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3-Les conventions, ou ferme ta gueule

3-Les conventions, ou ferme ta gueule

Publié le 2 déc. 2020 Mis à jour le 15 déc. 2020
time 2 min
CREATIVE ROOM

Récits de famille

3-Les conventions, ou ferme ta gueule

Quoi de plus conventionnel que des obsèques. Sourire gêné de rigueur, on s'embrasse dans un soupir compassionnel, en haussant les épaules, il faut garder l'air triste, voire profond, et c'est quand même bête qu'il faille de tels événements pour se voir. Les conversations sont standardisées, vendues avec le cercueil et les poignées, en option premium. "Il est parti sans souffrir", "à son âge tout de même c'est une belle mort", "c'est dans l'ordre des choses", "il a eu une vie bien remplie", "au fait comment va Monique ?"

Alors pas d'esclandre. Ce n'est ni le moment ni l'endroit de dire ce que l'on pense du mort au mort, encore moins devant sa famille, qui est aussi la notre en l’occurrence, ou devant les quelques amis encore présents. Mais alors, si on est pas là pour le mort - qui s'en fout-, ni pour les vivants qui acceptent les codes de la convention, on est là pour qui ? Pour soi, pour faire le point sur sa relation avec le défunt, lui dire au revoir ou casse-toi pauvre con, bon débarras, c'est selon. Je choisis la seconde option. Mais Jésus me regarde : pardonner ? Me dire allez, on fait la paix, après tout c'est du passé, maintenant que tu es mort passons l'éponge, on est quitte, je ne t'en veux plus. Rendre l'image du souvenir lisse comme une photo rangée dans son album, sans relief ni aspérité.

Enfin ! c'est au contraire l'occasion inégalée de penser tout ce que l'on veut, tout ce que l'on n'osait pas penser, de le ressentir, de le vivre, l'émotionner, le vibrer, là, devant le mort, face à son cadavre, sa dépouille allongée, inanimée et froide. Il faut saisir sa chance, l'autre ne répondra pas, j'aurai enfin le dernier mot ! C'est bientôt l'heure de mon monologue final de conclusion. Qui sera sans pardon.

Une fois cette gerbe émotionnelle déversée (camouflée sous la forme de regrets convenus et de quelques larmes -on est pas des monstres tout de même), l'émotion violente ressentie pourra alors peut-être se transformer en autre chose, le calme, l'apaisement, la sérénité, une forme de réconciliation avec soi-même, avec mon autre moi que j'ai bâillonné pendant des années.

Alors avant la transformation finale, je fermerai ma gueule, mais n'en penserai pas moins.

Au fait, que vais-je bien pouvoir mettre?

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