Chapitre V – La lumière dans l’ombre
Aujourd’hui, John me lut les messages d’encouragement de ceux qui venaient d’apprendre.
Leur bienveillance me touchait, mais me ramenait encore en arrière.
Seuls des fragments de souvenirs me revenaient. Mon esprit résistait. Je n’y pouvais rien.
Revenus d’Écosse, John décida d’annuler sa tournée. Personne ne devait en connaître la raison.
Il verrouilla notre secret. Rien ne filtra. Il fut impitoyable.
Elliott annonça que John se retirait pour composer.
L’opération commença la série.
Hospitalisée, mon corps revivait certaines sensations.
Odeur d’éther. Tiraillement. Engourdissement. Gêne sous le bras. Douleur lancinante du cathéter.
Les médicaments emmêlaient mes pensées. Des visages blêmes tournaient autour de mon lit.
John ne me quittait presque pas.
Les médecins m’autorisèrent un peu de répit chez moi. John m’emmena plus loin, à la campagne. Il avait déniché une maison.
— Quarante minutes de l’hôpital, trente de la mer. Forêt au pied du jardin. Tranquillité assurée.
Il m’observait, heureux, sautiller comme une petite fille.
La vieille bâtisse m’émut. Fissurée, elle avait besoin de soins, comme moi.
Au lac proche, il lança une pierre qui ricocha. Un frisson ondula sur ma peau. Ses bras m’entourèrent.
— Regarde comme les teintes du lac répondent à celles du ciel, comme le jade de tes yeux répond au lapis-lazuli des miens.
— Magnifique image. Tu as les mots que je n’ai pas, comme dans tes chansons.
— Quelques mois de travaux. Tu viendras après la chimio.
Le retour fut amer, la maladie agressive.
Mon corps subit les traitements. Épuisé, comme s’il avait couru le Royal Ascot.
Ma bouche devint sensible comme si je ne me nourrissais que d’orties.
Je ris le jour où John m’apporta un biberon et une paille. Son air malicieux me combla.
Mes séjours à l’hôpital se ponctuaient de parenthèses à la maison.
Je passais des soins médicaux à ceux plus drôles de John.
Une nausée me prenait, il me soutenait et m’épongeait le front avec une serpillère.
— Madame, désire-t-elle autre chose ?
Mes mains et mes pieds engourdis m’empêchaient de marcher. John me promenait dans un affreux fauteuil roulant rose acidulé dont il était fier. Je m’esclaffai la première fois que je le vis.
Un matin, une mèche de cheveux errait, orpheline, sur l’oreiller. Une larme roula sur ma joue.
John arriva avec deux casquettes et deux paires de lunettes. Il m’entraina dans la voiture et fila sur la route.
Une porte s’ouvrit sur une jeune femme.
— Nous venons essayer des perruques. Une brune pour Madame et une rose pour moi. Assortie à ton fauteuil, Heather.
Ce fut un vrai défilé. Il donnait son avis comme si j’essayais une robe de mariée.
— Pas assez ajusté ! Trop court ! Une meringue…
Mes joues se tordaient toutes seules, mes jambes aussi.
John ne se démonta pas. Il essaya toutes les perruques roses disponibles et choisit la plus horrible. Une coupe mulet dégradée allant du fuchsia au flamant rose.
Nous repartîmes chacun avec notre perruque, enjoués comme des enfants.
Les traitements continuaient. Les brûlures sur ma peau rendaient le sommeil difficile. Mes ongles accrochaient le coton des draps.
— Madame fait trop la fête ! Voyez, c’est déjà l’heure du déjeuner. Madame n’est pas raisonnable, elle s’expose trop au soleil ! Madame voudrait-elle des draps en satin ? Heureusement que son majordome préféré John prévient tous ses désirs.
Et il s’exécutait. Les draps de coton devinrent satin.
Un parasol se dressait au-dessus de mon lit. John, en maillot de bain, lisait son journal dans une chaise longue.
Tout finissait dans un fou rire.
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