Mercredi 21 janvier 2026
Mercredi 21 janvier 2026
Du temps où nous avancions côté à côté, nous n’avons jamais vraiment envisagé la possibilité qu’un jour, peut-être, il nous faudrait existait séparément. Si nous l’avions fait, les choses seraient sans doute moins difficiles désormais. Nous aurions pu trouver un accord, tracer des frontières claires et dessiner ensemble les contours de chacun de nos territoires. Je t’ai abandonné toutes les personnes que tu m’avais présentées, bien sûr, et quelques autres encore, mais le reste demeure une énigme. Chaque jour ou presque, une nouvelle question surgit sans que je parvienne à la résoudre. J’aimerais savoir ce que je suis censée faire des lieux où tu m’as emmenée et que j’ai aimés au moins autant que toi, des images regardées à deux, des livres que j’ai placés dans tes mains, des espaces où tu as respiré avec moi et des chagrins que j’ai blottis dans tes bras. Je voudrais qu’on me dise à qui reviennent les parties de mon corps dont j’ai besoin pour fonctionner mais que tu as colonisées, qu’on me débarrasse pour de bon de l’empreinte de ton corps sur mon lit et que les murs de ma maison cessent de fredonner tes chansons. J’ai peur de te croiser au coin d’une rue, dans un magasin ou dans un café, du hasard ou du mauvais sort qui pourrait décider de laisser nos chemins se frôler à nouveau, de la manière dont tu me regarderais ou ferais semblant de ne pas me voir, de ce qu’on choisirait de se dire ou de taire, de tes larmes, de tes reproches et de ta colère, alors pour éviter ça je réduis mon périmètre d’existence et obstinément, je respecte ton silence. Je m’interdis les endroits que tu fréquentais, pour te permettre de m’oublier.
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