Félicitations ! Ton soutien à bien été envoyé à l’auteur
avatar
7. France, Février 2023
Non-fiction
Développement personnel
calendar Publié le 11 août 2026
calendar Mis à jour le 11 août 2026
time 13 min
Label de transparence créative
15+
Image / Image humaine
Texte / Création humaine

7. France, Février 2023

S'il y a un auteur qui m'a beaucoup accompagné ces derniers mois, émettant des billets chaque jour sur sa page Facebook intitulée Par un curieux hasard, c'est bien Stephan Schillinger. Il y évoque avec sagesse et poésie différentes thématiques tournant toujours autour des mêmes sujets : la rencontre avec autrui, l'exploration introspective, l'expérience spirituelle et mystique. Depuis, sa page ayant rencontré un profond succès, il a publié des petits livres-recueils de ses textes, participe à de nombreuses interviews et conférences, et vient de sortir un livre, la Sagesse Interdite, que je me suis empressé d'acheter. Je le dévore avec le plus grand intérêt, préparant ainsi mon voyage et ma réflexion sur ce qu'il appelle les états de conscience modifiés par les plantes.

Schillinger explique qu'il existe, au fondement de toutes les spiritualités, une expérience basée sur une perception non conventionnelle du monde. Expérience de conscience transcendante qu'on pourrait appeler état modifié de conscience, ou plus précisément état élargi de conscience. Si cette expérience peut être accessible de différentes manières, par la méditation ou la prière, la musique ou la danse, les chants répétés ou la transe, il rappelle qu'on retrouve également à travers l'Histoire de nombreuses traces d'utilisation de plantes psychédéliques permettant d'accéder à ces états.

Qu'on analyse par l'archéo-botanique ou l'archéo-chimie les substances retrouvées sur un certain nombre d'objets datant de la préhistoire, qu'on s'intéresse aux pratiques animistes et chamaniques jalonnant l'Histoire, au déroulé des cultes à mystère durant la Grèce Antique, ou encore à la consommation de soma dans l'Inde Védique, beaucoup de plantes et de champignons semblent avoir été consommés dans le cadre de pratiques rituelles et religieuses, aux quatre coins du monde et à toutes les époques, pour leur propriétés particulières modifiant notre conscience habituelle et améliorant nos capacités perceptives.

On continue d'en trouver de nombreuses évocations dans les récits fondateurs des grandes traditions religieuses, qu'il s'agisse de la Bible, de la Torah ou des Védas, à travers diverses représentations jalonnant les façades des temples ou des églises, comme autant d'indices laissant supposer un lien étroit entre consommation de plantes particulières et expérience spirituelle. Ces substances aux effets psychiques particuliers sont ainsi appelées psychédéliques, ou enthéogènes, « qui génère le divin en soi », car elles révèleraient l'âme en élargissant le champ de notre conscience individuelle.

Croisant toutes ces informations, il propose l'idée que ces états modifiés de conscience, qu'ils soient ou non médiés par des plantes, sont à l'origine de l'expérience mystique et de la dimension spirituelle de l'Etre Humain, et à la source de toutes les traditions spirituelles. Celles-ci partagent en effet en commun de prôner le développement de nos capacités à percevoir et nous relier au monde d'une manière transcendante, en communion ou en union avec le grand Tout, plutôt que de vivre de manière séparée et distincte du monde qui nous entoure.

Mais les peuples se sédentarisant, les cités et les royaumes se développant, les corps professionnels se spécialisant, ce questionnement spirituel se structure alors sous forme de religions. Celles-ci organisent la place de l'Homme dans sa communauté et justifient la hiérarchisation des sociétés, avec des prêtres se positionnant comme intermédiaires entre les Hommes et le Divin. Ces religions, dont les buts sont d'expliquer le fonctionnement du monde, faire cohésion en société, et maintenir chacun de ses membres à sa place dans le respect de l'ordre établi, deviennent avec le temps de plus en plus dogmatiques, coopérant étroitement avec le pouvoir en place et dictant aux individus quoi croire, comment penser et comment agir, dans une forme de soumission à une ou des forces supérieures.

L'expérience directe du divin, parce qu'elle amène à une compréhension singulière de la nature véritable du monde, parce qu'elle fait grandir et libère l'homme de sa condition, et parce qu'elle remet en cause le contrôle et l'asservissement des populations, a régulièrement suscité la défiance et la persécution par les pouvoirs alors en place.

Les responsables religieux eux-mêmes, tirant leur légitimité de ce rôle d'intermédiaire, en sont venus à infantiliser les populations et à interdire les pratiques le permettant. On entre alors dans un paradoxe où ils demandent à leurs fidèles de croire des récits fondateurs, basés sur les expériences mystiques et extatiques d'illustres personnages, tout en privant finalement l'être humain de cette expérience spirituelle directe qui lui permettrait de faire par lui-même l'expérience du divin.

Schillinger décrit alors trois grandes vagues de répression : d'abord la persécution par les Romains des premiers chrétiens, pendant les 4 premiers siècles de notre ère. Puis, une fois l'Eglise établie comme institution religieuse alliée au pouvoir, celle-ci interdit puis pourchasse tout usage de substance enthéogène, qualifiant toutes ces pratiques d'hérétiques, menant aux heures sombres sombres de l'Inquisition et de la chasse aux sorcières.

Enfin, l'avènement des sciences ayant balayé la suprématie des religions, on retrouve un regain d'interêt pour les substances psychédéliques dans les années 50-70, avec notamment la découverte du LSD. De nombreuses recherches médicales très prometteuses sont alors conduites, notamment dans le traitement de la dépression ou du stress post-traumatique.

Mais sa large utilisation parmi les artistes, musiciens ou écrivains, et sa popularisation auprès de la génération beatnik qui s'associe au grand mouvement contestataire de la guerre du Viêt-Nâm, a conduit le gouvernement Nixon à engager sa guerre contre toutes les drogues. À ce titre, celle-ci a conduit à l'interdiction totale, y compris dans le cadre de la recherche scientifique, de l'étude de toutes ces substances pouvant modifier l'état de conscience des individus, qualifiées alors de drogues. Sans aucune distinction des substances concernant leur potentiel addictogène ou dangereux pour la santé. Sans aucune distinction entre les substances altérant la conscience et celles l'élargissant.

Depuis les années 2000, poussées par les luttes de différentes communautés visant à faire valoir leur droit à la consommation de plantes dans le respect de leurs savoirs et pratiques traditionnels, poussées par des mouvements revendicatifs comme Legalize Nature, ou sous la pression d'une communauté scientifique très intéressée par le potentiel thérapeutique très prometteur des psychédéliques dans le traitement de divers troubles psychiatriques, les législations ont commencé à bouger et à en réautoriser l'utilisation, dans un usage très contrôlé.

Schillinger prône finalement le droit individuel à la consommation de substances enthéogènes, dans un cadre réglementé permettant d'en assurer la sécurité d'usage, comme un droit inaliénable de chaque être humain à pouvoir explorer les différents champs et potentialités de sa conscience. Il appelle psychonautes ces explorateurs de la Conscience.

Il conclut son travail en appelant à l'avènement d'une ère post-matérialiste, où le rapport entre conscience et matière ne serait plus envisagé sous le paradigme matérialiste dominant, et où sciences et spiritualités pourraient parvenir enfin à dialoguer et à se retrouver. Il cite à cet égard le Manifeste pour une science post-matérialiste, signé en 2014 par de nombreux scientifiques issus du monde académique, qui déclare que « la démarche scientifique ne doit pas se limiter à l’hypothèse que tout est matière et que rien n’existe en dehors de la matière », et prône que « la science doit aussi embrasser le domaine de l’existence toute entière, y compris celui de la conscience et de la spiritualité ».

Toute cette lecture résonne profondément en moi. A quoi me suis-je réellement relié lors de mes précédentes expériences chamaniques ? Quelles sont ces autres manières d'être en relation au monde que j'ai pu déjà expérimenter, qui étaient si puissantes en termes de connexion, et me semblaient plus véritables, plus authentiques que ma réalité conventionnelle ? D'où me viennent ce besoin de sens si prégnant, ce sentiment actuel de vide et de déconnexion au monde, cette impression profonde d'incomplétude, qui me bouleversent et me questionnent à chaque crise existentielle plus violemment, et dont je n'arrive plus à me départir ces derniers temps ? Et quelle est en miroir cette conviction intime que nous pouvons nous relier à autre chose de plus profond, de plus vivant, qui nous permet de nous ressentir plus présents au monde, plus dans la joie d'exister ; même si aujourd'hui je m'en sens coupé ?


Et qu'est ce finalement que la conscience ? Un simple phénomène émanant de la matière et de sa complexification sous forme de cellules, puis d'organismes, puis de tissus et systèmes qui se sont spécialisés comme les réseaux neuronaux ? Une simple production issue de mécanismes complexes de neurotransmetteurs ? Ou bien la conscience existe-t-elle en dehors de la matière ? Est-elle même prééminente à la matière, venant ensuite éventuellement s'incarner et se matérialiser, ce qui redonnerait alors pleinement sa pertinence à la notion d'âme et de monde invisible ? Une âme préexistante à la formation d'un être, persistante après la mort du corps physique ? Et alors, d'où proviendrait cette âme, ou cette conscience ? Est-elle une entité permanente, ou une émanation temporaire d'une conscience plus globale et universelle, que certains ont appelé Dieu, la Pure Conscience ou le grand Tout ?

Les bouddhistes utilisent parfois cette image : la goutte d'eau ne donne l'impression d'exister en tant qu'entité propre que quand elle jaillit au sommet de la vague ; mais ceci n'est qu'une illusion, qui se dissout à peine la goutte retombée dans l'océan. Schillinger, lui, aime à dire que cette Conscience Universelle fait l'expérience d'elle-même à travers nos existences individualisées, et que nous sommes infiniment plus que nos propres identités. Nous serions une émanation de ce qu'il nomme l'Intelligence du Vivant.

Tout cela me convainc d'autant plus que ce mal-être que je ressens de manière récurrente n'est pas un mal à faire taire. Non, je ne le crois pas. Mon sentiment d'incomplétude, ma difficulté à me sentir parfois vraiment vivant, ne peuvent se combler par toujours plus de distractions ou de divertissements, ni par l'investissement sans fin dans de nouveaux projets, ni par des médicaments bien-sûr, ni même par le seul travail psychologique que je mène depuis longtemps. Ils sont plutôt comme un appel à élargir le champ de ma conscience, un état qui vient requestionner ma manière d'être et de me considérer dans le monde.

Ma rupture avec Pele et l'effondrement de tout ce pour quoi je me suis investi ces dernières années m'atteint à un niveau plus profond, ou plus précisément me dévoile à nouveau une blessure très archaïque, que je ne peux explorer par le seul plan de la raison consciente. Il y a d'autres manières de comprendre et de se comprendre, et je sens bien que je dois aller me rencontrer à un niveau plus profond, plus subtil, qui englobe cette dimension spirituelle.

Je ne veux plus fuir ou rechercher des solutions compensatoires. Je dois aller rencontrer l'origine de ma souffrance, et je compte sur les connaissances des chamans pour me guider sur ce chemin très introspectif. Afin de pouvoir me sentir mieux relié au monde qui m'entoure, plus vivant, et plus complet.

******

Propriété intellectuelle et crédits
© Image de Couverture SCHILLINGER S. La Sagesse interdite, ed. Vega, 2022
© Texte principal Charlie
Sources, citations, co-auteurs BEAUREGARD M., SCHWARTZ G.E., MILLER L. Manifeste pour une science post-matérialiste, https://www.inexplore.com/articles/Manifeste-science-Beauregard CHAMBON O., SCHILLINGER S., Psychédéliques entre science et spiritualité : deux experts dialoguent à cœur ouvert, Guy Trédaniel éditeur, 2024 SCHILLINGER S. Par un curieux hasard tome I à VI, autoédition, 2019-2025 SCHILLINGER S. La Sagesse interdite, ed. Vega, 2022
Gestion des licences Creative Commons
cc_by_nc_nd
Crédit requis, pas de modifications, usage non commercial uniquement CC BY-NC-ND
La clause du chat
Charlie verified
IA ? c'est quoi IA ?
Ici, c'est que de l'IP : de l'Intelligence Personnelle.

Humaniste convaincu, quelles que soient les potentialités de l'IA, je crois qu'il est important de ne pas se laisser déposséder de ce que nous avons de plus précieux : notre conscience du monde, de nous mêmes, et notre capacité à penser par nous mêmes.

Tout ce que j'écris défends donc ce combat : explorer les potentialités de notre propre conscience.
Alors respectez- vous, respectez moi ! tout ce qui est écrit ici doit, en cas de reprise, respecter les droits d'auteur et me citer comme tel.

Après...n'hésitez pas à partager !
Car ce qu'il y a de bien avec l'intelligence humaine, c'est que plus elle est partagée, plus elle aide à se faire grandir mutuellement !

Commentaire (0)

Tu dois être connecté pour pouvoir commenter Se connecter
Prolonger le voyage dans l'univers Développement personnel

donate Tu peux soutenir les auteurs qui te tiennent à coeur

promo

Télécharge l'application mobile Panodyssey