse, ma surface est résolument lisse. Et puis soudain le soir tombe et quelque chose se fissure, me laissant entrevoir les efforts que j’ai déployés pour ne pas m’entendre. J’ai occupé mes mains sans discontinuer et empli ma tête des images des autres, des mots des autres, de la vie des autres, un bruit de fond permanent destiné à maintenir l’illusion du repos et de la sérénité. La vérité, c’est que j’ai peur. Dans les tout derniers instants de notre échange, sans doute porté par une joie sincère face aux jolies nouvelles que je lui offrais, le vieux monsieur qui veille de loin s’est défait de sa prudence et a laissé échapper l’idée que je pourrais peut-être bientôt me défaire de mes béquilles. Il s’est repris très vite, sans doute alerté par la crainte qu’il aura perçu au fond de mes yeux, remettant la question à plus tard. Sans même m’en apercevoir j’ai aussitôt bloqué tous mes systèmes d’alerte, une coupure générale vouée à éteindre la terreur et tant pis si tout le reste disparaît aussi, me laissant nue et desséchée, dépourvue de la moindre émotion, sans mots, sans phrases et sans virgules, pantin inanimé et ridicule. Tant que je suis vide la peur n’a nulle part où s’accrocher, aucun espoir à grignoter.
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