Make Atom Go Awry
Make Atom Go Awry
Make Atom Go Awry
Une porte en bois, usée, entrouverte sur un ciel qui n’existe pas encore
Cette nouvelle est née d'une simple phrase d'inspiration imposée : " Une porte en bois, usée, entrouverte sur un ciel qui n’existe pas encore."
Make Atom Go Awry pourrait être traduit par "Faire que l’atome devienne hors de contrôle".

Photo : Pexel (CC0) libre d’utilisation
Marshall Islands
Photo en niveaux de gris d'explosion sur une plage
Make Atom Go Awry
Une porte en bois, usée, entrouverte sur un ciel qui n’existe pas encore
Ça n’est jamais facile de prendre une décision qui réduit à néant tant de travail. Pourtant, c’est encore ce qu’il s’apprête à faire. Assis en tailleur, au milieu de ses pleurs, les joues marquées de profond sillons, il ne peut que se rendre à l’évidence : la partie est perdue. Encore.
Sa sœur l’avait pourtant prévenu, mais il avait choisi la voie du père. Celle de la virilité aveugle. La voie du phallus. Quel résultat ! Un gâchis monumental. Comme quoi, il ne valait pas mieux que ces misérables créatures qui s’agitaient encore. Comme des fourmis dans un bocal en plein soleil. Sa création. Son bocal. Sa responsabilité. Son échec.
Le seul problème était la radioactivité. La dernière fois, c'était plus simple. L’impact, violent, puis la poussière pour tout recouvrir, pour tout obscurcir, pour recommencer sans tout perdre. Là, c’était quand même beaucoup plus embêtant. Surtout que les Sages ne voudraient jamais lui accorder un reset complet. La base de départ devrait rester la même. Chaque erreur, chaque échec devait servir de leçon. Alors, pas de réinitialisation. Il fallait repartir avec les restes de la partie précédente. Reconstruire sur les cendres. Cependant, les cendres, cette fois-ci, n’étaient pas faites que de poussière en suspension. De poussières neutres.
En implantant l’idée du compteur dans la tête d'Hans Geiger, en 1913 de leur mesure temporelle, il pensait avoir trouvé la solution. Quinze ans plus tard, Walter Müller le mettait au point. Il espérait alors qu’ils allaient réaliser quel chemin dangereux ils prenaient progressivement. Mais non. Encore non, non et non. Des générations et des générations pour en rester toujours au même constat, aux mêmes éléments de comparaison : celui qui a la plus grosse et celui qui pisse le plus loin. À ce jeu-là, le gars orange l’emportait haut la main.
« Sors du cadre »
Maintenant qu’il n’avait plus rien à pleurer, la petite phrase de sa sœur lui revenait en tête. Elle lui avait chuchoté ces trois mots juste avant le discrétoire. C’était autorisé. Il aurait aimé qu’elle en dise davantage, la Loi autorisant sept mots. Pourtant, elle avait seulement prononcé ces trois là. Au début, il lui en avait voulu, puis, lorsque les Sages avaient fermé la porte, il avait rangé ça quelque part dans son immensité. Ainsi, il avait alors choisi le modèle de son père.
Sortir de cadre. N’était-ce pas ce qu’il avait fait pourtant ? Dès la première version. Passer de l’eau à la terre lui avait semblé être la solution. Toutefois, les créatures n’évoluaient plus comme il l’espérait. Elles grandissaient, devenaient féroces, mais rien n’allait dans le sens qu’il avait envisagé. C’était devenu la surenchère. Celle qui n’apporte rien. D’où la météorite.
Il avait alors choisi de privilégier l’espère humaine dotée d’un libre arbitre. N’était-ce pas encore une façon de sortir du cadre ? Pourtant, et ça l’avait fait rire lorsqu’ils avaient créé la franchise avec les dinosaures, les Hommes étaient revenus à cette surenchère. Toujours cette histoire de grosseur et de longueur. Les Hommes avec un grand H… Les hommes avec un petit h. Sortir du cadre.
Le choc de la révélation a toujours ce côté paradoxalement jouissif. Un mélange de « Eureka ! » et de « pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt ! ». Le sourire qui fendit son visage fit craquer ses joues couvertes de sel. Sa sœur était la plus belle création d’Arn. Cette fois-ci, c’était la bonne. Radioactivité ou pas, quelle importance. Il se leva.
Debout, dans cette salle sans fenêtres, il contempla une dernière fois sa création perdue. L’homme orange vociférait MAGA, MAGA, MAGA en envoyant des navires, des avions, des bombes. Bientôt des soldats, ça n’était qu’une question de temps. Alors, fort de sa solution trouvée grâce à sa sœur, il préféra mettre un terme à tout ça. Il se dirigea vers le clavier de son ordinateur quantique. Ça n’allait pas être joli, mais la radioactivité n’était plus un problème. Les êtres humains non plus d’ailleurs.
Il déverrouilla l’écran et lança le Terminal. La procédure borda l’écran d’un cadre rouge. Aussitôt, la porte d’accès à la Creative Room s’ouvrit. Une porte en bois, usée, entrouverte sur un ciel qui n’existe pas encore. Il prit une respiration par ses events à silicium. Posa ses digipodes sur le clavier sphérique et commença à lancer ses instructions de destruction massive. Son programme MAGA :
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Je suis Gabriel DAX, auteur en streaming littéraire.
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