6 janvier 2026
6 janvier 2026
Il m’arrive parfois, à la faveur d’une date particulière, de me demander où est passé le temps et ce que j’ai bien pu en faire. Je jette alors un œil dans mon rétroviseur intérieur mais le reflet ne porte que sur les derniers kilomètres parcourus. Loin derrière moi, l’horizon avale la route à mesure qu’elle avance, et les années écoulées disparaissent peu à peu. Si toutefois, quelque part en chemin, j’ai construit quelque chose de suffisamment grand, alors je l’aperçois encore longtemps après l’avoir dépassé, mais ces choses-là sont rares. Pour toutes les autres, il me reste ma mémoire et ce qu’elle contient de souvenirs grappillés au fil du temps, d’images aux couleurs un peu ternies, d’odeurs et de sensations, d’émotions aussi. Aujourd’hui, lorsque je regarde en arrière, je suis d’abord envahie par la désagréable impression de n’avoir rien fait, d’avoir laissé le temps filer, d’avoir trop attendu, d’être en retard ou de m’être perdue. Si je convoque ma mémoire, pourtant, et que je laisse à mes yeux le délai nécessaire, soudain ma vision se précise. Le temps a certes poursuivi sa course, mais moi aussi. A ses côtés, j’ai démêlé mes chagrins et grandi un pas après l’autre. J’ai passé de longs moments sur les bancs de l’école, assimilé des tas d’informations, commencé à déconstruire ce que je croyais savoir et laissé derrière moi un certain nombre d’idées, de jugements et de préjugés. J’ai découvert comment être plus douce avec les autres comme avec moi-même, à me laisser surprendre, à me bagarrer fort pour les choses qui comptent le plus à mes yeux et à rester tranquille, un peu. J’ai rencontré toute une panoplie de gens, de ceux qui m’ont nourrie et de ceux qui m’ont abîmée, je suis partie mille fois et mille fois je suis restée, j’ai appris à reconnaître lorsque je m’étais trompée. J’ai été déçue mais j’ai espéré au moins autant, j’ai cherché la mer toujours et crié dans le vent. Et puis parfois, dans des instants de grâce que je chéris comme des trésors, j’ai senti que j’étais exactement là où je devais être, parmi eux, alors le temps a suspendu son vol, rien qu’un peu.
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