Lundi 9 février 2026
Lundi 9 février 2026
J’ai d’abord hésité à dire ce qui m’était passé par la tête, ces derniers jours, et combien j’avais dû lutter pour ne pas céder à la tentation de t’écrire. Elle était là et elle m’écoutait avec beaucoup d’attention, alors j’ai rassemblé ce qu’il me restait de courage pour livrer mes incertitudes et mes détours, mes questions en suspens, ce que je crois savoir et tout ce que j’ignore, et puis la honte qui me poursuit encore. Elle était douce et patiente, elle faisait de son mieux pour ne pas me brusquer, elle prenait mille précautions et choisissait ses mots avec soin. Moi je tournais en rond jusqu’à la nausée, cramponnée à mes idées, et elle a fini par dire je vais vous poser une question, mais vous n’êtes pas obligée de répondre. J’ai répondu quand même et j’ai nommé ce truc dégoûtant qui me colle à la peau, cette ambiguïté après laquelle tu n’as jamais vraiment cessé de courir et que je me suis appropriée, en fin de compte, comme si elle n’avait jamais appartenu qu’à moi. Elle a soupiré discrètement en hochant la tête puis elle a abandonné ses réserves, ses phrases étaient plus directes et son ton presque moqueur, elle a pointé une par une tes incohérences et tes erreurs. Quelque chose a cédé à l’intérieur de moi, brusquement, et soudain il m’a semblé que tout était plus clair, plus évident. Bien sûr que ça ne tient pas la route, tes histoires, et ça me blesse un peu mais surtout ça me soulage, ça laisse plus de place à la colère et elle arrive à point nommé, je n’ai plus tellement l’énergie de défendre l’indéfendable, de me revendiquer seule responsable. Alors voilà, c’est fini. J’ai fait le tour de ma tendresse et il n’en reste presque rien, elle s’est usée, comme moi, elle s’est abîmée en chemin.
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