Auriez-vous été victime de la Folle de la Muette ?
Lentement, sur ma corde de funambule, j'ai fait demi-tour, toisant le vide avec quelque appréhension. Je progressais sur l'allée semée de sable avec circonspection, jetant parfois, un rapide regard par-dessus mon épaule. Déjà vous n'étiez plus qu'une vague ligne de fuite s'immolant dans une nuit sans fond. Au sortir du couvert des arbres un homme fumait, appuyé sur le pommeau d'une canne. S'apercevant sans doute de mon trouble et surpris par mon teint livide - je devais ressembler au masque du mime - il me dit, s'éclaircissant la voix :
"Monsieur, je vous vois bien troublé. Auriez-vous été victime de la Folle de la Muette ? C'est l'heure où elle attend ses victimes. Voyez-vous, ces temps-ci, des hommes, jeunes comme vous, disparaissent du côté du Pavillon de Chasse et, plus jamais l'on ne retrouve leur trace. Ah, il s'en passe des choses étranges, dans ce pays ! Mais hâtez-vous de regagner votre logis avant qu'elle ne se ravise. Sans doute vous a-t-elle pris en affection. Au moins provisoirement ! Bonsoir, Monsieur."
Les mots du vieil homme résonnaient encore dans l'enceinte meurtrie de ma tête lorsque, débouchant de la rue de la Muette, j'arrivais en vue de la gare.
"Tout d’un coup, une lumière étrange se
projeta sur la route, et je me retournai pour voir
d’où pouvait jaillir une lueur si singulière, car je
n’avais derrière moi que le vaste château avec
toutes ses ombres."
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