Vendredi 27 mars 2026
Je n’ai attendu personne autant que toi, je crois, nourrissant l’espoir fou qu’un jour, enfin, tu ressemblerais au moins un peu à celle dont j’avais besoin. Tandis que je patientais, j’ai rencontré des tas de femmes qui voyaient ça au premier coup d’œil, le trou béant que tu avais laissé sous ma peau et l’absence que je traînais derrière moi, lourde, lourde, lourde. Si elle avait été seule, l’absence aurait eu le mérite d’ouvrir d’autres possibles, de me laisser la liberté de trouver de nouvelles sources pour la combler, mais il y avait la haine aussi, un flot continu pour me rappeler sans cesse que je n’étais bonne à rien et surtout pas à aimer, un truc insidieux qui me décourageait de me laisser approcher. A vouloir prendre soin de moi, les bonnes âmes se trompaient forcément, imaginant de la lumière quand je n’étais qu’obscurité et salissure, refusant d’admettre à quel point j’étais mauvaise. Pour me laisser chérir il aurait fallu te donner tort, remettre le monde à l’endroit et nommer ce qui se jouait là, inventer des mots dont j’ignorais l’existence, relire toute l’histoire depuis l’enfance. Et puis soudain, alors que l’enfance était déjà loin, l’amour a fichu le camp et l’espoir s’est éteint, presque sans prévenir. A force de larmes et de phrases mal fagotées, à force d’oreilles pour les écouter, j’ai découvert qu’il n’y avait rien à gagner et rien à conquérir, que ton sol était simplement trop pauvre pour me permettre de fleurir. Je me suis échappée et j’ai poussé d’un coup, ailleurs, verte et tendre mais robuste, capable de nourrir ceux qui sont de passage et ceux qui choisissent de rester, ceux qui débarquent par hasard et ceux que j’ai invités. Lorsque le temps est à l’orage le vent me fait encore vaciller, la faute à mes racines frêles et rabougries, mais faute de toi j’ai toute une armée de tuteurs disposés à me soutenir, une collection invraisemblable de gens qui m’aiment et d’amis prodigieux pour m’aider à grandir.
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