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Jean-David Chamboredon : «La création du Next 40 est une première étape»

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Jean-David Chamboredon, co-président de France Digitale et investisseur à succès, revient sur la création du nouvel indice dédié aux jeunes entreprises françaises prometteuses, le Next 40.

 
 
Photo prise par Victor Joly chez ISAI
 
Lors du France Digitale Day, on a appris la création du nouvel indice dédié aux start-ups françaises à haut potentiel de développement, pour représenter les entreprises innovantes du pays, le Next 40. Le Président de la République Emmanuel Macron a déclaré que les banquiers et assureurs français se sont engagés à injecter 5 milliards d'euros sur trois ans dans l'écosystème tech pour financer davantage de grosses levées de fonds pour les start-ups. Comment avez-vous réagi à la création de ce nouvel indice et aux annonces du Président ?
 
C’est une bonne initiative de mettre en avant les champions de l’écosystème. Après, on peut ne pas être d’accord avec les critères de sélection qui sont à mon avis trop fondés sur la taille des levées de fonds qui, je pense, n’est pas un critère décisif. Mais faire que ces champions soient favorisés, promus et le fait de l’étendre à plus de start-ups dans le futur me paraît être une bonne idée.
 
Concernant les annonces du Président, je pense que ça va dans le bon sens, c’est une première étape. La réalité est que les gérants d’épargne français ne connaissent pas la Tech ni le capital-risque. C’est l’occasion pour eux d'y goûter, d’aller sur une case d’actifs qui n’est pas trop risquée. Il faut que tout cela puisse se conclure par des succès pour que ces fameux gérants d’épargne y prennent goût et confiance pour augmenter la mise ensuite. Les chiffres sont absolument ridicules en France, comparés au pays anglo-saxons, en terme d’épargne consacrée à l’innovation.
 
Le montant des sommes d'argent levées est donc un critère de sélection de start-up dans cet indice du Next 40. En tant que VC, pensez-vous qu'il peut-être justifié ?
 
Ce critère a l’avantage d'être transverse, c’est-à-dire que quelque soit le modèle économique, le montant qu’on a levé est une somme, alors que si l'on prend le chiffre d’affaire, suivant les modèles économiques, cela peut être quasiment de la valeur ajoutée ou une toute petite marge brute.
 
L’inconvénient est que cela donne un message selon lequel si vous ne levez pas 100 millions d’euros, vous ne pouvez pas être un champion. Certaines entreprises ont pourtant levé peu d’argent et sont devenus des champions. Je pense notamment à Veepee qui d’ailleurs est dans la liste ou Criteo qui a levé peu d’argent et qui a créé une entreprise qui vaut aujourd’hui plusieurs milliards de dollars. Il n’y a pas de corrélation directe entre la levée de fonds et le succès ou la création de valeur. C'est à mon sens un critère discriminant. D’autres éléments comptables plus solides auraient peut-être permis de faire un classement différent. On aurait par exemple pu prendre la croissance du chiffre d’affaires ramenée au capital brûlé. On arriverait à mesurer beaucoup mieux la trajectoire d’une entreprise et sa qualité. 
 
Vous investissez au quotidien au travers de votre fonds d'investissement ISAI, quel est le critère auquel vous accordez le plus d’importance ? Qu'est-ce qui vous motive à investir dans telle ou telle entreprise ?
 
C’est l’interaction avec l’entrepreneur qui est décisive dans le fait de décider ou non d’investir. On regarde le business model, le timing, l’objet du projet et la taille du marché. Mais ce qui fait vraiment pencher la balance, c’est le fait d’avoir en face de soi un entrepreneur qui a des convictions, de l’entêtement et à la fois une capacité d’écoute.