Mercredi 25 mars 2026
Aujourd’hui, c’est ton anniversaire. Pour l’occasion le vent a soufflé fort, à pleins poumons, et ça faisait comme un long gémissement plaintif dans l’air, un cri de douleur déchirant venu d’on ne sait où. C’est ton anniversaire et j’aurais aimé pouvoir te retrouver quelque part pour le fêter à tes côtés, sur une plage, dans un restaurant ou un jardin, n’importe quel lieu aurait fait l’affaire pourvu que l’on soit ensemble. On aurait mis de la musique, un peu, on aurait ri beaucoup, on aurait parlé jusqu’à ce que le soir nous recouvre et que le sommeil commence à peser sur nos paupières. C’est ton anniversaire et les images de nous deux me reviennent, une vague après l’autre, composant dans ma tête un film étrange, parfois saccadé, souvent muet. Dans ce scénario-là tu tiens évidemment le premier rôle et la lumière semble n’exister que pour t’éclairer toi, le reste du monde paraît fade en comparaison et l’on ne peut te quitter des yeux. Moi, en tout cas, je ne peux pas. C’est ton anniversaire et me revient le souvenir de ce rêve dans lequel tu prenais toute la place, des plumes turquoise et rose dans tes cheveux longs qui dansaient sous une brise légère et de ce sentiment de paix immense, irréel, qui m’avait emplie en te retrouvant ainsi cachée dans un coin de mes nuits. Je n’ai plus jamais vraiment rêvé de toi, depuis. C’est ton anniversaire et à l’intérieur de moi, tout est mélangé. La certitude d’avoir vécu auprès de toi quelque chose de rare, d’exceptionnel, cohabite avec la tristesse insondable, les regrets et la colère. C’est ton anniversaire et c’est déjà le dixième que tu ne fêteras pas, un compte rond comme celui que l’on venait de célébrer pour toi lorsque tu nous as été arrachée. Encore deux anniversaires, les miens cette fois, et j’aurai le même âge que toi. Dans trois je serai plus âgée que tu ne l’auras jamais été et ça ne fait aucun sens, bien sûr, c’est une aberration numérique inexplicable, un problème mathématique insolvable. C’est ton anniversaire et depuis longtemps déjà, j’ai perdu le son de ta voix dans un recoin de ma mémoire. J’ai soulevé chaque souvenir, fouillé les moindres recoins de mon cerveau, de mon téléphone et de mon ordinateur, et puis j’ai dû me rendre à l’évidence, accepter de renoncer pour de bon à la petite musique de ton âme. J’aurais dû te filmer, t’enregistrer, te photographier sans relâche, amasser compulsivement des traces tangibles pour palier à l’hypothétique absence, mais alors il aurait fallu composer avec l’idée d’un monde qui tournerait sans toi, et je n’avais pas cette force-là. C’est ton anniversaire et le temps va continuer à filer, indécent, et entre deux sanglots je me demande ce qu’il trouvera encore le moyen de soustraire à mes souvenirs, après ta voix et après ton rire.
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E C Wallas 2 hours ago
Il y a les « Tu me manques », et il y a la poésie.
L’avantage du premier, c’est d’oser exprimer rapidement le poids d’une absence.
La force du second, et de ce texte, c’est d’arracher des émotions et de les mettre sur papier.
Très beau texte.