pollution des sols
Hier soir, lundi 4 mai 2026, zapping immanquable sur les programmes télés.
Grand hasard, un sujet qui m’intéresse sur France5 : «"Sur le front" : Mon jardin est-il pollué ? lundi 4 mai 2026 sur France 5 » (article sur coulissesTV).
Reportage très instructif…...sur le moment.
Car après coup, je l’ai trouvé SUPERFICIEL.
Comment ces journalistes d’investigation peuvent-ils construire un reportage sur un sujet hyper important pour la population et le cantonner à un niveau de découverte pour CP !
J’ai de suite pensé à ma lecture en 2016 du livre « Atlas de la France Toxique » que j’ai bien évidemment commenté ici.
Le reportage ne fait jamais allusion à ce livre.
Et je tiens à rajouter que ce reportage aurait pu révéler bien d’autres sites.
J’en connais personnellement trois totalement spécifiques, tous les trois à Toulouse.
1 l’ancienne cartoucherie, entre le quartier Saint-Cyprien où je suis né et l’hôpital Purpan. Quand j’étais adolescent, je passais souvent devant et mon frère aîné y a même travaillé quelques mois. Mais comme Toulouse s’étendait beaucoup dans les années 70, le site du GIAT a dû diminuer fortement ses activités et a totalement fermé en 2005 ; je pense que pendant les dix dernières années l’activité était symbolique. Ce site pollué par les activités militaires de fabrication d’armes de guerre (balles, obus…) est resté en friche presque quarante ans. J’ai quitté Toulouse au début des années 80 pour la région parisienne où j’ai vraiment commencé ma carrière professionnelle. Je suis revenu à Toulouse en 2003, et j’ai vu avec enthousiasme, après 2005 et la fermeture officielle, « fleurir » un projet municipal de transformer cet ancien site pollué en un projet d’écoquartier révolutionnaire et exemplaire. Je me souviens avoir suivi ce projet de près en étant impliqué dans l’Agenda21 de Toulouse. Le site Oppidéa ne le dit pas mais j’ai su que l’obligation de dépollution, label visé d’éco-quartier, s’est transformée de trois mois et un budget de 200000€ en 18 mois et prix multiplié par 10. Touléco s’est fait l’écho de certaines de ces difficultés et surprises. Je reste persuadé qu’en fonction des impératifs financiers que la dépollution s’est « faite à l’arrache ». Je plains les habitants qui ont cru à ce projet et ont acheté leur logement. Peut-être que dans moins d’une dizaine d’année, ils vivront les mêmes mésaventures que les habitants du reportage de France5.
2 l’ancien site de l’ONIA, devenu AZF et explosé/détruit lors de la catastrophe fin septembre 2001. Concernant sa dépollution, j’ai eu en 2008 une conversation avec un proche voisin dans le quartier des Carmes où j’habitais. Il était chef d’équipe sur le chantier de dépollution d’AZF et des alentours. Il venait du nord de la France, au début pour un contrat de moins d’un an. Il était là depuis 6 mois et il avait compris que cela risquait de durer plus de trois ans. On a discuté pollution parce qu’un restaurant proche de nos logements nous incommodait fortement. Ce monsieur a surtout voulu m’alerter quand il a su que j’étais membre du comité de suivi de l’Agenda21. Hormis le site d’AZF où il estimait, en bon professionnel, qu’il fallait excaver une épaisseur de dix mètres de terres là où le projet, financier, en prévoyait trois, on lui avait demandé par simple « acquis de conscience » de faire des analyses des sols d’un lycée qui se trouvait à moins de 200 mètres, de l’autre coté de la rocade-périphérique. Ce lycée avait subit des dégâts lors de l’explosion AZF et devait obtenir des réparations sérieuses de sa toiture pour remplacer les replâtrages de fortune. L’ingénieur dépollution avait constaté avec horreur que les sols et sous-sols du lycée étaient au moins autant pollués que le site AZF. Il m’alertait parce que sa hiérarchie et les officiels ne voulaient pas en entendre parler, aucune dépollution du lycée n’était envisageable ! J’en ai parlé à un responsable municipal du comité de suivi de l’Agenda21. Il m’a rétorqué que la municipalité de Toulouse ne pouvait rien faire, les lycées sont de la compétences des régions. Et comme politiquement, Toulouse et la région Midi-Pyrénées étaient opposées, c’était de bonne guerre de ne pas communiquer une information importante. J’avais été estomaqué de cette composante politique. Aujourd’hui, je considère qu’il y a eu « NON ASSISTANCE À PERSONNE EN DANGER ». Sur ce site dépollué d’AZF, il y a eu la construction de l’Oncopole et de l’institut de recherche sur le cancer. Je me souviens de rumeurs au début concernant le personnel qui devait prendre possession de ces locaux flambants neufs. Il se disait que personne ne voulait venir en considérant que la pollution du sous-sol nuirait trop à leurs santés, et qu’il avait fallut tripler les salaires. Il y avait une ironie concernant la recherche sur le cancer « qui se retrouvait aux premières loges des émanations toxiques qui généraient les cancers ».
Quand on regarde le site avec GoogleEarth, on constate près de la Garonne qu'il y a un imposant parc de panneaux photovoltaïque. En fait, ils l'ont construit à l'endroit où il y avait le plus de pollution et où il était décemment impossible d'y construire un quelconque bâtiment, qu'il soit d'activité économique ou d'habitation. Les futures émanations de pollution résiduelle du sol étaient bien trop dangereuses. Et même pire ! Pour ce type d'installation, il y a forcément des techniciens pour l'installation et quelques passages pour la maintenance. Et bien, là où c'était pollué "inimaginable" et donc impossible d'y travailler ne serait-ce que quelques mois, le terrain est resté en friche (contre la rocade-périphérique). Je vous laisse imaginer l'avidité des promoteurs si cette zone était constructible et exempte de pollutions.
3 les ballastières. J’ai eu le privilège de participer en 2007 à une visite guidée du site, par les militaires, en tant que membre du comité de suivi de l’Agenda21. Ce site est « bucolique » mais inimaginablement sournois (question au Sénat en octobre 2022). J’ai constaté sur internet que le projet de dépollution approche de sa concrétisation (marché publié officiellement). Le marché est estimé à 53 millions, mais sa durée de réalisation est inconnue ! Je pense qu’il pourrait durer au moins 10 ans et son être prix multiplié par 5. Lors de la visite, parmi la vingtaine de visiteurs, sélectionnés et assermentés par les militaires, il y avait un habitant qui s’est révélé expert du chantier et du lieu, qui avait des connaissances historiques supérieures à celles des militaires et qui critiquait les déclarations des militaires concernant la pollution (il pourrait avoir contribué à cet article en 2017 avec les amis de la Terre). Il nous a dit devant tout le monde que les sondages effectués par les militaires sur la ballastière 0 (il y en a 4 numérotées de 0 à 3) auraient été spécifiquement déterminés pour ne trouver aucune trace de pollution alors qu’elle serait la ballastière la plus polluée (elle est aussi la moins accessible, la moins entretenue, la plus problématique, la plus au nord et la plus proche de la centrale hydroélectrique). Sur GoogleEarth, on ne voit que trois plans d’eau car cette ballastière 0 invisible sous la végétation a un défaut d’étanchéité et ne retient pas l’eau comme les 3 autres ballastières. Alors, elle ne contiendrait pas de nitrocellulose (explosif à l’air libre mais inoffensif maintenu sous l’eau) mais bien d’autres munitions et pollutions datant de la première guerre mondiale. Cet habitant disait être venu gamin souvent s’amuser dans ces ballastières, ainsi que son père (elles n’étaient pas protégées et interdites d’accès comme depuis les années 70). Les militaires ont expliqué avoir balisé le site quand dans les années soixante des enfants venant s’amuser en été dans les plans d’eau sortaient des caisses sous l’eau et extirpaient des bandelettes de 50 centimètres de nitrocellulose, et celles-ci en séchant au soleil explosaient aussi fortement que les tirs actuels de mortiers par les blacks blocs.
Transparence des pollutions industrielles, "faut pas rêver" ! Le reportage indiquait les pollutions des anciennes blanchisseries et autre pressings. Après l'amiante, dans 20 ans, nous aurons bien d'autres scandales à "digérer".
Bruno
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Comment (1)
Line Marsan 4 hours ago
Je ne connais pas bien les ballastières, dont j'ai souvent entendu parler.
Je boycotte l'émission Sur le Front. Car dénoncer les problèmes environnementaux sans remettre en cause le système est la specialité d'Hugo Clément. Or, implanter o'Oncopole, avec tous ces gens formidables qui soignent et essaient de sauver des vies, sur un site dépollué à la va-vite, est représentatif du cynisme du système.