Samedi 31 janvier 2026
Samedi 31 janvier 2026
De l’enfance, j’ai conservé mon écriture ronde et attachée, régulière et bien rangée entre les lignes. On m’a souvent prédit qu’elle se modifierait avec le temps, au fil des heures passées à griffonner sur les bancs de l’école, sans doute jusqu’à devenir presque illisible. Il y a bien eu quelques changements discrets, un petit pont retiré à mes m et à mes n pour tenter de gagner en vitesse, des p plus fermés. Mes autres lettres sont restées intactes, tracées exactement de la même manière année après année. J’ai abandonné la plume pour la pointe bille mais autant que possible, je continue d’écrire à l’encre bleue, un effaceur à portée de main pour parer à mes moments d’inattention. La technologie s’en est mêlée, aussi, de sorte que j’ai tapé beaucoup plus que je n’ai transcrit sur papier. J’avance beaucoup plus vite sur clavier, du reste, dans des mouvements plus souples et plus fluides. Ecrire à la main me demande un effort conséquent, j’y mets beaucoup de minutie et de précision, je progresse lentement sur la feuille et le geste peut vite me devenir douloureux. Les textes que je créé au quotidien, par exemple, sont d’abord saisis sur l’écran de mon ordinateur, et ensuite partagés comme tels, lettres noires digitales sur fond blanc. Parce que les mots que je choisis m’exposent beaucoup, j’estime qu’il y a déjà bien assez de moi dans cette écriture-là. Ensuite, toutefois, si je décide je garder une trace de ces textes pour moi-même, je les copie à la main dans un joli carnet. A l’abri des regards, en sécurité, mon écriture d’enfant peut se déployer sans crainte et sans pudeur, me raconter plus en profondeur.
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