Des achats écoresponsables : Une stratégie gagnante pour votre entreprise ?

Des Achats Écoresponsables : Une Stratégie Gagnante Pour Votre Entreprise ?

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Des Achats Écoresponsables : Une Stratégie Gagnante Pour Votre Entreprise ?

Les achats Écoresponsables et la RSE font de plus en plus l’actualité. 

On peut citer par exemple l’élaboration des normes internationales 20400 pour les Achats responsables et la 26000 pour la RSE ou encore le projet PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) qui ambitionne notamment de redéfinir la place des entreprises dans la société, en les incitant à prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux de leur activité auprès de leurs parties prenantes.

L’ObsAR (l'Observatoire des Achats Responsables) a présenté en février 2020 lors du "Forum Achats Responsables" les résultats de son 11ème « Baromètre des achats responsables » et confirme que près de 9 organisations sur 10 ont une politique AR en place.

En revanche elle précise que ces politiques responsables sont particulièrement mises en place dans le secteur public et cela depuis longtemps.

Richard Calvi à votre avis pourquoi les entreprises doivent s’intéresser à l’écoresponsabilité et la RSE ? Quels sont les réels enjeux (contraintes et opportunités) ?

RC : Pierre Pelouzet, médiateur des relations inter-entreprises, ancien directeur Achats et président du CNA, donc un vrai expert du domaine, disait il y a quelques années, dans un interview pour décision-achats, que « le développement durable et la responsabilité ont donné une ouverture extraordinaire au métier Achats ». Je dirai surtout que cela constitue une réelle opportunité pour les directions d’atteindre ce fameux rôle « stratégique » après lesquelles elles courent et ainsi ne plus seulement être jugées seulement ou presque sur leur contribution aux coûts mais aussi au développement commercial de la firme.

Pourquoi donc une opportunité ?

  • 1) clairement les consommateurs intègrent de plus en plus la dimension éco-socio responsable dans leur choix de consommation… être capable de proposer par sa connaissance du marché fournisseurs une innovation qui va dans ce sens devrait être perçue par les directions commerciales comme ayant de la valeur. Cela sera d’autant plus vrai dans un contexte post COVID où de plus en plus de multinationales choisissent, face à la crise, d’adopter un discours qui met en avant leur vocation « citoyenne ».
  • 2) les innovations liées à des applications éco-socio responsables sont le moteur de l’innovation actuelle. Rares sont les start-ups qui n’intègrent pas ces dimensions dans leur offre. On en déduit donc que, pour un acheteur, occulter l’étude des offres allant dans ce sens c’est indéniablement se priver de tout ce qui peut permettre de différentier l’offre de son entreprise.
  • 3) pour moi donc l’écoresponsabilité et la RSE sont de réelles opportunités presque égoïstes pour les achats d’obtenir un statut plus stratégique. Par bonheur cet égoïsme est vertueux car si la RSE est un moteur de l’innovation, le fait d’acheter ces innovations les rends viables et donc développe la RSE dans la société.

Enfin, s’il permet de mettre en résonance ces valeurs et celles de son travail, on ne s’en portera que mieux et l’on attirera surtout les talents de demain vers la fonction, car on sait que les générations « Z » sont, elles, très sensibles à ces principes d’éco-socio responsabilités et souhaite les retrouver dans leur feuille de route professionnelle.

Comment les services Achats peuvent-ils intégrer ces notions d’écoresponsabilité et RSE sans que cela soit au détriment de leur objectif de réduction des coûts ? Existe t’il des outils ?

RC : "C’est bien évidemment la question qui tue" !

Il y a plusieurs niveaux de réponses selon moi pour justifier ma réponse à la première question.

  • 1) Tout d’abord, comme je l’évoquais précédemment, la prise en compte de cette éco-socio responsabilité devenant visible dans les actes d’achats des clients de l’entreprise, l’arbitrage coût/valeur devrait progressivement basculer en sa faveur. Cela sera au contraire perçu alors comme un facteur de différenciation nécessaire et, ce qui était une contrainte « à coût », deviendra une fonctionnalité indispensable pour vendre.
  • 2) … et si ce n’est pas le cas ? En effet toutes les décisions qui touchent à l’éco-socio responsabilité ne sont pas toutes valorisables par les clients. Il faudra que les professionnels des Achats soient courageuxc’est-à-dire contredire ou contourner la logique financière pour « vendre » des décisions dont ils sont persuadés du bon fondement sur le LT pour l’entreprise et/ou la société. Prenons l’exemple des délais de paiements fournisseurs assez emblématiques dans cette période post COVID. Bien évidemment qu’en période de « cash-maigre » les directions financières ont tendance à demander des rallongements de délais pour alléger le BFR et donc améliorer la trésorerie. Quand les achats dépendent du DAF c’est encore plus prégnant. Le plus souvent le message est simple et général (« on traine sur tout ! »). Mais si c’est suicidaire pour certains fournisseurs clés, si le non-respect de la règle, la « désobéissance », permet de s’assurer d’être un client privilégié dans la fameuse période de reprise qui suivra, si cela permet de sauver tous les investissements relationnels et les apprentissages développés ensemble… et que l’on imagine que cela vaille bien plus que quelques k euros de trésorerie CT économisés, alors la désobéissance s’impose et il faut s’opposer à la règle… et les DAF ne sont pas idiots je suppose !

Quels outils pour cela ?

Je ne connais pas d’outils vraiment nouveaux qui adressent ce point. L’outil principal c’est l’intelligence je dirai, au sens étymologique du terme c’est la capacité à analyser une situation dans sa globalité : ne pas s’arrêter au coût mais déplacer l’analyse sur le niveau de la valeur.

En revanche, depuis la crise de 2008 il existe tout un tas d’outils institutionnels qui permettent de guider la mise en place de ces démarches d’eco-socio responsabilité aux achats : L’OBSAR, Pacte PME, la charte relations fournisseurs responsables, le label relation fournisseurs et achats responsables, la norme ISO 20400,…). Ce sont autant de sources d’inspiration pour créer des critères pertinents et trouver les informations utiles pour le passage à l’acte.

Sur ce point je vous incite à jeter un œil sur l’enquête du cabinet Forester de juin 2020 qui avance l’hypothèse que post-Covid, la collaboration avec les fournisseurs semble-t- être le meilleur levier de résilience.

Pensez-vous que les risques fournisseurs sont mieux maitrisés avec des achats écoresponsables et RSE ?

RC : Si l’on reprend les éléments que j’ai évoqués précédemment bien évidemment que ma réponse sera positive. Pour continuer un exemple précédent, si j’identifie par exemple que le talon d’Achille d’un très bon fournisseur est sa trésorerie, que je mets en place avec lui, dans ces temps de crises, une politique de paiement qui lui est favorable, j’ai indubitablement augmenté mon pouvoir potentiel dans la relation. Nous nous échangerons deux choses sur un mode « gagnant-gagnant » : moi du cash alors que ce dernier à plus de valeur pour lui que pour moi et lui de la capacité dans la phase de redémarrage car perçu comme un client privilégié alors même que tous les clients ne pourront pas être servis. Ce partage bien pensé réduit le risque relationnel global (pour les deux). 

Cela ne veut pas pour autant dire que cette démarche nous décharge du devoir de vigilance avec nos fournisseurs et le développement du big data est une belle opportunité pour compiler toujours plus d’infos sur le risque fournisseur.

Ne faudrait-il pas faire évoluer ou accompagner les fournisseurs pour mieux répondre aux critères de développement durable ?

RC : Quand j’ai commencé à m’intéresser aux Achats, il y a plus d’une 20aine d’années, on entendait beaucoup parler de « supplier development ». Dans l’automobile les constructeurs et les équipementiers agissaient directement chez les fournisseurs de leur panel pour les mettre « à niveau » surtout d’un point de vue industriel. Puis cela s’est progressivement arrêté. Le mot d’ordre des années 2000 était le « global sourcing ». En gros, « on gagnera plus en laissant parler la loi du marché mondial qu’en investissant avec des acteurs historiques ». Nous sommes toujours dans cette phase mais la crise du COVID semble devoir inciter à limiter cette approche globale du sourcing.

On sait en tout cas deux choses :

  • 1) les supply chain de la pré-crise étaient trop complexes et exposées au risque notamment sur leurs maillons les plus faibles. Hors comme s’illustre le dessin ci-après, c’est bien le maillon le plus faible qui souvent détermine le sort de la supply chain….
  • 2) La traçabilité des produits va dans le sens d’une responsabilisation accrue de l’entreprise « pivot » sur toute sa supply chain. Le Rana Plazza est passé par là et de plus en plus on pourra dire que l’image de « sustainability » d’un groupe sera là encore donnée par le maillon le plus faible. Il doit donc y avoir une conscience de « chaîne » (supply chain) de la responsabilité éco-socio…..

Donc au final il faut aider les fournisseurs pour se mettre à niveau, et cela n’a rien d’un acte désintéressé !

Faut-il et comment communiquer auprès de sa direction et ou de ses collègues de l’importance de s’occuper de notre impact environnemental ?

RC : Je pense qu’il s’agit de reprendre certains points que j’ai évoqués précédemment :

  • Parler « valeur » et pas contrainte. Trouver un « sponsor », directeur commercial, R&D ou RSE pour appuyer ses décisions.
  • Traduire dans des indicateurs qui leur parlent, l’impact de ses actions (« l’utilisation de cette matière nous assure un nouveau marché estimé à 10% de nos ventes »).
  • Être courageux c’est-à-dire savoir aller contre un objectif si l’on est sûr de pouvoir démontrer son bon droit.
  • Arrêter de parler « TCO (coût global d'usage) » mais l’appliquer effectivement dans ses prises de décisions.

… ne pas oublier tout de même que le CPO (directeur des achats) sera toujours attendu sur sa maîtrise financière des achats… donc on ne m’écoutera sur le registre de la valeur QU’APRES avoir fait mes preuves dans la maitrise des coûts.

Et enfin pensez-vous que les achats écoresponsables et RSE resteront primordiaux dans l’avenir ou est-ce un effet de mode ?

RC : Dans l’enquête Agilebuyer/CNA de cette année (2020), il est dit que 50% des responsables d’achats interrogés ont des objectifs en termes de développement durable et RSE. C’est plus de 10% de plus qu’en 2018.

Intéressant aussi de voir quelles sont les principales préoccupations en la matière. La hiérarchie est la suivante.

Donc non, à mon sens ce n’est plus un effet de mode. La plupart des entreprises ont dépassé le stade du « green washing » pour s’intéresser à minima au potentiel commercial d’une vision durable sur le business et, au mieux, avec une vraie approche « citoyenne » comme évoquée précédemment.

Donc non, pour moi les directions Achats doivent intégrer dans leur feuille de route de la fonction Achats « new word » à la fois "la révolution digitale" et l’intégration des "critères éco-socio" dans les pratiques achats. La crise du COVID19 sera un accélérateur pour la prise en compte de ces deux révolutions aux Achats. Et là pour le coup, en saisissant leur côté « opportunité », ces deux leviers ont tous les ingrédients pour redonner une vrai place au « management des ressources externes »… car je pense qu’Achats sera un "terme" un peu étriqué pour embrasser le spectre d’action des acteurs qui en seront en charge.

Merci beaucoup Richard Calvi pour le temps précieux que vous nous avez consacré et votre expertise qui j'en suis sûr aura éclairé les acheteurs et les chefs d'entreprise qui souhaiteraient faire de l'écoresponsabilité leur challenge de demain !

Si vous souhaitez poser des questions, enrichir l'article, témoigner de vos expériences ... bienvenue !

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