Ton ombre pour abri
Ton ombre pour abri
La dignité humaine ne réside pas dans ce que l'on possède, mais dans l'espace que l'on est capable d'offrir à l'autre pour qu'il devienne enfin lui-même.
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écoute : j’ai aménagé cet espace,
comme on creuse un terrier
ou comme on dresse un autel.
c’est un refuge thermique ;
la braise quand le givre mord,
le courant d’air de soie quand août sature.
si ton ossature pèse trop lourd,
si le bruit du monde a brisé tes tympans,
viens.
tu peux déverser tes décombres,
hurler,
ou devenir une statue au milieu du salon.
ici le silence n’est pas une menace,
c’est un manteau.
affale-toi dans le canapé défoncé par mes doutes,
oublie-toi dans le fauteuil
qui garde l’empreinte de mes absences ;
le lit t’attend.
j’ai mis les draps neufs dénichés dans le chaos de noël,
avec ces motifs absurdes de vagues fleuries et de lunes rondes ;
il y a même des pattes de chatons.
c’est kitsch, c’est moche, c’est parfait. c’est à toi.
autour de toi,
mes livres te font une muraille.
leurs dos sont brisés,
leurs pages cornées de tant d’insomnies,
ils tairont leurs histoires pour ne pas couvrir la tienne.
je disparais de l’équation,
je t’offre mon absence sur un plateau d’argent.
sers-toi de mes ruines :
explore le frigo qui fait écho,
bois mes tisanes insipides qui goûtent le foin mouillé,
croque ce chocolat à 99%,
celui qui te tord la bouche et que tu détestes tant.
ma télé a l’écran fendu aux paysages fracturés,
une œuvre d'art involontaire,
mais le flux du monde y bat son plein.
si tes mains s’ennuient,
le vieux Yamaha vintage est là,
désaccordé juste ce qu’il faut
pour que la mélodie ressemble à la vie.
porte mes fringues ;
elles flotteront sur tes épaules,
hectares de coton trop grands pour cacher ta fragilité.
mets mes chaussettes, mes mandalas ridicules,
utilise ma brosse à dents, mon parfum :
dépossède-moi.
par contre, une chose :
il faut composer avec mon peuple.
c’est le royaume du désordre et des éclopés ;
mes animaux handicapés traînent la patte,
ils font cercle autour de toi et protègent ta paix,
tandis que les âmes oubliées font partie des meubles.
c’est leur toit autant que le mien.
moi,
je serai dehors,
posté sous mon arbre fétiche qui ne juge jamais.
je garderai un œil sur mon balcon ;
je n’attends rien,
sinon cette seconde fugace où tu sortiras seule,
pour allumer une cigarette et expirer ton poids.
je serai l’ombre qui veille sur ton ombre.
— dato
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Aline Gendre 1 hour ago
... ça valait le coup de franchir 2025 pour découvrir une telle merveille.
Line Marsan 3 hours ago
Que c'est beau !