Traces
Zéjel
Pour écrire des vers, mon esprit se consume
Et se plaît à les voir surgir de cette brume ;
Mais chaque page blanche où s’égare ma plume
Est encore aujourd’hui toute pleine de toi.
Est-ce un coup du destin – coïncidence infâme –
Si depuis ton départ je n’ai pas eu de femme ?
Et cette chambre nue où s’égare mon âme
Est encore aujourd’hui toute pleine de toi.
Je veux vivre pourtant ou mourir et renaître
Loin des maux que mon cœur ne voudrait plus connaître :
Cette existence vide où s’égare mon être
Est encore aujourd’hui toute pleine de toi.
***
Le zéjel est une forme poétique d’origine arabo-andalouse, fondée sur le retour régulier d’une même rime ou d’un refrain.
Dans cette adaptation en alexandrins, chaque strophe réunit trois vers monorimes, suivis d’un quatrième vers identique qui fait office de refrain.
La succession des rimes — AAAB, CCCB, DDDB — permet ainsi à chaque strophe de développer son propre mouvement, tandis que le dernier vers ramène constamment le poème à la même absence.
Ce retour obstiné du refrain traduit ici la persistance du souvenir : la page, la chambre et l’existence ont beau être vides, elles demeurent encore toutes pleines de l’être aimé.
Qui me rendrait visite avec soif ou dédain :
Pitié, ne rendez pas ma Muse furieuse
En vous appropriant les fruits de mon jardin !
Venez vous imprégner d’une douce atmosphère,
Goûtez sans retenue à mon émotion,
Mais sachez que jamais je ne laisserai faire
Si vous vous en prenez à ma création !
Ne me dérobez rien, soyez sincère, honnête
En respectant toujours le travail du poète.
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