La lettre d'hypocrisie
Pour décrocher un emploi de nos jours, si l’on n’est pas pistonné,c’est pas facile. Les recherches, les entretiens d’embauches, les CV… Mais tout cela ne sert à rien sans une bonne lettre d’hypocrisie…
Celle-ci est plus couramment appelée « lettre de motivation ». Assez ironique au fond, car il en faut de la motivation pour y insérer toutes les conneries exigées par les employeurs…
Car le but de cette lettre n’est pas vraiment de parler de soi pour se décrire honnêtement, ni de dire ce pour quoi on postule vraiment pour le boulot qu’il y a à la clé. Non, le but est de suivre « à la lettre » les exigences absurdes demandées, histoire de montrer si vous êtes assez soumis et formaté pour être « un bon employé ».
J’ai moi-même souvent galéré et donc, en ma qualité d’éternel paumé de l’administratif, je vais vous donner quelques petits conseils pour réussir cette lettre. Qui sait ? Grâce à ça, vous arriverez peut-être à décrocher l’emploi que vous ne voulez pas auprès d’un patron dont vous vous foutez éperdument !
Tout d’abord, il faut expliquer « pourquoi on veut travailler là ? », « Qu’est ce qui nous motive ? » Mais attention, ne surtout pas dire la vérité ! Car la plupart d’entre vous postulez par nécessité, un peu partout, en espérant une réponse positive de l’un d’eux. Car la société refuse que l’on reste « à rien faire » ; si on ne consomme pas, on n’est rien, pour consommer il faut de l’argent, et pour avoir assez d’argent pour consommer, il faut un boulot. Sans compter que l’on doit se nourrir, payer des taxes, payer un loyer, un prêt, des taxes, des factures et encore des taxes...
Donc, si on serait honnête, la « motivation » qui apparaîtrait dans la majorité des cas serait ; « j’ai besoin d’un travail pour nourrir mes enfants, pour payer le loyer » ou encore « je cherche un job temporaire pour rassembler l’argent nécessaire à la réalisation de mon projet personnel, après quoi, je n’aurais plus besoin de travailler pour quelqu’un ». Mais essayez donc de noter ça sur votre lettre de motivation et le résultat sera sans appel : candidature rejetée automatiquement !
Non, ce que l’employeur attend de vous c’est : « j’aimerais travailler pour votre magnifique entreprise », ou « je suis impatiente de vouer toute mon énergie et mon temps au remplissage de votre compte en banque »…
Hypocrisie forcée et normalisée donc… C’est le moment de sortir son manuel du lécheur de bottes professionnel !
Ensuite, après avoir bien ciré les pompes de l’employeur, il est temps de « se vendre » comme il est coutume de dire…
Alors ici, vous allez pouvoir faire preuve d’un peu d’honnêteté, mais pas trop quand même. Le but ici étant de citer vos qualités (jusque-là tout va bien) et de parler de vos défauts en les minimisant (ben oui, faudrait pas paraître trop humain non plus!). On exagère un peu ses qualités pour bien les mettre en relief et, pour les défauts, là c’est plus subtil : il faut bien en parler pour qu’ils sonnent comme des qualités. Le but étant surtout de dire « ce défaut existe mais, n’est pas trop développé, rassurez-vous, il fera un parfait rouage pour la réussite de votre entreprise ».
Se vendre en somme. Se faire de la publicité. D’ailleurs c’est bien cette expression qui ressort le plus souvent. On pourrait dire « se mettre en valeur » ou « exposer notre profil professionnel », mais non, c’est « se vendre » qui prime car c’est bien de cela qu’il s’agit : se réduire à l’état de marchandise utile et non comme un être humain faillible…
Après le cirage de pompes de l’employeur et la vente du peut-être futur employé, ne reste qu’une petite formalité : les « politesses d’usages », histoire d’ajouter un peu de cire sur les bottes et d’augmenter la valeur de la marchandise.
Attention ! Cette étape, aussi insignifiante paraît-elle, est tout aussi importante que les précédentes. Car même si vous avez parfaitement réussi les 2 premières étapes, si vous ratez celle-ci, votre candidature a de fortes chances de terminer au recyclage.
Il s’agit en fait de paroles bien codifiées, dégoulinantes d’inutilité et d’hypocrisie telle que « très cher président », « Môssieur le très respecté agent des ressources inhumaines » ou encore le très classique « Dans l’attente de la validation de ma demande, je vous présente mes courbettes obligées. Cordialement, engagez-moi »
Vous l’aurez compris, le but de cette lettre n’est pas de dire « je suis comme ça, j’ai besoin d’un job, vous avez besoin d’un employé, on pourra mutuellement s’apporter quelque chose, en construisant une relation d’égal à égal. » Mais plutôt de faire passer le message « Vous êtes une entreprise magnifique, je suis le meilleur employé qui existe, faite de moi votre esclave volontaire je vous en supplie ! »
Dans l’espoir que ces petites explications vous auront plus, j’attends avec non-impatience (car rien ne presse) vos retours éclairés sur le sujet (car j’aime discuter avec vous).
Coeurdialement,
Al De Leerey
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Luce il y a 3 ans
Oui sur Panodyssey on peut faire ça ! Je pense que c’est pas mal de le tenter pour essayer le site différemment et de le faire fonctionner ? Qu’en penses tu Alain ?
Al De Leerey il y a 3 ans
Vais voir comment ça fonctionne alors, voir si c'est éfficace pour écrire à plusieurs.
Bernard Ducosson il y a 3 ans
Sur PANO je pense que l'onglet "inviter à collaborer" est fait pour ça !
Al De Leerey il y a 3 ans
Ah ben, je vais regarder ça, voir si c'est aussi éfficace que sur google docs.
Luce il y a 3 ans
Je rentre de séjour (avec des jeunes c’est mon taf je sui Educ) et à partir de jeudi matin et vendredi je serais plus dispo pour lancer l’affaire