Où il est question d’hommes-troncs et de fromages
Chère comateuse,
J’ai encore fait un rêve bizarre : motivé par la nécessité de réduire mon empreinte carbone, je me rendais en cours à vélo.
Mais sans prendre la peine d’adapter mon itinéraire.
Je pédalais donc sur la rocade tout en pestant contre les limitations de vitesse qui m'empêchaient d’exprimer pleinement mon potentiel vélocipédique.
Un potentiel qui m’a permis de me qualifier trois fois de suite pour le championnat de Bretagne (auquel je n’ai jamais participé pour cause d’apéros) et d’humilier un groupe d’octogénaires dans la redoutable côte de Laillé.
Oui. J’ai envie de frimer un peu aujourd’hui.
Plus tard, j’ai dû faire le même trajet pour me rendre à mon cours d’anglais. Mais sans vélo cette fois.
Il y a eu, comme tu le sais déjà, beaucoup d’absents et de retardataires. La Margouline par exemple.
Ce qui est inexcusable. Je lui ai envoyé un message d’insulte qu’elle a reçu avec gratitude.
Seema, notre professeur, semblait assez peu impactée par la situation. Elle a répété en boucle que commencer à 8h était de toute façon une forme de crime contre l’humanité bien français.
Puis, elle nous a demandé de faire les mêmes exercices que la semaine dernière avant de descendre faire des photocopies.
Pendant 30 minutes.
Une fois de retour, elle a décidé qu’il était temps de faire une pause et elle a envoyé tout le monde à la cafétéria.
Super Corine, la directrice, que tu as brièvement rencontrée, lui a passé un savon (alors qu’elle semblait relativement propre) en lui expliquant qu’on n’envoie pas ses élèves en pause au bout d’une heure de glandouille.
Mais le mal était fait et j’ai profité de l’occasion pour recruter Kellie en tant que nouvelle voisine.
Pendant la deuxième heure d’anglais, j’ai joué à mon jeu préféré qui consiste à raconter n’importe quoi sur la conversation de groupe de ma promo pour essayer de faire rire mes voisines sans même avoir besoin d’ouvrir la bouche.
Depuis un an, aucun professeur n’a pu trouver l’origine de leurs gloussements déplacés.
(Je suis trop en forme pour être adulte aujourd’hui)
Seema a fait des reproches à Kellie : “be responsible and do your work !”
J’ai trouvé ça un peu culotté de sa part.
Quelques minutes plus tard, Grégory est arrivé pour nous donner son cours de droit.
Grégory me pose peu de questions. Il sait que je sais.
(En toute modestie)
J’en ai profité pour jouer à Cémantix avec une stalkeuse de surfeurs ibériques un peu sensible sur les bords. C’était sympa.
Désespéré par le peu d’entrain de ses élèves, Grégory à décidé, une fois n’est pas coutume, de me demander mon avis sur une question sans intérêt. Tout en a profité de l’occasion pour me tacler sur mon âge.
(Il a 43 ans.)
Il a enchaîné en s’adressant au reste de la classe : “Bon, maintenant que j’ai demandé l’opinion de Papa est-ce que vous pourriez…”
“…donner le vôtre à papy ?” ai-je coupé avec une insolence qui a suscité l’admiration de tous.
(Uppercut)
Il m’a félicité pour garder la face, mais je suppose qu’il y réfléchira à deux fois avant de me demander de participer.
Le repas fut triste. J’ai dû me passer de ma voisine et de notre série. Par chance, tu étais là pour me parler de sujets sensibles. J’ai pensé au canapé pour ne pas trop rentrer dans ton jeu de préménopausée en quête d’un ultime frisson.
L’après-midi nous étions trois en cours. Léonie a décidé de nous proposer un exercice pratique chiant de planification d’une campagne de communication.
Ça parlait des paralympiques.
Évidemment j’ai fait des blagues sur les handicapés. Je les avaient en ligne de mire depuis qu'une unijambiste a osé me surpasser dans ma salle d'escalade. Quelle insolente !
Ensuite j’ai appris à Kellie l’existence des Darwin awards. Mauvaise idée.
Kellie est le meilleur public du monde. On devrait l’embaucher et la cloner pour donner confiance aux humoristes débutant dans les cafés-théâtres. Un parterre de Kellie, ce serait parfait.
Malheureusement il est difficile de cacher un fou rire quand il n’y a que trois élèves dans la salle.
Je crois que j’ai pleuré un peu. De rire.
À l’heure qu’il est, je suis chez moi. Je dois faire des courses pour que Mélanie ait quelque chose à manger ce soir. Cette timbrée n’a aucun goût. Je crois qu’elle veut des tomates et autres abominations gustatives.
J’ai aussi commis l’erreur de consommer une boisson sucrée. Je crois que je n’en avais pas besoin aujourd’hui. J’ai envie d’embêter tout le monde et de faire mille trucs en même temps.
Tu remarqueras que je n’ai pas parlé de fesses aujourd’hui. Je n’y ai pas pensé non plus.
C’est inquiétant.
Ceci dit, je me rends compte que si tout le monde était manchot, personne n’aurait les mains baladeuses. Dieu aurait dû y penser.
Je crois que je commence à raconter n’importe quoi.
Tendre salutation,
Un correspondant qu’aucune frontière ne réduira au silence
(Et surtout pas les Pyrénées, ce sous-massif que les Alpes dominent de la tête et des fromages)
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