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Analyse n° 3 : Noyés dans la confusion et l'épuisement
Non-fiction
Technologie
calendar Publié le 15 août 2026
calendar Mis à jour le 15 août 2026
time 11 min

C’est un cercle vicieux. Est-ce que nous avons un libre choix ?
Perso, je suis de genre à chercher des portes de sortie dans une situation critique. Alors je dirais ‘Tous aux livres’ ‘Prenez soin des petits - lisez-leurs dès le berceau’ (je suis sérieuse) ‘Per aspera ad astra’ ‘Encadrons la prolifération d’IA non réglementée’ ‘Réfléchissons 🤦🏻’ ’Tout abus de nourriture est mauvais pour votre cerveau’.
Je refuse de me faire abattre.

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Analyse n° 3 : Noyés dans la confusion et l'épuisement

"Hannah Arendt rappelait que les régimes totalitaires cherchent moins à imposer une vérité qu'à rendre impossible toute distinction entre le vrai et le faux"
(Marc-Olivier Caffier, 12/07/2026)


Dans 1984, George Orwell décrit un monde où les valeurs sont inversées jusque dans ses slogans et dans le nom de ses institutions. L'esclavage, c'est la liberté, l'ignorance est une force, le Ministère de la Paix gère la guerre et le Ministère de la Vérité se charge de la propagande, donc du mensonge. L'Histoire est réécrite en permanence selon les nécessités du jour et l'évolution des conflits externes en cours, et l'ancienne version disparaît sans laisser de traces dans un destructeur de documents éloquemment appelé "trou de mémoire". Seule subsiste à chaque instant la vérité du moment, sans jamais aucune trace qu'une autre version des faits ait pu un jour exister.


Hannah Arendt, elle, pousse sa réflexion encore un cran plus loin. Dans son analyse des régimes totalitaires (Du mensonge en politique, 1971), elle dit que leur but n'est pas d'imposer un quelconque mensonge, mais de rendre impossible de distinguer le vrai du faux, car une population qui ne peut plus savoir où est la vérité devient indifférente, donc passive, donc manipulable.


"Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n'est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit en rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d'agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce qu'il vous plaît."
(Hannah Arendt, Entretien avec Roger Herrera sur la question du totalitarisme, 1974)


Or le véritable objectif d'un régime totalitaire, selon son raisonnement, n'est pas d'imposer un système d'idées quelconque, ni même une mystique qui emporterait l'adhésion fanatique des foules – contrairement à ce qui est décrit dans 1984 – mais d'obtenir une population docile, malléable et apathique dont il puisse faire ce qu'il veut.


Ou plutôt qui accepte tout, n'importe quoi, et tout ce qu'on veut lui faire accepter, par une lassitude et un découragement qui l'amènent à l'indifférence et à la passivité. Parce que le véritable but du régime en question n'est pas à proprement parler de "faire quelque chose", quoi que ce soit, de sa population – à part peut-être une réserve de main-d'œuvre corvéable à merci, un marché où écouler ses produits pour faire vivre les capitaines d'industrie, ou bien, en cas de nécessité, de la chair à canon – mais surtout de s'assurer qu'elle ne s'oppose pas au statu quo et qu'elle laisse ses bénéficiaires continuer d'en profiter en paix. Le meilleur moyen d'y arriver, c'est de lui retirer toute envie de changer quoi que ce soit et toute motivation d'offrir la moindre résistance à l'état présent des choses. "Dites ce que vous voulez, faites ce que vous voulez, de toute façon on s'en moque." "Parce que de toute façon, même si on ne s'en moque pas, ça ne changera rien et nous le savons très bien, vous trouvez quand même toujours un moyen de faire ce que vous voulez même si nous, on ne veut pas – et puis comment savoir ce qui est vrai dans tout ce qu'on nous raconte. Nous savons très bien que vous nous mentez, mais la vérité, nous ne la saurons jamais, alors à quoi bon ?" C'est ça, l'attitude qu'un régime totalitaire attend du plus gros de sa population. Qu'ils en arrivent à se dire, et à lui dire : "Ça nous est égal". Pas "nous sommes d'accord", il n'en demande pas autant – et il est probablement assez lucide aussi pour savoir que ça, il ne l'obtiendra jamais – mais "ça nous est égal". Indifférence, passivité et résignation. Ça lui suffit largement pour pouvoir agir à sa guise.


Qui n'a pas déjà entendu, ou tenu soi-même, ce genre de discours au moins une fois, dans notre monde saturé de fake news ? dans lequel celui-là même qui a inventé le terme est le premier à en produire à la chaîne ?


Alors, non, certes, dans nos pays d'Europe, dans les Amériques, en Australie, au Japon, en Inde et dans d'autres pays, on ne vit pas encore directement sous régime totalitaire. Mais on ne peut guère ignorer les chiquenaudes et autres pressions qui orientent les populations vers la passivité et l'indifférence. En dehors d'un niveau de vie qui se réduit et de conditions de travail de plus en plus épuisantes qui se dégradent continuellement, on voit bien cette atmosphère de divertissement abêtissant genre "du pain et des jeux", on voit bien l'incitation à un consumérisme aggravé dont personne ne voit qu'il est une des grandes causes de la dégradation des conditions de vie et de travail (puisqu'il faut gagner de plus en plus pour pouvoir consommer de plus en plus et que pour y arriver, il faut travailler de plus en plus en prestant heures supplémentaires et autres services gratuits pour des employeurs qui demandent à de moins en moins de monde d'en faire de plus en plus parce que les ressources humaines, ça leur coûte trop cher, ça grève leurs prix de vente, ça diminue leur chiffre d'affaires face à une concurrence qui vend moins cher et ça rogne leurs profits – ou alors on consomme allègrement des produits fabriqués dans des usines délocalisées vers des pays à bas coûts salariaux, alimentant ainsi la spirale d'exploitation même que l'on dénonce, pour pouvoir "consommer comme un riche"), on voit bien cette atmosphère générale de désinformation et la polarisation qui en résulte parce que les gens ont besoin de simplisme comme d'eau dans le désert pour échapper à la complexité grandissante du monde, qui leur échappe et qu'ils ne maîtrisent plus.


Ce qui se passe, c'est qu'à force de conditions de vie qui n'arrêtent pas de se dégrader, le gros de la population n'a plus les ressources en temps et en énergie pour s'intéresser à l'évolution de la société, encore moins pour vouloir y participer, et pas même pour se consacrer à des divertissements de qualité. Je me souviens des confidences que nous avait faites un jour à l'université un assistant de cours d'allemand (qui est aujourd'hui professeur de littérature allemande à l'université de Liège) au début des années quatre-vingt. Quand il était lui-même étudiant, il a un moment travaillé en usine pour financer ses études. Il nous a confié qu'après sa journée de travail, il était tellement épuisé que lire le Bild Zeitung représentait déjà pour lui un effort intellectuel énorme. Pour situer le niveau, Bild Zeitung, c'est un journal à sensation d'un niveau encore inférieur à Gala, Voici ou France Dimanche, ou au Daily Mail outre-Manche. Si pour un futur professeur d'université, la lecture d'une feuille de chou à sensation représentait déjà un effort intellectuel énorme après une journée de travail en usine, comment s'étonner que des gens ordinaires se contentent de divertissements de très faible qualité en ayant à peine la force de s'y consacrer pour se détendre ? d'autant plus avec un niveau d'études dont tout le monde s'accorde à dire qu'il n'arrête pas de baisser ?... Comment s'étonner que noyés sous un tsunami de fake news déjà suffisant pour sidérer des spécialistes en la matière bien plus avertis, ils en viennent à renoncer à faire usage de leur esprit critique et préfèrent abdiquer toute velléité d'opposition ? Comment ne pas comprendre qu'ils préfèrent se détendre avec des émissions et jeux certes "bêbêtes" mais qui au moins "ne leur prennent pas la tête" après une journée de travail passée dans les soucis suivie d'une seconde journée à la maison passée à tenter de se maintenir à jour dans les tâches domestiques et les devoirs des enfants ? Comment ne pas comprendre que consommer est pour eux la seule chose qui les console de cette existence et qui lui donne un sens ?


Cette population à qui on a promis la richesse pour tous est piégée par le consumérisme dans un véritable esclavage moderne. Et la situation en la matière est encore pire aux États-Unis, dont le système social ne vaut guère mieux qu'une couverture à trous et où les deux parents d'une famille nucléaire doivent jongler chacun avec deux emplois au lieu d'un seul rien que pour arriver à boucler leurs fins de mois. Et ici en Europe, on trouve des entrepreneurs pour admirer ce système sous prétexte qu'il forme des battants, des optimistes qui ne comptent que sur eux-mêmes et pas sur le système (c'est-à-dire sur les autres) et qu'il rend chaque travailleur acteur de sa propre vie – là où en Europe, nous n'aurions que des fraudeurs sociaux passifs, dépressifs, délinquants à la limite, et des "cassos". Que chacun se fasse son opinion...


Un régime totalitaire en gestation ne peut que se réjouir d'une population dont l'épuisement et l'absence de perspective d'avenir éteignent toute flamme et toute velléité de construire elle-même son propre destin – parce qu'elle n'en est plus à vivre, mais à tenter de survivre, et qu'elle ne peut pas se permettre le luxe de construire demain alors qu'aujourd'hui n'est même pas assuré.


Crédit image : © Fritz Lang, "Metropolis"


© Jackie H, 2026

Tous droits réservés selon toutes législations et conventions nationales et internationales en vigueur, qu'il s'agisse d'individus humains, d'organisations ou d'intelligences artificielles

Texte entièrement rédigé par un être humain

Propriété intellectuelle et crédits
© Image de Couverture © Fritz Lang, "Metropolis"
© Texte principal Jackie H
Sources, citations, co-auteurs https://www.facebook.com/share/v/19CcLgBVzX/ – Marc-Olivier Caffier, reel sur Facebook ; George Orwell, "1984", 1948 ; Hannah Arendt, "Du mensonge en politique", 1971 ; id., Entretien avec Roger Herrera sur la question du totalitarisme, 1974 ; "du pain et des jeux" – Juvénal, Satire X, vers 81 ; https://www.lemonde.fr/emploi/article/2023/11/07/faut-il-repondre-au-desir-de-consommer-pas-cher-ou-assurer-par-des-produits-innovants-la-transition-vers-une-economie-plus-sobre_6198679_1698637.html?srsltid=AfmBOoq0mltp878XtugOonKYdB7voCe5KU39iONfCC1UXcKitzSGCxCb – Pierre-Yves Gomez, "Faut-il répondre au désir de consommer pas cher ou assurer, par des produits innovants, la transition vers une économie plus sobre ?", Le Monde, 07/11/2023
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La clause du chat
Jackie H verified
Attention les vibrisses numériques : on sniffe, on regarde, mais on ne touche pas et on ne mord pas, sinon Maman Chat donne une tape sur le museau, et la patte de Maman Chat a des griffes acérées qui peuvent faire très mal ! Si on a faim, on miaule et on demande la permission à Maman Chat d'abord 🐱 et si elle dit "non", c'est non ! Par contre, on peut ramener les copains – et les copines. S'ils sont sages et s'ils se contentent de regarder, pas de problème les chatons !

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