ma langue à moi

Ce texte a été écrit en russe puis traduit en français. J’ai utilisé Perplexity AI comme outil de traduction. L’image a été prise par moi-même au Musée des Beaux-Arts de Lyon.
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un an de plus, non
un an de lumière de biais sur le carrelage.
je me suis levé avant l’aube, ou je n’ai pas dormi,
je ne sais plus,
la nuit remuait encore ses vieux os dans la cour.
il était là, le petit prédateur doux,
ce seigneur de rien du tout qui m'évite.
je me suis assis à sa distance,
dans le respect de sa frontière sauvage,
et par l'interstice d'un de ses regards
je suis tombé dans les fissures.
j’ai vu la terre natale s’ouvrir en deux comme une blessure
grasse.
le vieux sol de Colchide où des frères au même sang,
le même dieu à la bouche,
se trucident deux fois dans la boue.
trois fois le peuple a hurlé dans les rues,
trois révolutions menées par des ficelles venues d’ailleurs,
l'histoire écrite avec des mains sales.
au milieu du chaos, j'ai ramassé la langue de l’ours,
ce russe que le monde vomit,
je l'ai cachée sous ma langue à moi,
comme une hostie sacrée que les porcs ne piétineront pas.
puis l'image tourne,
elle saigne du nez, elle sent l’héroïne.
mon premier amour récite du Frost dans le froid d'une piaule
avant de glisser dans le grand sac de toile froide où les cris ne portent plus.
elle y est restée.
moi, j’ai bouffé deux ans de solitude dans les neiges du nord,
à mâcher les mots des vikings pour ne pas crever.
j’ai aimé au-delà des poumons,
j'ai marché au cœur des gaules comme un spectre pendant
cinq ans,
trois fois la mort m’a pris le pouls,
trois fois je l'ai renvoyée chier.
j’ai enterré trop de visages pour chiffrer une main tendue.
alors j'ai cherché. j'ai tout pillé, tout seul.
dans le ventre de la théologie,
dans les défaillances de la psyché,
dans le squelette des chiffres et l’encre des lettres.
j'ai appris à mordre la nuit pour qu'elle crache sa clarté,
et j'en porte l'orgueil comme une armure.
aujourd'hui, la coupe est pleine, j'ai tout goûté,
le miel et le sang.
et je n'ai qu'un genou à terre,
devant elle.
ma muse. celle qui me suit depuis le temps d’Ibérie.
celle qui a inventé le jus de la vigne pour consoler les hommes,
celle qui a couché ses gosses morts dans la terre avec les
loups gris,
qui a tranché la gorge des lâches,
qui a vu passer tant de bottes étrangères sur son flanc de
cailloux,
ce tout petit morceau de roche qui n'a jamais lâché
sa croix de vigne liée par des cheveux de femme.
elle n'a jamais fait la pute pour des miettes de gloire,
jamais vendu sa superbe aux marchands du temple.
je la vénère.
je crache mon sang et je ris aux éclats avec elle.
si la roue devait tourner en arrière,
je reprendrais le même chemin de ronces.
la même vie. à l’infini.
fidèle à la trajectoire de ma propre ombre.
et je redirais ses derniers mots, avant le grand trou noir :
on ne s’échappe qu’en allant droit au travers.*
— Dato
*La citation, empruntée à Robert Frost (A Servant to Servants).
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Commentaires (2)
Line Marsan il y a 6 minutes
Magnifique poésie brute, pleine de ronces et de sang.
David Chkhaidze il y a 3 minutes
c'est mon anniversaire 🙏🏻
Homme Du Nord il y a 2 heures
cette poésie brute qui transite deux langues me touche parce qu’elle garde le goût du terroir où elle est née
David Chkhaidze il y a 3 minutes
Merci beaucoup