La rentrée des classes
La rentrée des classes
Chère Chakirâle,
Permets-moi de te soulager de la jalousie qui pourrait nouer le cœur de pierre dissimulé sous cette admirable poitrine que la bienséance, le Code pénal et ton avocat m’interdisent de flatter davantage.
Ma grasse matinée a tourné court.
À 7h15, mon réveil oublié a sonné le glas précoce d’un repos bien mérité.
Interloqué par votre commune propension à mettre brutalement fin à mes rêves, j’ai décidé de le rebaptiser Charlotte.
Dorénavant, je ne me réveillerai plus jamais sans Charlotte.
Grandi par cette décision indubitablement mature, j’ai visité ma salle de bain.
Mon corps gracile d’antilope brisée par l’aridité croissante des sols autrefois nourriciers s’est sagement épanoui sous la pluie fumante qu’un pommeau de douche en inox distribuait sans fin.
J’étais prêt pour la guerre.
Pendant deux heures, j’ai mené une lutte sans merci contre les bactéries, la poussière et ma flemme. J’ai gagné.
J’ai maquillé mon appartement pour qu’il soit digne de la visite des livreurs missionnés pour installer ma nouvelle machine à laver.
Plus tard, je suis passé chez mes parents pour imprimer des documents top secret.
À 13 h 15, j’ai reçu un message affolé de ma voisine de classe. Elle était arrivée avec 45 minutes d'avance. J’ai rapidement pris la route pour la sauver de l’effroyable ennui qui naît systématiquement là où je ne suis pas.
Avant que ne commence notre réunion, elle m’a défié au babyfoot.
Après deux parties relativement serrées, j’ai glissé du côté obscur de la force. J’ai utilisé tous les artifices possibles pour la déconcentrer.
10-1.
Je vais sommairement te résumer ce que j’ai retenu de notre réunion : “Bonjour, bla bla bla, examen, bla bla bla, absence injustifiée, bla bla bla, formateur, bla bla bla bla bla, avertissement. Merci, c’est tout pour moi”.
Ah, autre chose. Le petit Junior nous a quittés. La promo ne compte plus que quatre élèves.
Moi et mes trois voisines.
Je me sens un peu cerné.
Après ça, je suis rentré et j’ai pu tester ma nouvelle machine à laver. Tout va bien, je vais pouvoir recommencer à m’habiller et oublier les regards courroucés et envieux des caissiers de Carrefour.
À 17 h, j’ai goûté une barre de céréales bio parfaitement dégueulasse. Ça m’apprendra à vouloir prendre soin de moi.
Cédant à la fatalité, j’ai de nouveau mangé des chips, une pizza et des bonbons.
Rêvant secrètement de te nuire,
Un adulte aux yeux de la loi
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