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9-Le bisounours au pays de la réalité

9-Le bisounours au pays de la réalité

Publié le 16 janv. 2021 Mis à jour le 16 janv. 2021
time 6 min
CREATIVE ROOM

Récits de famille

9-Le bisounours au pays de la réalité

Je vis une période trouble professionnellement. Il faut dire que les lois du hasard, du karma et autre destinée se sont , dans une coïncidence extraordinaire, rencontrées à cet instant T, dans la ville V, cette année N. Bizarre ? Non, épreuve salutaire de la vie dont je sortirai grandie, mûrie, raffermie.

En attendant que la transformation opère en moi et me change en un être neuf pétri d'expérience et de recul, j'en bave. C'est dur de se faire évincer, rétrograder, virer du poste qu'on a occupé pendant 5 ans, dans lequel j'ai tout créé, je me suis investie émotionnellement, physiquement, intellectuellement. J'ai tissé des relations, engagé ma confiance en moi et en les autres, écouté, tranché, obéi, refusé d'obéir, avec ce que cela peut comporter de risques dans un fonctionnement hiérarchique et politisé.

Poste important donc, qui nécessitait qu'on me remplace pendant l'année que je consacrais à mon deuxième enfant.

Il est arrivé par la grande porte, avec force soutien des élus, sans négociation. Ce sera lui, car il veut revenir au Ccas. Bon. Compétent ? On verra.

Il était parti, il voulait revenir, il est revenu. Sur mon poste, en remplacement. Avec sa bonhomie naturelle, son air souriant, sa familiarité parfois mal placée et dégoulinante, sa nature tactile et son allure cool, je suis tombée au pays des bisounours. Baignée d’hormones de grossesse, puis d'allaitement, je tentais de lui transmettre le fond des dossiers importants autour d'un café gourmand, dont la douceur momentanée camouflait l'amère vérité. Lui ne semblait pas inquiet, survolant les sujets avec hauteur, mais cogitant déjà sur l'après.

L'après est venu, et faut dire ce qui est, c'est plutôt pas la joie. Je n'ai pas récupéré mon poste et ses prérogatives, je suis recalée sous SA responsabilité. Lui, mon chef. De mon service. Enfin, de mon ancien service. Ancienne équipe. Ex-projets. C'est plus moi qui gère, qui décide, qui impulse, qui motive l'équipe. C'est lui. Alors, à cet instant, j'ai su qu'il faudrait que je fasse mon deuil. Accepter, digérer, avancer.

Sauf que pour le moment, c'est la colère et le mépris qui l'emportent. Car il n'impulse rien, ne connait rien à l'animation, divise pour mieux régner, parle aux agents comme à de la merde : "ta gueule" en réunion de service, c’est quand même de haute volée.

Bien sûr il a peur. De perdre le poste, de perdre la face devant les élus qui lui ont fait confiance. Faut donner le change, faire illusion. S'entourer de ceux qui savent et tout leur pomper. Incompétent? Il l'est et il le sait, il me l'a dit en face. "Je me sens comme un usurpateur. Toi tu es fortiche pour monter des projets, moi c'est pas mon truc."

Bon. Là-haut, ils ont imaginé un fonctionnement bicéphale, lui à l'administratif, moi à l'animation. "C'est mieux Madame, pendant votre mi-temps". Sauf que lui ne veut rien lâcher, au cas où ça se verrait qu'il y pipe rien. Je vais à droite, il me suit comme un caniche. Je tourne à gauche, le revoilà. J'ai plus la main sur rien, je pilote pas les animatrices, j'ai pas de budget dédié, je dois faire l’aumône pour dépenser 100€ alors que je gérais 800 000 € d'argent public y'a quelques mois... Je ne récolterai pas les fruits de l'arbre que j'ai planté et arrosé, et de surcroît il est trop con pour les ramasser lui-même, il les laisse pourrir sur pied. Déchéance. Humiliation. Spoliation.

Avec en prime le regard navré empreint de pitié de mes collègues. "C'est dur ce qu'il t'arrive. Ça va ?" Ben non, ça va pas.

Attends un peu, je sentirai pas comme une vieille blessure qui se réveille ? Un vieux sentiment d'injustice, d'insécurité qui reviendrai à la surface de mon corps ? Un mec qui me vole, un autre (le directeur) qui ne me défend pas... tiens tiens... des schémas émotionnels connus dont je pensais m'être définitivement débarrassée durant mes années de divan ressurgissent tranquilou et viennent se superposer à la situation actuelle. Et si le mec qui m'avait volé me disait bon, pardon, je m'excuse, je te rend ta place, tu le mérites ? Et si le directeur disait mais enfin, Mme Kahlo est en mesure de reprendre son poste maintenant, elle le mérite... Ça réparerait les choses, sûrement.

Sauf que ça se passera pas comme ça. Et le mérite n'a rien à voir dans l'histoire. C'est à moi en tant qu'adulte de me défendre. Parce que maintenant je peux prendre soin de moi. Alors, je mords ? Bof, trop d'énergie négative dépensée pour un résultat certainement nul voire proportionnellement contraire à celui attendu. Plus une mauvaise image. Non non, ce qu'il faut, c'est transformer ce joli merdier, cette petite fosse sceptique putrescente et nauséabonde en un terreau fertile à ma reconversion, dans lequel mon nouveau projet prendra racine et se nourrira, transformant la boue en lotus. C'est mignon comme formule. Ça me plait. Ok, j'y vais.

Au fait , je fais comment ? Parce que quand même, je vous rappelle que sur l'échelle du deuil*, j'en suis au niveau... 2. Non 4. Non 3. Disons que je baigne en pleine dépression (étape 4), dont je sors occasionnellement, réveillée en sursaut par des idées machiavéliques de revanche teintées de couardise, de plans sur la comètes saupoudrés de coups-bas (étape 3 ?), assaisonnés de colère et d'indignation (étape 2), mais qu'ai-je fait pour mériter ça, pourquoi moi ?!? Et retour à l'étape 1.

Bon, filez-moi le comprimé "étape 5" qu'on en finisse, qu'on passe à autre chose, j'ai du boulot qui m'attend moi. Une seule prise. Cul-sec. Et sans effets secondaires svp.

En attendant mon ordonnance, je reste là, assise dans la salle d'attente blanche, le regard dans le vide, tentant de garder le contact avec mon souffle qui me berce et me rassure.

17/06/2016

http://www.stephanebouillet.com/

*Elisabeth Kübler-Ross a élaboré un modèle : il s'agit d'un cycle théorique du deuil composé de cinq étapes :
1. Choc, déni : cette courte phase du deuil survient lorsqu'on apprend la perte. La personne refuse d'y croire. C'est une période plus ou moins intense où les émotions semblent pratiquement absentes. La personne affectée peut s'évanouir et peut même vomir sans en être consciente. C'est en quittant ce court stade du deuil que la réalité de la perte s'installe.
2. Colère : phase caractérisée par un sentiment de colère face à la perte. La culpabilité peut s'installer dans certains cas. Période de questionnements.
3. Marchandage : phase faite de négociations, chantages…
4. Dépression : phase plus ou moins longue du processus de deuil qui est caractérisée par une grande tristesse, des remises en question, de la détresse. Les endeuillés dans cette phase ont parfois l'impression qu'ils ne termineront jamais leur deuil car ils ont vécu une grande gamme d'émotions et la tristesse est grande.
5. Acceptation : Dernière étape du deuil où l'endeuillé reprend du mieux. La réalité de la perte est beaucoup plus comprise et acceptée. L'endeuillé peut encore ressentir de la tristesse, mais il a retrouvé son plein fonctionnement. Il a aussi réorganisé sa vie en fonction de la perte.

Les cinq phases ci-dessus peuvent être linéaires mais il arrive souvent qu'un endeuillé puisse faire des retours en arrière avant de recommencer à avancer.

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