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L'homme et le djihadiste

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L’Homme était à genoux, tête baissée dans sa combinaison orange à demi conscient de vivre ses derniers instants. A ses côtés, debout, le visage haut et fier, le Djihadiste tenait dans sa main droite, un sabre dont la pointe reflétait la lumière. Tout autour, en silence, des hommes armés assistaient à la scène. Une odeur de sacralité recouvrait ce jour là, la pleine de Ninive.

Un haut parleur avait été déposé aux pieds du condamné, selon sa dernière volonté.

Hiératique, le Djihadiste fit un signe de la tête. Soudain, surgit du néant, l’adagio du deuxième concerto de Rachmaninov emplit l’atmosphère. Les violons d’abord, tout doucement, comme une marche céleste, puis le violoncelle et enfin la douceur infinie d’un piano sorti des entrailles de la terre. L’honneur et la foi avaient eu raison de toutes les déraisons : la musique du « mécréant » s’invitait à la table de cette cérémonie funeste et macabre. L’Homme leva la tête, au ralenti, comme un drogué à l’échafaud, tout enveloppé de ces accords qui montaient en lui, la bouche ouverte, le regard extatique, les larmes enfouies en deça de lui même. Immobile et fermé, le Djihadiste ressemblait à une statue de pierre ancrée de certitudes. La musique semblait glisser sur lui, sans jamais l’atteindre, maître suprême de toutes ses émotions, divines où impies. Le concerto planait au dessus des têtes comme une colombe de fortune avec ses accents de romance emprunts d’enfance. Il rappelait les hommes, sans les juger à toutes leurs vérités, à toutes leurs impuissances, à toutes leurs folies, à tous leurs manquements. Le piano était là pour apaiser les âmes, raviver l’Espérance, combler le vide d’une nostalgie jamais tout à fait guérie. Le Hautbois les prenaient par la main dans un geste ultime de consolation et de protection. A la sixième minute très exactement alors que l’orchestre s’emballait dans une course effrénée, l’Homme poussa un grand cri qui déchira le Ciel. Le Djihadiste baissa la tête. Les deux regards se croisèrent enfin, un long moment, dans une confrontation presqu’irréelle, hors du temps. Celui de l’Homme, interrogateur, celui du combattant, imprécateur.

Et c’est alors que l’insensé se produisit. Tandis que la musique finissait sa course avec calme et mesure, le visage de l’Homme s’éclaira d’un sourire quasi mystique : une larme lourde et ronde roulait sur la peau sombre du combattant. Désarmé dans toute sa nudité, un éclair de fureur au fond des yeux, le Djihadiste leva alors sa main puissante et souple qui s’abattit, en un éclair sur le l’Homme martyr et vainqueur.

Au même moment, là-Haut, tout là-Haut, Rachmaninov en pleurs, hurlait de rire…

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