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Quelqu’un a oublié d’éteindre les cris dans le sous-sol

Quelqu’un a oublié d’éteindre les cris dans le sous-sol

Publié le 15 mars 2026 Mis à jour le 15 mars 2026 Horreur
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Quelqu’un a oublié d’éteindre les cris dans le sous-sol

Quelqu’un a oublié d’éteindre les cris dans le sous-sol

Une nouvelle née d'une simple phrase énoncée pour un jeu littéraire sur Panodyssey. J'en ai fait mon titre parce que j'aimais bien cette idée d'éteindre les cris. C'est un exercice qui m'amuse énormément. Partir de presque rien, respirer un bon coup en laissant venir, puis poser mes doigts sur le clavier. Ensuite, ce sont ceux qui sont dans la cave de mon cerveau qui prennent la relève. Je vous livre le résultat tel qu'il est apparu sur mon écran.

G. DAX


Photo de Timothy Barlin sur Unsplash


Quelqu’un a oublié d’éteindre les cris dans le sous-sol


La Bialetti sifflait son café comme un chef de gare avant le départ du train. C’était un rappel pour tous. Le dernier moment de convivialité familiale avant l’embarquement pour une journée inconnue et nécessairement mortelle. Personne n’y échappait, c’était juste une question de temps. Ainsi, Laurent parlait à son journal. Victoria ne parlait pas à son mari. Et Louise profitait de l’absence de son frère pour lui chiper des céréales bourrées de chocolat, de sucre et de diverses saloperies codifiées pour ne pas être lues.

— Pascal ! Viens prendre ton petit déjeuner !

Laurent posa Le Monde sur la table, retira ses lunettes et observa sa femme avec toute la curiosité d’un biologiste animalier devant une nouvelle espèce. Avant qu’elle réitère son appel, il préféra couper son intention.

— Tu as besoin de gueuler si fort ?

Stupéfaite, Victoria ferma sa bouche et souleva ses sourcils si haut que ses globes oculaires pouvaient presque en tomber de leur orbite.

— Pardon ? fit-elle, en ajoutant beaucoup trop de a dans sa prononciation.

Louise estima la météo à venir dans la cuisine et, selon son modèle de prédiction, une dépression allait frapper le territoire entre la table et le plan de travail. Elle remisa donc les céréales de son frère au rayon des futilités et s’inventa un rendez-vous urgent avec ses sphincters, au niveau des toilettes de l’étage.

— Je disais, repris Laurent tout en repliant son journal avec regret, tu as besoin de gueuler si fort pour parler à ton fils ?

— Premièrement, répondit-elle en appuyant chacun de ses mots d’un index ferme et menaçant, je te signale qu’il s’agit de notre fils, et que si je ne gueule pas, il ne risque pas de m’entendre. Et deuxièmement, que je gueule ou pas, j’ai au moins le mérite de lui parler, moi !

Elle reprit son index qui menaçait d’aller faire un examen du fond de l’œil de son époux et le planqua dans le reste de sa main fermée.

Laurent soupira, chose qu’il maîtrisait mieux que la dissimulation d’un parfum de femme sur ses vêtements à destination du panier à linge. Il s’empara de son journal, laissa les restes du petit déjeuner pour qu’ils aillent se ranger, se jeter et se nettoyer tout seul, puis déplaça son centre dépressionnaire pour aller au bureau afin de se taper sa secrétaire.

— Pascal ! Tu vas être en retard !

Aucune réponse. Victoria prit le temps d’une longue et profonde inspiration par le nez, puis souffla lentement entre ses lèvres nues, dépourvues d’artifice. Elle jeta un œil à l’horloge murale, celle qu’elle emporterait après le divorce qu’elle envisageait. Une babiole, certes, mais le slogan inscrit en cercle : « C’est toujours l’heure pour une friandise Lazare Veyrat » la faisait sourire. Chaque chiffre était l’illustration d’une friandise. Celui de midi était horrible, un œil planté sur un bâtonnet, mais on avait malgré tout l’envie irrésistible de le mettre en bouche. Elle monta.


La porte de la chambre de Pascal était toujours fermée, mais la lumière filtrait par dessous. Agacée, elle ne prit pas la peine de frapper. Du haut de ses huit ans, Pascal n’allait probablement pas s’offusquer. Elle avait encore un peu de temps, quelques années devant elle, avant les draps tachés, le magazine porno sous le matelas et le tas de mouchoirs oubliés dans un tiroir ou sous le lit.

— Pascal bon sang, dit-elle en rentrant dans la chambre du garçon. Pascal ? Non, mais c’est pas vrai, tu t’es pas rendormi ? Pascal !

Pascal ne répondait pas. Sa tignasse émergeait des draps comme une laitue de mer échouée sur la plage de sa parure de lit.

— Pascal, ça va pas ? dit-elle en enfilant son costume de maman soucieuse. Inconsciemment elle porta une attention soutenue sur le renflement des draps. À l’endroit où la cage thoracique devait monter et descendre pour lui dire : « Tout va bien. Il respire, il est vivant ». Mais la cage thoracique restait muette. Elle déplace les draps, juste pour voir le reste de la tête de son fils. La griffure sur la joue de Pascal lui lacéra le cœur.

— Mon Dieu, Pascal, qu’est-ce que tu as fait ?

Parce que dans le cerveau en situation de panique, il ne pouvait s’agir de rien d’autre. Un couchage à l’heure. Un couchage normal. Un pipi, les mains, les dents et au lit. Elle secoua Pascal dans l’espoir qu’il serait chaud et souple.

— Qu’est-ce qui y a ? demanda Louise en passant la tête dans l’entrebâillement de la porte.

— File dans…

Pascal ouvrit les yeux en bâillant à s’en décrocher la mâchoire. Encore groggy, il regardait sa mère avec étonnement. Elle avait l’air en colère et pourtant, elle ne criait pas. Il laissa filer un nouveau bâillement, encore incapable de parler tant le sommeil lui manquait.

— Pascal, c’est quoi cette griffure ?

— Quelle griffure maman ?

Victoria lui toucha doucement la joue, comme pour lire en braille la souffrance qui boursouflait la chair de son fils.

— Tu ne sens rien ?

La balafre s’étendait de la base de sa lèvre, à droite, et filait jusqu’au-dessous de son lobe d’oreille. Il sortit alors sa main gauche des couvertures pour aller lui-même constater l’ampleur des dégâts quand sa mère hurla. Elle ne put s’en empêcher. D’ordinaire l’adrénaline, la parentalité, permet de contenir un peu cette faculté à hurler de façon dérisoire, mais Victoria céda. Elle ne réprima rien et, au contraire lâcha un second cri, quand, soucieuse de vérifier, de savoir, elle tira entièrement les couvertures de Pascal. Tout son pyjama était couvert de poussière et de suie.

— Mais c’est quoi ce bordel, Pascal ? Qu’est-ce que t’as fait ?

Pascal pencha la tête pour regarder le désastre évident. Son pyjama avait gagné un séjour en pension complète pour le pressing ou la décharge. Les draps avaient pris la même option, en beaucoup plus chiant pour le côté nettoyage.

— Il s’est levé, ricana Louise.

— Je t’ai dit de filer dans ta chambre toi ! Victoria se ravisa. Non ! Va te laver les dents et attends-moi en bas ! Toi, tu vas à l’école !

— Ouh ! Pas la peine de crier. Moi, j’dis ça, mais c’est pareil à chaque fois que quelqu’un oublie d’éteindre sa lumière, il se lève et va jouer.

— Louise !

— Oui ! J’y vais. N’empêche que, continua-t-elle en parlant aux murs.

Victoria remit les couvertures sales sur Pascal aussi sale qu’elles.

— C’est vrai ce qu’a dit ta sœur ? On a oublié d’éteindre les lumières et tu t’es levé pour aller jouer dehors ?

— Non, maman, se mit à sangloter Pascal. Je suis pas allé dehors. Je te promets.

— Mais donc, si c’est pas dehors, tu t’es levé.

— Oui, mais c’est moi qui ai allumé les lumières. Vous avez pas oublié d’éteindre, mais j’y voyais pas pour aller leur dire de se taire.

— Comment ça leur dire de se taire ? De qui tu parles ?

— Des enfants.

— Des enfants ? Ta sœur ?

— Non, ceux de la cave. Ils m’ont réveillé parce que vous avez oublié d’éteindre les cris dans le sous-sol.


— — —

Texte original certifié sans IA.

© Gabriel DAX, 2026



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