Un refuge
Terza rima
C’était un soir de mai, calme et réconfortant.
Les premières chaleurs quittaient notre terrasse,
Et j’ignorais alors que je souffrirais tant.
Le soleil fuyait comme un enfant qu’on embrasse ;
Mon portable sonna quelque part au salon.
Cet appel innocent a détruit ma cuirasse !
Ô destin odieux ! Sort cruel et félon !
Pourquoi m’anéantir d’une tristesse immonde ?
Il résonne en mon cœur un lointain violon…
Existe-t-il un lieu, quelque part en ce monde,
Un refuge aux confins de ce vaste univers
Où l’on peut refouler notre douleur profonde ?
Où l’on pourrait revoir notre vie à l’envers,
Et pleurer sans remords, dans cet abri facile,
Le bonheur imparfait de nos mornes hivers ?
Existe-t-il enfin quelque serein asile
Où l’on pourrait rejoindre, une dernière fois,
Tous ces êtres si chers à notre cœur fragile ?
C’est un beau soir de mai ; je tremble toutefois,
En pensant à ces mots lugubres et célèbres :
Où se sont donc enfuis nos bonheurs d’autrefois ?
Ne sommes-nous pas prêts, en ces instants funèbres,
À combattre la mort, à braver les démons,
Pour clamer sans détour, jusque dans les ténèbres,
À nos chers disparus combien nous les aimons ?
***
La terza rima est une forme poétique d’origine italienne, notamment rendue célèbre par Dante dans La Divine Comédie. Elle se compose de tercets dont les rimes s’enchaînent selon le principe ABA BCB CDC... Ainsi, la rime centrale d’une strophe devient la rime extérieure de la suivante. Un vers isolé vient généralement refermer le dernier enchaînement.
Dans ce poème, la terza rima est composée d’alexandrins. Sa progression continue accompagne la quête du narrateur : chaque strophe paraît l’entraîner plus loin dans sa douleur et dans sa recherche d’un refuge où retrouver les êtres disparus. Le dernier vers, demeuré seul, clôt la chaîne des rimes tout en faisant résonner l’ultime déclaration d’amour.
Qui me rendrait visite avec soif ou dédain :
Pitié, ne rendez pas ma Muse furieuse
En vous appropriant les fruits de mon jardin !
Venez vous imprégner d’une douce atmosphère,
Goûtez sans retenue à mon émotion,
Mais sachez que jamais je ne laisserai faire
Si vous vous en prenez à ma création !
Ne me dérobez rien, soyez sincère, honnête
En respectant toujours le travail du poète.
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