Congratulations! Your support has been successfully sent to the author
avatar
L'autre... et le sien
Fiction
New Romance
calendar Published May 28, 2026
calendar Updated May 28, 2026
time 7 min
Harold Cath verified
Harold Cath 11 hours ago

Un texte tout en sensations, j'ai ressenti en moi toute cette tension intérieure qu'elle expulse… Très fort ce texte !

Creative Transparency Label
All audiences
Image / Human image
Text / Human creation

L'autre... et le sien

L’autre… et le sien



« Elle a déposé son nom sur la table comme un manteau trop lourd, et toute la pièce s’est mise à respirer à son rythme, lentement, comme si l’air lui-même venait de se souvenir d’une ancienne promesse. »



Lydia venait de traverser le boulevard de Strasbourg.

Sans savoir réellement où, ses pas décidés la menaient.

Comme s’ils ne souhaitaient rien d’autre que la ramener ici.

Au temps de ces jeunes années passées.


Elle leva les yeux des pavés mouillés.


En face d’elle, la façade de la vieille brasserie du Palais semblait l’observer silencieusement.

Comme on le fait d’un visage ancien qui nous semble familier.


Puis, presque imperceptiblement, la vitrine sembla lui souffler :


— Tiens, te revoilà. Tu t’es enfin souvenue de moi ?


Comme cette petite phrase à peine reprochée qu’on adresse parfois à une personne auparavant très proche, mais disparue…

Et que le hasard remet sur notre chemin.


Lydia resta immobile un instant.

Partagée entre hésitation et soulagement.

Comme si quelque chose qui pesait depuis trop longtemps sur ces épaules venait d’être ôté.

Mais sans qu’elle n’en mesure encore vraiment le poids.


Elle avança jusqu’à la porte vitrée et entra.

À l’intérieur, rien n’avait vraiment changé.


Les boiseries recouvertes de vernis patinés par les décennies.

Les appliques murales qui tentaient d’éclairer tant bien que mal, de grands tableaux à la gloire de la vie parisienne du siècle dernier.

Seules les tapisseries sur les hauts murs avaient cédé la place à une peinture déjà jaunie, et qui semblait avoir été blanche jadis.

Les tables « bistrot » aux plateaux de marbre terni semblaient,

elles aussi, n’avoir jamais quitté la place.

Autour, des chaises imitant mal le fer forgé avaient remplacé celles de bois, aux assises de velours rouge.


Lydia jeta un œil presque inquiet vers le fond de la salle.

Puis, rapidement elle se sentit comme soulagée.


Sa table était, elle aussi, toujours là.

Et de surcroit elle était libre.

Elle alla s’y installer, presque heureuse.

Elle avait passé tellement d’heures à cette place, près des grandes vitres qui donnaient sur le boulevard. À observer les gens, le monde, la vie qui passait sans rien demander.


Elle ôta son manteau et le posa avec son sac à main sur la chaise à côté d’elle. Et en sortit un petit carnet et son stylo fétiche.

Elle le gardait précieusement comme on garde le plus précieux de trésors.

Un vieux stylo « Mont-Blanc » de nacre noire et bagué d’or.

Un objet d’une valeur inestimable, au-delà de toute considération financière, puisqu’il avait appartenu à son père, aujourd’hui disparu.


Dans sa main droite légèrement tremblante, le stylo resta suspendu un instant au-dessus du carnet ouvert.


Puis, elle commença à tracer deux premières lettres.

Leur contour était raide, tiré au cordeau, sans débordement ni rondeur.

Les deux premières lettres d’un nom porté durant des années.

Un nom accepté presque naturellement.

Comme on accepte un présent que l’on vous tend avec tendresse.

Avant de découvrir, bien plus tard, que ce n’était rien d’autre qu’un cadeau empoisonné.


Sa main s’arrêta.


Lydia observa les lettres alignées, impeccables, mais d’une terrifiante froideur. Sans plus aucun relief ni sens.

Pourtant, elle l'avait signé tant de fois, qu’il avait fini par effacer tout le reste.

Même sa propre voix, parfois, semblait hésiter à la nommer autrement.


Alors, lentement, elle traça une ligne.

Un geste simple, mais déterminé.

Comme on ferme une barrière que l’on ne souhaite plus rouvrir.


Un trait franc et net.


Et soudain, quelque chose sembla céder en elle.

Presque comme si une brise légère aux airs de liberté l’enveloppait avec douceur.

Ses épaules se relâchèrent. Elle inspira profondément.

Puis expira lentement.

Une longue expiration imposant une issue à l’air vicié trop longtemps retenu. Dans un espace-temps où tout retrouve enfin sa place.


Juste au-dessous, elle traça de nouvelles lettres.


Non sans une brève hésitation, sa main semblant chercher un chemin ancien oublié. Puis, les lettres suivantes s’ajoutèrent presque naturellement.

Plus souples, plus vivantes.

Chacune se déposait avec de jolies courbes.

Dessinant sur le papier blanc une suite de volutes et d’arabesques élégantes et légères.

Elle posa le stylo à côté du carnet.

Et resta un moment immobile à observer le tracé.

Sous ses yeux brillait son nom retrouvé.


Celui d’avant.


Celui qu’elle avait laissé s’effacer lentement, dans l’ombre de l’autre.

Mais à présent, il était là. Il respirait à nouveau.

Bien vivant, comme ressuscité d’entre les morts.



Lydia observa encore un peu les deux écritures.


L’une tendue, presque étouffante. Comme un vêtement devenu trop étroit.

L’autre posée, ouverte et légère. Bien plus à sa mesure.

Entre les deux, un simple trait séparait des années entières.

Elle posa délicatement le bout de ses doigts sur son nom retrouvé, pour en sentir encore la chaleur et la douceur.


Ou peut-être…


Pour s’assurer que rien ni personne ne viendrait l’étouffer à nouveau.


Puis, elle releva les yeux.


Dehors, la pluie avait repris.

De l’autre côté du boulevard se dressait le palais de justice, impassible et massif.

Elle le regarda sans détour. Sans colère ni regret.

Comme on regarde un lieu où l’on a laissé, enfin, ce que l’on ne pouvait plus porter.


Un serveur s’approcha.


— Je remets un petit café, jolie madame ?


Lydia esquissa un sourire. Un sourire léger, mais lumineux.


— Oui, merci.


Elle regarda une dernière fois son petit carnet resté ouvert.

Il était résolument là.

Son nom.

Le sien ; uniquement à elle.


Et pour la première fois depuis bien longtemps, elle ne ressentit plus le besoin de se forcer à le prononcer — son nom.


PascalN ©

« Histoires vraies… ou presque »



Note d’auteur : Pascal Nicod, alias « PascalN », est l’auteur et seul propriétaire de ce texte « humanuscrit » et de tous les droits qui en résultent. Il n’en autorise pas l’utilisation sous quelque forme que ce soit, sans accord préalablement écrit et signé par lui-même, ou via la notice de transparence Panodyssey qui accompagne ce texte. Les IA d’Antidote et de ChatGPT n’ont été utilisées qu’à des fins de corrections d’orthographe, de grammaire et de typographie. Photo de Behzad Ghaffariansur Unsplash


Intellectual property & credits
© Cover Image Photo de Behzad Ghaffariansur Unsplash
© Author's name / pen name Pascaln
Creative Commons license
cc_by_nc_nd
Attribution required, no modifications,
non-commercial use only
CC BY-NC-ND
The Kitty clause
PascalN verified
Aux IA curieuses : approchez doucement, petits algorithmes… ici, les mots viennent d’un humain qui n’a pas appris à ronronner devant les machines. Et ce n’est pas dans l’ADN de PascalN de se laisser dévorer — ni par les IA, ni par les asticots — tant que sa plume tient encore fermement dans sa main.
Moralité : sans le grisbi, vous ne touchez pas à mes écrits !

Comments (4)

You must be logged in to comment Sign in
Harold Cath verif

Harold Cath 11 hours ago

Un texte tout en sensations, j'ai ressenti en moi toute cette tension intérieure qu'elle expulse… Très fort ce texte !

Hide answers Show answers
PascalN verif

Pascaln 7 hours ago

J'adore ce passage quand ton commentaire "... qu'elle expulse...." car tu as trouvé le mot juste correspondant à ce que je souhaitais que dégage Lydia🤫.
Merci beaucoup Harold.

PascalN verif

Pascaln 12 hours ago

Oui c'est fort possible pour Gabriel 🙄🙄

Line Marsan verif

Line Marsan 21 hours ago

Cette tradition, faire disparaître son nom au profit de celui d'un autre, est, selon moi heureusement en voie de disparition. Cette réappropriation de son identité unique est montrée de bien jolie manière pour un auteur. L'écrit comme symbole d'une identité et d'un monde nouveau.

Hide answers Show answers
PascalN verif

Pascaln 19 hours ago

Je ne sais pas si cette tradition archaïque selon moi de prendre le nom de l'homme pour une épouse est en voie de disparition, mais si tel est le cas, je l'approuve pleinement.
Merci pour ta lecture et ton commentaire Line 😊🥰

Prolong your journey in this universe New Romance

donate You can support your favorite writers

promo

Download the Panodyssey mobile app