mikhqvarkhar

une image retouchée à partir d’une photo que j’ai prise moi‑même.
le lien : https://flic.kr/p/2s6sFKi
de retour après un silence.
ce texte est né en géorgien avant de chercher asile dans la langue française. en géorgien, je t’aime se dit მიყვარხარ (mikhqvarkhar ) : un mot qui ne murmure pas, mais qui sonne comme une montagne s’écroulant sur votre tête. c’est cette chute que j’ai voulu traduire.
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je t’aime.
non pas comme dans les livres,
mais comme l’air qu’on dévore après la course.
sans le temps.
avec chaleur.
bêtement.
dans cette terre d’asile où nous ne sommes
que d’éternels invités,
tu es ma seule demeure.
toujours de cette façon brute,
un peu dégueulasse,
comme une plaie ouverte qui refuse de cicatriser
parce que le sang est trop beau quand il brille.
j’ai passé des nuits à m’exploser le crâne
contre les murs de la grammaire,
à chercher l’accord qui tiendrait debout,
alors que la vérité coulait déjà sur le sol.
tu saignais en géorgien,
de ce rouge ancien, épais,
qui sent la terre et le vin lourd de Kakhétie.
ce n’est pas du raisin, c’est de la chair liquéfiée,
un acide qui te cogne l’estomac
jusqu’à ce que tu avoues tes péchés.
et moi, comme un con,
je cherchais du propre dans des dictionnaires froids.
j’ai voulu traduire l’orage.
quel échec.
on ne traduit pas le cri d’une racine qui se déchire.
on ne conjugue pas l’instant
où tes yeux deviennent des éclats de basalte
où je vois mon propre désordre.
la douceur est une arnaque
qu’on vend aux gens qui n’ont jamais eu soif.
toi, tu es le sel et le fer.
ma seule demeure est ce silence entre tes phrases,
ce vide fertile où je n’ai plus besoin
de bégayer pour exister.
que c’est lourd d’être vivant sans toi.
je t’aime avec mes os,
avec cette fatigue millénaire qui nous vient des ancêtres,
ceux qui savaient que l’amour
n’est qu’une forme de survie un peu plus élégante.
on est des invités, d’accord.
mais tant que la lumière tape encore sur tes mains,
je m’en balance de la fin du monde ou de la syntaxe.
je lis ton sang.
c’est la seule langue qui ne ment jamais.
— Dato
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Comment (1)
Line Marsan 59 minutes ago
Quelle puissance ! Puissance du sentiment, puissance évocatrice ! Wouahou !
Dato 31 minutes ago
Merci beaucoup, Line. même si cela peut paraître un peu abrupt en français, le géorgien est une véritable 'catastrophe' sonore, avec des sons très bruts comme kh, tchkh, rhv, etc. Je suis ravi d’être de retour et j’ai accumulé plusieurs textes à traduire. 🙏🏻